Dans l’édition du Monde du 13 avril 2012, Natalie Nougayrède signe une chronique musclée sur le soutien presque inconditionnel que Vladimir Poutine offre à Bachar Al-Assad depuis le début du conflit syrien.
La journaliste spécialiste des affaires russes au Monde ne manque pas de souligner les nombreuses similitudes entre les deux dirigeants. Dans son « parallèle », elle évoque la férocité d’une campagne militaire sur son propre sol (Grozny et Homs), l’appel au pouvoir inattendu des deux hommes, et le mépris des avis du monde extérieur.
Certes, la journaliste avec ce « profilage » verse un peu dans la politique de comptoir. La suite de l’analyse géopolitique relève cependant le niveau. Laissant là ses interprétations psychologisantes, Natalie Nougayrède révèle les véritables intérêts que la Russie a à soutenir Bachar Al-Assad.
D’abord, il s’agirait pour le plus grand pays d’Europe de réaffirmer son importance diplomatique et stratégique sur le plan international. « La Russie s'appuie sur la carte syrienne pour tenter d'opérer un retour stratégique au Moyen-Orient, sur fond de confrontation entre les Occidentaux et l'Iran. Sur cet échiquier, Moscou joue avec de multiples pions : le contentieux nucléaire, le bouclier antimissile de l'OTAN, les routes de l'énergie pour l'Europe... »
Après ce que la journaliste nomme la « vexation lybienne » Moscou tenterait donc de prendre sa revanche avec la Syrie en soutenant le pouvoir d’Assad, (allié de l'Iran), et en empêchant par conséquent « un affaiblissement majeur de la République islamique, un pouvoir avec lequel elle partage le souci de chasser toute présence américaine hors de son voisinage géographique ». En Syrie comme en Iran, « le statu quo des régimes est tout à son avantage ».
Un positionnement particulièrement hypocrite de la part de la Russie qui prétend vouloir se protéger d'un djihadisme sunnite émanant de Syrie et soutenu par les Etats sunnites du Golfe. « Les spécialistes savent que c'est la politique militaire à courte vue de Moscou dans le Caucase qui a fait le lit de l'islamisme armé » rappelle Natalie Nougayrède.
La journaliste du Monde fait également état de l’usage de la base navale Russe de Tartous, sur la côte syrienne pour approvisionner le pouvoir syrien en armement lourd (dont des missiles supersoniques et des avions chasseurs) et en troupes " anti-terroristes " aussi parfois. Natalie Nougayrède est donc très bien informée. Elle ne semble pourtant pas prendre en compte un autre aspect essentiel lié à cette base militaire russe. Si le régime Syrien était renversé, il y a fort à parier que Moscou perdrait cette base militaire stratégique, unique point d’accès pour les Russes à la méditerranée. Voilà peut-être aussi une autre raison géostratégique à l’origine de l’engagement de Vladimir Poutine aux côtés de Bachar Al-Assad.
La journaliste conclue sa chronique en soulignant que le plan de Kofi Annan était parfaitement compatible avec les intentions de Moscou parce qu’il « évacuait tout scénario de transition politique imposée à Damas »
Et Natalie Nougayrède de suggérer : « la France ne pourrait-elle pas envisager de suspendre sa coopération militaro-industrielle avec la Russie, tant que celle-ci continuera d'aider un régime perpétuant des crimes contre l'humanité ? Renoncer à des contrats d'armements au nom de la protection des civils : le geste serait en cohérence avec nos valeurs professées. Et même avec nos intérêts. En Syrie se joue une partie du sort de l'Europe.
Qu'en pensent les candidats à l'élection présidentielle française ? »
Source : Le Monde du 13 avril 2012
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