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Fondation de Service politique

Politique familiale : les conditions de ressources en débat ; Handicap : le scandale de l’acquittement d’une mère infanticide ; L’hôpital catholique en crise ; Bilan du voyage américain de Benoît XVI … voici le “Décryptage” express de la semaine qui vient de s’écouler, par la Fondation de Service politique.





FRANCE

AFC : débat sur les conditions de ressources

Nous avons reproduit le 18 avril les propos du Président de la Confédération nationale des AFC dans une interview au quotidien 20 Minutes, évoquant la possibilité pour son mouvement d’accepter le principe d’allocations familiales sous conditions de ressources. Les AFC abandonneraient ainsi le principe d’une politique familiale fondée sur le principe de la solidarité horizontale qui en est la clef (cf. le Décryptage de Jacques Bichot, dans cette édition). Antoine Renard déclarait en effet : « Nous ne sommes pas contre le fait de remettre à plat le dispositif des allocations familiales quitte à le soumettre à des conditions de ressources. »

Quelques responsables d’AFC locales nous ont écrit pour s’indigner que la Fondation de Service politique cite ces propos, hors de leur contexte. L’un d’entre eux nous accuse de désinformation et de vouloir déstabiliser la Confédération (sic). La vraie désinformation eût été plutôt de passer sous silence cette prise de position. D’autres correspondants font aussi valoir que les AFC défendent avec énergie les familles et les intérêts des familles, mais sans démentir les propos tenus par Antoine Renard.

Pour justifier ces reproches, l’un d’entre eux cite les explications internes adressées aux présidents d’AFC et de fédérations AFC, à la suite du trouble provoqué par cette interview :
« La politique familiale se trouve également fragilisée dans ses fondements mêmes, parce que nos contemporains ne les comprennent bien souvent plus. Ainsi, ce qui a été jadis le fondement de la politique familiale, le principe de solidarité horizontale, n’est plus clairement perçu, [c’est nous qui soulignons] ce qui explique qu’il soit plus facile aujourd’hui de demander des économies aux familles, et particulièrement à celles qui sont le moins dans le besoin. »
Ces explications ne lèvent pas le doute sur les intentions de la Confédération. Est-ce à dire qu’il faut abandonner « ce qui a été jadis le fondement de la politique familiale » ? La réponse est pour le moins peu claire : « Il s’agissait d’ouvrir des pistes, de poser des questions, pistes et questions finalement mal retranscrites pour apparaître contradictoires avec les convictions du mouvement. »

Il existe donc bien semble-t-il une réflexion au plus haut niveau des AFC sur l’opportunité de maintenir le principe d’une politique familiale qui ne soit pas sous condition de ressources. L’alternative serait de se lamenter devant le détricotage de la politique familiale ou de « construire une nouvelle politique familiale lisible et comprise, donc à la fois légitime et difficilement “détricotable” ». On ne se plaindra pas de cet effort de recherche pour enrayer le recul de la politique familiale, mais la vie apparemment choisie est-elle la bonne, au prétexte que les fondamentaux “ne passent plus” ?

Que la Confédération souhaite ouvrir un débat — stratégique — sur l’opportunité d’aligner ou de subordonner ce qui reste de la politique familiale à l’ensemble de la politique sociale peut s’envisager, même si l’on ne partage pas ce point de vue. Que dans le même temps, les critiques de ce changement stratégique soient assimilées à des tentatives de « déstabilisation » est plus surprenant. Un débat sur une question aussi importante ne peut-être que contradictoire. Peut-on à la fois ouvrir le débat (“ouvrir des pistes, poser des questions”) sur le principe central d’une politique familiale et dans le même temps refuser la contradiction ? Nous ne pouvons pas l’imaginer. S’il y a débat, débattons.


Garde d’enfant : les projets du gouvernement

Pour que la République ne soit plus la république des droits virtuels mais des droits réels, Nicolas Sarkozy avait promis dans sa campagne un droit opposable à la garde d’enfants. En visitant la crèche interentreprises de L'Oréal à Clichy (Hauts-de-Seine), Xavier Bertrand, ministre du Travail, et Nadine Morano, secrétaire d'État à la famille, ont annoncé, vendredi 17 avril, que ce droit serait mis en oeuvre en 2012.

