LE MANS, 16 décembre 2000 [DECRYPTAGE/analyse] — La congrégation pour la Doctrine de la Foi a publié le 23 novembre un document à propos des prières pour obtenir de Dieu la guérison.

Depuis les débuts du Renouveau charismatique, la prière pour les malades, pour la guérison des blessures intérieures ou des maux physiques, a pris un essor certain, donnant lieu à de nombreuses célébrations communautaires.

C'est bien ce que ce document constate : " La prière qui implore le rétablissement de la santé est donc une expérience présente à chaque époque de l'Église, et naturellement à notre époque actuelle. Ce qui cependant constitue à certains égards un phénomène nouveau, c'est la multiplication des réunions de prière, parfois liées à des célébrations liturgiques, visant à obtenir de Dieu la guérison. Dans de nombreux cas, pas toujours occasionnels, on proclame que des guérisons y ont eu lieu, et l'on suscite l'attente du même phénomène dans d'autres réunions du même genre. Dans un tel contexte, on évoque parfois un prétendu charisme de guérison. "

Qu'est-ce donc qu'un vrai charisme de guérison ? Le document va tenter de donner une réponse.

Le point névralgique de ce document se trouve au quatrième chapitre, dans le sous-titre : " le charisme de guérison dans le contexte actuel. " Le contexte en question est celui " des assemblées de prière organisées exprès pour obtenir des guérisons miraculeuses parmi les membres malades, ou bien des prières de guérison à la fin de la communion eucharistique avec le même but. "

Le caractère informel de ces rencontres de prière peut évidemment favoriser certaines dérives, possibles ou déjà constatées. Le document parle plusieurs fois de charisme de guérison " vrai ou apparent ", " éventuel ", " prétendu "... Qu'en est-il exactement ? Comment être certain que les charismes de guérison sont réels ? On serait tenté de répondre : aux guérisons obtenues...

Le document donne en effet ce critère : " Pour qu'on puisse parler d'un éventuel charisme, il faut que s'impose comme déterminante pour l'efficacité de la prière, l'intervention d'une ou de plusieurs personnes ou d'une catégorie précise de personnes, par exemple les dirigeants du groupe qui animent la réunion. " Ceci va de soi, puisqu'un charisme est un don de l'Esprit fait à l'Église par l'intermédiaire d'une personne. Il faut donc qu'il y ait un " sujet porteur de ce charisme ".

Concernant ce dernier point il peut être utile d'ajouter quelques précisions. Il est en effet indispensable d'établir la distinction entre l'exercice des authentiques charismes de guérison, et la contrefaçon occulte de ces charismes telle qu'on la rencontre à tous les coins de rue : guérisseurs, magnétiseurs, radiesthésistes, formules de magie blanche, etc.

Le charisme de guérison est toujours exercé au nom de Jésus ; il n'est jamais un pouvoir ; il ne comporte aucun automatisme ou obligation dans le résultat ; et comme tout don de Dieu, il est gratuit ! Et pourtant, combien de chrétiens pratiquants confondent les deux ?

Ensuite, il faut la constatation évidente que la prière de telle personne obtient très fréquemment des guérisons ; ou, pour le formuler autrement, que le Seigneur guérit très fréquemment à travers la prière de cette personne. En ce sens, la personne qui a reçu le charisme de guérison est comme une sorte de canal.

Enfin, il faut qu'on puisse déceler facilement chez cette personne une très grande humilité, qui rapporte au Seigneur Jésus la gloire de ces guérisons ; et une très grande discrétion qui montre qu'elle ne recherche pas l'exercice de ce charisme. On doit pouvoir aussi constater une grande charité : accueil et compassion pour les malades, acceptation du poids et de la charge de ce service qui prend de plus en plus de place...

Ce document marque donc un tournant : celui de la reconnaissance de la légitimité de la prière pour la guérison des malades, et des célébrations qui y sont liées. On y trouve fréquemment l'expression " prières de guérison " (ou aussi " célébration de guérison ") employée sans difficulté. Il faut s'en réjouir, car cela signifie que l'Église reconnaît qu'il est normal de prier pour la guérison des malades, et pas seulement de prier pour les malades. Tout le document est d'ailleurs orienté en ce sens, et ce n'est pas le moindre de ses mérites.

Le Père Dominique Auzenet est délégué diocésain au Renouveau charismatique (Le Mans).