LOURDES,[DECRYPTAGE/analyse] - L'évêque de Lourdes, Mgr Perrier, vient d'offrir à la basilique du sanctuaire un ostensoir de l'orfèvre Goudji destiné à soutenir la prière des fidèles lors des adorations et processions eucharistiques.

L'évêque a pris seul l'initiative de cette commande, portée par des financements privés, indépendamment des commissions d'art sacré orientées par le ministère de la Culture, devenu aujourd'hui un véritable ministère du Culte liturgique.

Alors évêque de Chartres, Mgr Perrier avait passé commande à Goudji du magnifique autel de la cathédrale. À Lourdes, il a laissé une fois encore totale liberté à l'artiste avec lequel il entretient des liens d'amitié et de confiance. Achevé le 15 mars, l'ostensoir a été immédiatement consacré dans le sanctuaire ce dimanche 17 mars.

Goudji a donné à cet objet précieux, fait d'argent et de pierres précieuses, une dimension théologique et prophétique qui s'adresse à la sensibilité, au coeur et à l'intelligence. Tout y obéit à une nécessité à la fois formelle et symbolique. L'oeuvre se présente comme un arbre aux trois branches et aux 4 plans étagés :

Le tronc porte un globe incrusté de pierres précieuses, image du monde que le Créateur remplit de sa présence.

La custode a été voulue par l'artiste dépouillée des formes rayonnantes si souvent employées, afin de présenter l'hostie dans sa simplicité matérielle : le pain, vraie nourriture... Pour ouvrir et fermer la custode, une tête de taureau et une tête de lion désignent les évangélistes saint Luc et saint Marc. Ils rappellent que le récit du repas eucharistique n'est pas un mythe. Cet événement, consigné dans les Évangiles, a eu des témoins et prend une dimension historique. Deux Anges sonnant de la trompette : ils sont debout sur les deux branches qui entourent la custode. Ce sont les anges de l'Apocalypse. Ils annoncent la parousie. Celui qui est invisible apparaîtra de nouveau : " Le temps est proche et il est déjà là. "

Une colombe plane au dessus de la custode, et ombre de ces ailes la présence encore invisible. L'Esprit ne nous fait-il pas voir ce qui est caché aux savants et aux sages ? Saint Jean dans son récit du repas eucharistique cite le Christ leur parlant de l'Esprit Saint : " Mais quand il viendra Lui, l'Esprit de vérité... Lui me glorifiera. Car c'est de mon bien qu'il recevra et il vous dévoilera. Tout ce qu'a le Père est à moi (Jn 16, 14)... " " Encore un peu de temps et vous ne me verrez plus, encore un peu de temps et vous me reverrez (Jn 16,16). " Le prophète Joël ( 2-1) clamait qu'à la fin des temps l'Esprit se répandrait en abondance, agirait, révélerait, convertirait, faisant voir ce qui est caché : " Je répandrai mon esprit sur toute chair... "

Une croix entourée des ultimes instruments de la Passion domine l'ostensoir a en son sommet. La lance et l'éponge président aux derniers moments. Ils signalent que dans les derniers temps, le coeur de Jésus sera révélé à tous les hommes. L'éponge évoque la soif du supplicié, son désir passionné d'être aimé par les hommes (Mt 27, 45, Mc 15, 33, Jn 19, 28). La lance débride à l'infini les puissances de l'amour et de la miséricorde (Jn 19, 31). Cet ostensoir est en lui même une lectio divina...

On est frappé par l'équilibre et l'harmonie de l'ensemble de la composition. Dans le détail, chaque forme est épurée et stylisée sans esprit de système. Jamais l'image n'est froide ou attendue. On sent un artiste extrêmement attentif aux accords entre matière, effets lumineux et forme. Cette oeuvre est archétypale et néanmoins sensible, à la fois nouvelle, jamais vue et intemporelle.

En contrepoint de tout un nouvel art sacré officiel fondé sur le concept de l'" absence réelle ", nous avons ici forgé, fondu, soudé, martelé dans l'argent, inscrit dans la pierre, des images qui nous signalent un grand mystère, celui d'un Dieu présent et proche que l'on peut voir et toucher, voilé par les espèces eucharistiques et cependant montré par la beauté des symboles de l'art de Goudji. N'est-ce pas là le véritable scandale dans un temps marqué par l'apostasie ?

Une exposition des oeuvres liturgiques de Goudji aura lieu du 19 septembre au 17 novembre 2002 à Lyon au Musée de Fourvières. Une exposition de ses oeuvres profanes aura lieu en Belgique, au château Musée de Seneffe du 4 octobre au 12 janvier 2002.

Aude de Kerros est graveur, critique d'art.