[LPJ] Opération Sangaris  : six mois dans le bourbier centrafricain

[Liberté politique Jeunes] — Ce vendredi six juin auront lieu les commémorations du Débarquement de Normandie. S'il est juste de se souvenir des soldats qui se sont élancés en France pour la liberté, il ne faut pas oublier ceux qui se battent actuellement pour la France. De plus en plus difficilement.

L'opération Sangaris a débuté dans la nuit du cinq au six décembre 2013, après le vote au Conseil de sécurité de l'ONU de la résolution 2127 "donnant mandat à une force africaine pour apporter la

Sangaris

sécurité, rétablir la stabilité en Centrafrique et protéger la population". La France doit y jouer un rôle de soutien.

La mission difficile de la France

La guerre civile en République centrafricaine est le fruit d'une situation qui ne doit pas qu'aux tensions existantes entre musulmans et chrétiens. Bernard Lugan l'explique sur son blog : "Comme quasiment partout en Afrique, le problème est d’abord ethnique", et ne pourra se résoudre simplement par des élections, le fossé entre les deux camps s'étant creusé au fur et à mesure que la violence augmentait.

Taxée de "non-assistance à peuple en danger" lorsqu'elle ne réagit pas, la France se voit ici accusée de néocolonialisme lorsqu'elle tente de rétablir la paix avec l'aide de son armée. Cette dualité se retrouve dans la réaction de la population centrafricaine. L'armée française ne favorisant aucun des deux camps, elle fait des mécontents partout. Et cela commence à se ressentir de plus en plus.

Selon BFM TV, "les hommes de la force Sangaris sont hués par les habitants qui les traitent de «voleurs de diamants» […] Chez les musulmans, les «Non à la France» et les insultes anti-françaises sont tagués partout. Les soldats savent aussi qu'ils vont se faire caillasser dès qu'ils regagnent leurs quartiers."

Comment agir sans moyens ?

Or les soldats français, malgré toute leur compétence et leur volonté de bien faire, sont limités par plusieurs contraintes.

La première est la durée de l'opération. Symbolisée par le papillon éphémère dont elle porte le nom ("Sangaris"), l'opération ne devait pas être supérieure à quatre mois. C'est raté. Il faut donc gérer sur le long terme une opération conçue pour le court terme, et trop tardivement. Ce qui prouve une mauvaise évaluation des conditions d'engagement. Ou un mensonge politique dans la manière dont l'opération a été présentée.

La seconde découle de la première. Conçue pour quatre mois, Sangaris a reçu des moyens en conséquence. On croit rêver lorsque l'on apprend que les soldats doivent s'acheter des chaussures sur leur propre solde car celles reçues en dotation fondent au soleil de Centrafrique. Ou encore que certains véhicules sont blindés avec des sacs de sable, faute de moyens. Ou que, faute d'avoir reçu des moustiquaires, 56 soldats ont contracté le paludisme au début de l'opération.

On entend alors d'élogieux commentaires sur la rusticité du soldat français. On se félicite de sa capacité à faire beaucoup avec peu. Mais s'il fait beaucoup avec peu, c'est qu'on ne lui donne pas les moyens d'en faire plus. Envoyer des soldats se battre avec du matériel à bout de souffle, ce n'est pas faire des économies. C'est en revanche leur faire risquer leur vie inutilement, alors que cela pourrait être évité avec quelques investissements. Et une réelle volonté.

L'armée, variable d'ajustement des budgets

Car c'est peut être ici le problème le plus important qu'illustre Sangaris. L'armée est devenue la variable privilégiée des ajustements budgétaires à répétition. Son budget est le quatrième poste de dépenses de l'Etat, derrière la protection sociale, l'Éducation nationale (poste dont on augmente le montant à loisir, les enseignants ayant le droit de grève) et le remboursement de la dette. Et il est sans cesse remis en question, malgré les promesses de "sanctuarisation", comme en témoignent les récentes polémiques (les chefs d'état-major des trois armées ont même menacé de démissionner).

Le budget actuel ne permet pas une bonne gestion humaine (cf. l'affaire Louvois), n’assure pas le matériel nécessaire, et ne paye que chichement ses hommes (le Smic pour un soldat de base, ce n'est pas cher payé à risquer sa vie). La France veut en effet jouer un rôle important sur la scène internationale, ce qui est tout à son honneur. Mais les coupes de budget systématiques rendent cette ambition démesurée.

Envisager l'avenir

Trois possibilités sont envisageables. La première serait de ne rien changer : baisse des budgets, maintien des ambitions. On en connait l'effet sur les conditions de vie de nos soldats. On en devine les conséquences militaires, diplomatiques et à terme économiques.

La seconde serait d'ajuster nos ambitions à notre budget. Nous nous condamnerions à peser moins sur la scène internationale mais nos soldats ne risqueraient plus leur vie de manière inconsidérée.

La troisième serait d'ajuster notre budget à nos ambitions. Ce qui permettrait d'assumer notre rôle à l'international tout en assurant des conditions d'engagements saines à nos troupes. Une volonté de puissance, en quelque sorte.

Aujourd’hui, nous nous souvenons des hommes qui ont débarqué en Normandie. Nous devons aussi penser à ceux qui, en ce moment même, risquent leur vie pour la France à l'autre bout du monde. En Centrafrique, mais aussi au Mali. Ne pas faire le lien entre les combattants d'hier et d'aujourd'hui serait une manière encore plus terrible d'isoler nos soldats. Tout à la joie des commémorations, ayons une pensée pour “ceux de Sangaris” et engageons-nous pour qu'ils puissent faire leur devoir dans les meilleurs conditions.

François de Lens

 

 

Pour en savoir plus, sur Libertepolitique.com :

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