En France, 60 % des enfants de moins de six ans ont des parents qui travaillent tous les deux. Or si nous ne manquons pas de structure de maternelle pour les enfants à partir de trois ans, en revanche pour les 2,4 millions de moins de trois ans, il n’existe que 700 000 places chez une assistante maternelle et 320 000 dans les services collectifs. La grande majorité des enfants est donc gardée à domicile par leur mère. Pour que « la garde des enfants ne soit plus un problème pour les mères ou les pères qui veulent travailler », il faut donc investir massivement dans des dispositifs de garde avant trois ans.

La voie choisie par le gouvernement n’est pas la crèche. Une place de crèche coûte en effet 11 000 € en construction et de 13 000 à 15 000 euros en fonctionnement. « Pour moi, le droit opposable, ce n'est pas simplement la crèche publique : cela peut être la crèche associative, la crèche d'entreprise, l'emploi à la personne, l'emploi à domicile », affirmait M. Sarkozy pendant la campagne, comme le rapporte le journal Le Monde du 19 avril.
Le gouvernement devra en outre préciser ce qu'il compte faire du système controversé du congé parental, créé en 1985 et qui permet à presque 600 000 parents de cesser le travail jusqu'à ce que l'enfant fête son troisième anniversaire. On prête à Xavier Bertrand le projet de mettre en place « un congé plus court, mieux rémunéré et mieux partagé avec le père ».


Euthanasie (I) : mauvais message

À la suite de l’acquittement de Lydie Debaine qui a mis fin à la vie de son enfant gravement handicapé, plusieurs associations soutenant des personnes handicapées et leurs familles ont réagi. De son côté, le parquet a fait appel de l'acquittement prononcé le 9 avril 2008 par la cour d'Assises du Val d'Oise. Lydie Debaine, 62 ans, était accusée d'avoir donné la mort avec préméditation à sa fille gravement handicapée, qui n'avait plus la capacité de s'exprimer depuis longtemps.

Le procureur général de la cour d'appel de Versailles a annoncé jeudi 17 avril à l'AFP qu'il interjetait appel de la décision d'acquittement. « Sans méconnaître la situation dramatique de Mme Debaine, son profond désarroi et sa grande souffrance, il m'est apparu que le ministère public, avait le devoir, dans le souci de l'intérêt général, de requérir l'application de la loi et la condamnation de l'accusée », a expliqué Jean-Amédée Lathoud dans un communiqué. « Ce verdict d'acquittement pourrait en effet, être compris comme un encouragement à l'atteinte volontaire à la vie des handicapés, qui méritent notre protection et notre soutien », a-t-il encore déclaré. "Il m'apparaît que l'acte de Mme Debaine, s'il justifie une réelle compassion, ne peut être accepté en l'état du droit français, de nos valeurs éthiques et des principes qui fondent la vie en société", a-t-il dit.

Le Collectif contre l’handiphobie, qui s’était indigné de cet acquittement, appelle au sursaut moral de tous. La société a-telle fait tout ce qu’elle devait ?

« L'acquittement de Mme Debaine enfonce chacun de nous dans sa part d’ombre. Une maman a craqué : le désespoir l’a poussée à mettre fin aux jours de son enfant lourdement handicapé. De nombreux parents ont peur de craquer : ils résistent au désespoir en continuant de croire jour après jour que leur enfant a sa place parmi les vivants.

Le Collectif des Parents contre l’Handiphobie tient à exprimer son inquiétude et même son angoisse face aux doutes que les applaudissements à l'annonce de l’acquittement de Mme Debaine distillent dans notre société. Sans vouloir peser davantage sur les épaules de cette mère, nous regrettons que cet acquittement lance un message ambivalent dans un contexte où les personnes lourdement handicapées et dépendantes ont besoin d'être rassurées sur les intentions de la société à leur égard. Un sursaut est nécessaire pour ne pas glisser dans la confusion.

Derrière le drame de cette femme et de sa fille c'est la société tout entière qui ne leur a pas porté suffisamment secours qui doit se remettre en question.

Nous, parents d'enfants handicapés, nous avons besoin d'un message fort de la société qui nous rappelle que toute vie, même affaiblie, a du prix à ses yeux.
Nous, parents d’enfants handicapés, comprenons d’expérience qu’elle ait pu perdre pied, mais nous avons besoin d’être sûrs que ce geste n’est pas une solution, ne doit pas en être une.
Les personnes handicapées ont besoin d’être sûres que leur vie est autant protégée que celle d’une personne en bonne santé.
Nos enfants handicapés ont besoin de vivre dans un climat de sécurité, de protection, et de respect.

Tout citoyen a besoin que la société assure, y compris dans sa justice, ce climat qui garantit la paix dans les relations familiales surtout quand elles sont douloureuses. »
Ce communiqué est signé par Sophie et Damien Lutz, parents de Philippine, âgée de 8 ans, microcéphale et polyhandicapée, porte-paroles du Collectif contre l'Handiphobie.

De son côté l’Office chrétien des handicapés a publié un communiqué, où il s’interroge sur la souffrance et la solitude de Lydie Debaine, « qui s’est peu à peu laissée enfermer dans une relation exclusive avec sa fille, ne trouvant aucun soutien ajusté, et craignant que sa fille soit mal traitée dans le seul établissement qu’elle ait pu trouver. » L’OCH est révolté par la violence faite aux handicapés, dans une société où « la vie d’une personne gravement malade ou handicapée est un non sens ».

Et l’OCH rappelle être né à la suite d’un procès analogue :
« Il y a presque 50 ans, il y eut en Belgique ce qu’on a appelé “le procès de Liège”. Là aussi, l’acquittement de parents qui avaient tué leur fille gravement handicapée. Des scènes de liesse dans la rue avaient accompagné ce verdict. La violence de cet événement provoqua un grand sursaut des sociétés belge et française, manifestant un mouvement de solidarité à l’égard des personnes gravement atteintes et de leurs parents. Très concrètement alors, Marie-Hélène Mathieu fonda l’Office chrétien des personnes handicapées (OCH) pour soutenir les familles, susciter des réponses à leurs besoins, apporter un éclairage sur la valeur sacrée de la personne handicapée et sa place dans la société.
Aujourd’hui comme il y a 50 ans, d’un mal peut sortir un bien : le « oui » à la vie de toute personne, quelles que soient ses limites, l’appel à l’engagement de chacun et de toute la société pour son accompagnement, en particulier par la création de lieux de vie. »


Euthanasie (II) : l’émotion et la raison

Faut-il que notre société accepte l’euthanasie ? Le cardinal Ricard pose la question sur le site de son diocèse, dans des termes particulièrement clairs. Il s’interroge notamment sur le bien-fondé d’une “haute autorité” chargée de statuer sur les cas d’exception à la loi :
« Récemment, à travers le drame humain de Mme Chantal Sébire, a été reposée la question de l’euthanasie. Des personnes expriment leur désir de ne plus souffrir, disent leur souhait de mourir et demandent, pour ceux qui les aideraient à mourir, une dépénalisation de la loi sanctionnant l’euthanasie. Il nous faut tout d’abord respecter le drame humain vécu par ces personnes et éviter de les juger. Nous avons à les porter, elles et leur famille, dans la prière.

Mais les questions soulevées, souvent par ces personnes elles-mêmes, dépassent la singularité des cas particuliers. L’émotion ne doit pas remplacer la réflexion. D’autant plus que ces situations douloureuses, qui sont orchestrées par les médias, sont relayées par des groupes très actifs qui militent depuis quelques années en France pour la dépénalisation de l’euthanasie et le droit de “mourir dans la dignité”.

En 2005, avait été votée à l’unanimité en France une loi appelée “Loi Léonetti”. Elle abordait la question de la mort médicalisée. Elle refusait tout à la fois l’euthanasie et l’acharnement thérapeutique. Faut-il aujourd’hui aller plus loin en confiant à une haute autorité la possibilité d’autoriser des médecins à aider à mourir des personnes dont la situation physique et psychique serait particulièrement dramatique ? C’est bien la question qui est posée aux politiques et plus largement à l’opinion publique. Elle suppose une dépénalisation de ces actes qui sont aujourd’hui condamnés et donc une modification de la loi. Qu’en penser ?
  • Il ne s’agit pas d’une modification anodine. Toute notre législation et toute l’éthique médicale vont dans le sens du respect de la vie. Donner la mort y introduit un bouleversement plus profond qu’il n’apparaît.

  • Est-il possible à une haute autorité de juger vraiment de la gravité plus ou moins grande des situations ? Qu’en est-il des souffrances morales ? Qui peut se prononcer avec autorité en ce domaine ?

  • On parle d’encadrement très strict. N’y aura-t-il pas toujours une demande pour élargir les conditions d’une réponse positive ? Après avoir voté une telle loi, les Belges aujourd’hui demandent un élargissement des conditions initiales qui avaient été mises à ces autorisations d’euthanasie. Je ne crois pas que les garde-fous tiennent longtemps. On le voit bien dans le domaine de la bioéthique.

  • Si on entre dans la voie d’une dépénalisation de l’acte de donner la mort, n’ira-t-on pas, très vite, de situations codifiées et précisées à une généralisation de l’acte. N’oublions pas que la loi sur l’avortement a commencé ainsi. La dépénalisation de l’acte abortif face à des situations dramatiques a abouti à l’étendre à bien d’autres cas et dans la mentalité de beaucoup à parler d’un « droit à l’avortement ».

  • Si l’euthanasie devait se généraliser dans notre société, ne risque-t-on pas de la voir utilisée pour de toutes autres raisons que celles qui sont aujourd’hui évoquées. N’oublions pas le poids des contraintes économiques sur tous les établissements de santé. Ne sera-t-on pas tenté de dire que le coût financier pour maintenir en vie des personnes incurables n’est pas justifié ? Il ne s’agit pas là d’un scénario catastrophe. Bien des exemples pourraient être cités pour montrer qu’une telle mentalité est déjà présente aujourd’hui. Je ne suis pas sûr que notre société y gagne en humanité.

  • À propos de Chantal Sébire, il a été dit qu’elle n’avait le choix, si elle continuait à vivre, qu’entre des douleurs terribles ou un coma qui la priverait de sa conscience. A été occulté ainsi tout le traitement de la douleur qui se fait dans le cadre des soins palliatifs. Or dans ces services des milliers de personnes malades bénéficient d’un accompagnement de santé et d’écoute qui adoucit leur existence en fin de vie. Des médecins m’ont dit que des malades qui étaient entrés en service de soins palliatifs avec une demande d’euthanasie ne la formulaient plus après quelque temps de présence. “Mourir dans la dignité” n’est pas forcément ce que l’on croit ! Ces soins palliatifs ne sont pas suffisamment développés en France. Ils ont bien sûr un coût économique. Mais n’y a-t-il pas là un enjeu à la hauteur des véritables exigences humanistes de notre société ? Plus que dans une dépénalisation de l’euthanasie, c’est là que se situe un vrai combat pour l’homme aujourd’hui.
Signé : + Jean-Pierre cardinal RICARD, archevêque de Bordeaux





INTERNATIONAL

Paraguay, un Président “évêque”

Le nouveau Président du Paraguay, Fernando Lugo, est un évêque suspendu a divinis par un décret signé le 20 janvier 2007 par le préfet de la Congrégation pour les évêques, le cardinal Giovanni Battista Re après qu’il se soit porté candidat à la présidence de la République. Élu, il demande pardon à l’Église. Le jour de son élection, Fernado Lugo n’a pas hésité à déclarer sur les antennes de la radio Fe y alegría : « Si mon attitude et ma désobéissance au droit canonique ont causé de la douleur, je demande sincèrement pardon aux membres de l'Église, et en particulier au pape Benoît XVI », et il s’est dit prêt à dialoguer afin que soit trouvée « une solution satisfaisante » pour lui et pour l'Église.

Selon l’agence Zenit du 23 avril, l’Église ne s’est pas encore prononcée sur la situation de ce pénitent atypique. « Des sources du Saint-Siège ont confirmé que la situation canonique de l'évêque était compliquée car inédite, et qu'une réflexion était actuellement en cours au Vatican. »

De son côté, le président de la Conférence épiscopale paraguayenne, Mgr Ignacio Gogorza, a déclaré que l'Église du Paraguay « attendait les indications du Saint-Siège ». Néanmoins, a-t-il ajouté, « cette question constitue un événement majeur dans la vie du pays et sera donc évoquée lors de la prochaine réunion du Conseil permanent de la Conférence épiscopale ».


Turquie : carences démocratiques

Les députés européens ont avec prudence égrené, lundi 21, la longue liste des carences démocratiques de la Turquie, dans une déclaration alambiquée, dont l’AFP a diffusé les principaux passages. Ainsi, les bombardements et incursions terrestres turques dans le nord de l'Irak, ou le génocide arménien, ont été passés sous silence. En revanche les députés européens se disent « préoccupés » par la demande de dissolution de l’AKP, le parti au pouvoir du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, réélu lors des législatives de juillet 2007 avec 46,6% des voix, mais accusé d'islamiser le pays.

Le procureur de la Cour de cassation turque a demandé en mars la dissolution de ce parti, dernier épisode d'une lutte acharnée entre les anciens islamistes et le camp laïque (justice, armée, administration universitaire). Venant au secours du parti islamiste, les eurodéputés demande donc au Procureur de la Cour de cassation de « respecter l'État de droit et les normes européennes », en matière d'interdiction des partis politiques. Ils s’inquiètent aussi de « la levée de l'interdiction de port du foulard à l'université… en regrettant le manque de consultation de la société civile. »

Ils demandent au gouvernement turc de réaliser la réforme annoncée de l'article 301 du code pénal turc, qui a permis de condamner plusieurs intellectuels. « Aucun progrès n'a été réalisé quant à la liberté d'expression », notent les députés. Ils réclament également « une solution durable de la question kurde », et souhaitent un renforcement de la lutte « contre les actes de torture perpétrés en dehors et à l'intérieur des centres de détention et contre l'impunité des forces de l'ordre ». Ils demandent enfin « de supprimer les restrictions actuelles à la liberté d'association, au droit de grève et au droit de négociations collectives » et d'éliminer « la violence domestique, les crimes d'honneur et les mariages forcés » qui « violent les libertés fondamentales » de la personne. Pour les parlementaires européens, « le non respect des engagements de la Turquie continuera à affecter gravement le processus de négociations ».


USA : Bush dresse son bilan pro-vie

George Bush évoque ses actions en faveur de la Vie au petit déjeuner catholique national de prière, des propos repris par LifeNews.com (18 avril). Le Président ne se présentera plus jamais à une élection et n’a aucune raison politique de ramper devant le mouvement pro-vie pour obtenir ses faveurs politiques. Pourtant le président a passé un temps considérable vendredi dernier, évoquant les résultats pro-vie de son administration, lors du « Petit Déjeuner Catholique National de Prière ».

Le Président Bush a commencé en notant comment lui et le pape Benoît ont le même désir de promouvoir le respect de la vie humaine. « Ce n'est pas tous les jours qu’on a l’occasion d’être la vedette américaine du Saint Père » a-t-il déclaré en plaisantant. Et il a rajouté plus sérieusement : « Il est courageux dans sa défense des vérités fondamentales, […] il comprend que chaque personne a une valeur, ou, pour employer ses propres mots,“chacun de nous est désiré, chacun de nous est aimé, [ et ] chacun de nous est nécessaire”. »

“Je suis avec vous dans cette recherche de l’écoute du noble appel de l’Ecriture : voir l’image de Dieu dans l’humanité, et protéger la dignité de chaque être humain sur Terre, » a-t-il ajouté.

Bush a parlé en priorité, et avant tout autre sujet politique, de ses objectifs Provie réalisés pendant ses deux mandats. « Ensemble, durant presque sept ans et demi, nous avons travailler à protéger la dignité de la vie humaine. » « Lors de ces années, mon administration a arrêté le financement public des entités qui réalisent ou promeuvent l’avortement » a-t-il expliqué. « Nous avons travaillé ensemble pour protéger les victimes non nées de la violence et la fin de la pratique barbare de l’avortement en cours d’accouchement. »

Le Président Bush a déclaré qu’il avait essayé de faire progresser la cause Provie sur d’autres fronts que seulement l’opposition à l’avortement :
« Nous nous sommes tenus fermement à l’opinion que les avancées de la science médicale peuvent être conformes avec une pratique éthique de la médecine. En novembre dernier, des scientifiques ont découvert le moyen de reprogrammer des cellules de peau pour qu’elles agissent comme des cellules souches embryonnaires. Ceci est une avancée majeure, parce que la science, les scientifiques ont trouvé là un moyen qui peut nous mener à dépasser les débats polémiques du passé et étendre la capacité de guérison de la médecine sans détruire la vie humaine. »
Bush a terminé en déclarant qu’il était touché par les prières de milliers d’américains pour son succès. « Ceci est un petit-déjeuner de prière. Et ceci est le lieu idéal pour dire combien j’apprécie les prières des gens pour moi et pour Laura. Je ne peux remercier suffisamment qu’ils prennent d temps dans leur vie pour prier et nous aider » a-t-il conclu [© Traduction française www.libertepolitique.com].




ÉGLISE


Respect de la vie : l’hôpital catholique en crise

Beaucoup d’hôpitaux catholiques pratiquent des avortements et des euthanasies en raison du désengagement des congrégations religieuses qui les ont fondés. Cette situation peut-elle changer ? C’est la question posée par le Conseil pontifical pour la pastorale des services de la santé. À l’occasion de la publication des actes de son IIIe Congrès international, le dicastère romain organisait une table ronde à Rome le 17 avril sur l’avenir des hôpitaux catholiques.

Depuis le concile et les années soixante, l’Église s’est beaucoup désengagée du domaine caritatif, laissant à des administrations civiles ou publiques le soin de gérer les hôpitaux, les maternités, les dispensaires qu’elle avait créés et dans lesquelles de nombreux religieux et religieuses témoignaient depuis des siècles de la charité du Christ. Ce retrait n’a pas été sans conséquences. De nombreux hôpitaux nominalement catholiques pratiquent des avortements ou l’euthanasie et conduisent des recherches incompatibles avec l’enseignement de l’Église.

Pour le père Mozetta, supérieur général des frères hospitaliers de la congrégation des Fils de l'Immaculée conception, qui était invité à prendre la parole au nom du Conseil pontifical et dont l’agence Zenit rapporte les propos, ce scandale ne peut durer :
« Nous ne voulons pas être assimilés à ceux qui font de la santé une marchandise : à parité de prestations, objet de libre concurrence, les services de santé catholique doivent se caractériser par la vision qu'ils ont de l'homme et de l'homme malade […] dans le respect de la liberté religieuse et de la liberté de pensée, personne ne saurait nous demander de renoncer à notre conception de l'homme et de Dieu, ni de contredire notre identité ecclésiale, ni d'exercer des avortements ou de pratiquer l'euthanasie. »
Concrètement,
« nous vivons actuellement une situation de crise : au regard de la complexité de leur présence sur le marché, les religieux tendent à réduire leur propre engagement direct, à se limiter à des activités d'aumôneries ; ils affirment leur propre impossibilité à se confronter en terme de compétition, car ils estiment que le marché n'est pas fait pour eux et qu'ils ne sont pas faits pour le marché… Les institutions perdent progressivement leur capacité à être présentes sur le marché, finissant ainsi par céder leurs structures à des sociétés privées…

[Or] la spécificité des religieux en matière de santé est bien plus qu'une histoire de propriété et d'aumônerie, et elle nous encourage à une présence capable de relever le défi du marché… Nous ne voulons pas renoncer à la propriété, car non seulement nous sommes des gérants, des ouvriers, mais nous sommes également dépositaires d'un mandat, et la propriété est la richesse née de l'austérité et non de l'exploitation humaine; visant à la charité. Nous ne voulons pas renoncer à la gestion, car si nous sommes des employeurs ou des employés, nous sommes aussi porteurs de hautes valeurs et porteurs des valeurs d'autrui; nous ne voulons pas renoncer à nos 'prestations' auprès du malade, car au-delà du fait que nous soyons des patrons ou des gestionnaires, nous sommes aussi et surtout des apôtres de la charité ».
Selon le Père Mozetta, la vie religieuse devrait être capable de « mettre sur pied l'hôpital et de le gérer de manière appropriée […], d 'agir directement, d'offrir une assistance qui soit à la fois médicale et spirituelle […], d'unir des laïcs et des religieux autour d'un même projet » et de « promouvoir une nouvelle culture de la santé ». Et il conclut : « Si les religieux et leurs charismes veulent être présents sur le marché, ils doivent se confronter au monde de l'entreprise » Ce réalisme suscitera-il des révisions et de nouvelles vocations de laïcs ou de religieux dans le monde de la santé ?


USA : Benoît XVI, l’homme de paix

Pour beaucoup d’observateurs, le voyage du pape aux États-Unis est un succès inattendu. On s’attendait à du respect, à de l’intérêt, des critiques : ce fut de l’amitié et de la joie. Après Jean Paul II, autre pape, autre style, même réussite. Le pontife polonais savait capter la bienveillance des médias. Ce fut d’abord une stature, une voix, un look » hollywoodien, puis au fil des ans et des épreuves, la silhouette blanche est devenue la figure de l’homme des misères d’Isaïe.

Depuis son élection jusqu’à sa fin, Jean Paul II est demeuré broadcast comme l’on dit en terme de télévision. En comparaison Benoît XVI a l’air candide, simple et appliqué d’un grand universitaire allemand plus familier des chairs académiques que des sunlights. Au pays des “stars”, il a fêté ses 81 ans bon pied bon œil, avec une pudeur et une humilité déconcertante, et a conquis le cœur des Américains.

Sur le fond pourtant il n’y a pas eu de grandes surprises. On ne s’attendait pas à ce que le Pape se lance dans l’apologie du relativisme éthique et des droits-de-l’homme-sans-Dieu. Ses arguments sur le thème de la purification de la raison et de la foi ont pourtant fait mouche (cf. le texte des interventions pontificales sur notre site partenaire Generation-BenoitXVI.com).

Le Pape n’a pas seulement invité les Américains a une conversion « morale », mais à une « conversion intellectuelle…aussi nécessaire que la conversion “morale” pour notre croissance dans la foi, pour notre discernement des signes des temps et pour notre contribution personnelle à la vie et la mission de l'Église ».

Sur ce thème, le discours à l’ONU et ses allocutions avec les évêques ou lors de la rencontre avec les représentants des autres religions, feront longtemps référence. Son attention à la communauté juive bien que dans la ligne de la politique du Saint-Siège est un pas de plus dans le dialogue judéo-chrétien. Sa visite à Ground Zero a aussi fait partie de ces moments émouvants auxquels il a su, d’une manière très différente de Jean Paul II, donner une grande dimension d’intériorité.

Mais son chef d’œuvre aura été de prendre en compte la réalité de la situation de l’Église américaine dans ses aspects les meilleurs et les plus sombres. L’ombre du scandale des prêtres homosexuels pesait en effet sur sa visite. Or le Pape a totalement retourné la situation. Des manifestations étaient prévues, elles se sont finalement résumées à quelques gesticulations isolées. Benoît XVI n’a pas cherché à laver la hiérarchie américaine de sa réponse tardive. Il n’a ni cherché à défendre l’Église ni tenter d’expliquer l’inexplicable. En revanche à cinq reprises il est entré dans souffrance et a su trouver les mots justes, simples pour parler aux Américains, aux évêques, mais aussi aux milliers de victimes dont il a rencontré un petit groupe dans l’après-midi du vendredi 18 avril, de ce qui demeurera toujours une blessure profonde pour les victimes et à travers elles pour toute l’Église.

C’est cette sollicitude, le témoignage de la vraie charité qu’elle contient qui a fait taire les critiques et séduit les Américains. L’agence Zenit a rapporté les propos de Jacqueline Lofaro, membre du bureau de la communication du cardinal Egan de New York : « New York est devenue une ville très agréable ces derniers jours. Je n'ai jamais vu autant de journalistes heureux. » Comme Jean Paul II, ce n’est pas tant ce que la pape a dit que ce qu’il est et le rayonnement de cette paix qui a marqué les Américains.



Thierry Boutet,
Philippe de Saint-Germain





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