PARIS, [DECRYPTAGE/analyse] — " Le droit d'asile est actuellement malmené en France " déplorent les évêques du Comité épiscopal des migrations, de la Commission sociale des évêques de France et de la Commission Justice et Paix-France, dans une déclaration intitulée " L'asile en France, état d'urgence ".

 

Les évêques signataires appellent les pouvoirs publics à prendre cinq mesures d'urgence : 1/ Réduire la durée des procédures de demande d'asile ; 2/ Accorder aux demandeurs d'asile le droit de travailler lorsque le délai de réponse à leur demande dépasse six mois ; 3/ Rendre plus transparents les critères d'attribution de l'asile territorial ; 4/ Prendre en considération les droits sociaux et familiaux des demandeurs d'asile ; 5/ Assurer leur protection des mineurs concernés.

La déclaration épiscopale met le doigt sur une situation beaucoup plus dramatique qu'on ne l'imagine généralement. Acteur en amont dans les pays "exportateurs" et en aval dans nos foyers d'accueil de jeunes et d'enfants souvent clandestins, il me semble prioritaire de prendre en compte les causes profondes de la misère de la population immigrée avant de recommander des résolutions généreuses mais difficilement applicables.

Les demandeurs d'asile présents sur notre pays souffrent de quatre drames.

1/ L'absence de frontière réelle et efficace dans un pays qui abandonne la notion d'État de droit à celui d'une anarchie où le plus fort et le plus malhonnête triomphe (un apprenti gagne 40 pour cent du SMIC en un mois, un dealer du même âge le gagne en une journée au métro d'Asnières sans être poursuivi).

2/ L'absence de plan d'accueil pour un travail d'insertion en profondeur et sur du long terme avec des étapes d'évaluation.

3/ La perte de tout repère de civilisation et de volonté de les proposer aux nouveaux arrivants.

4/ L'abandon presque définitif d'une véritable politique de coopération et de développement depuis le sommet de La Baule avec des partenaires privilégiés, permettant aux personnes de vivre chez elles. Il faut lire le dernier livre L'Empire et les Nouveaux Barbares de Jean Christophe Ruffin (Lattès) qui décrit le désordre inimaginable et la renaissance des terrae incognitae que fuient des hordes (sic) innombrables bousculant nos frontières. Livre décapant.

On comprend alors que les évêques dénoncent les maux consécutifs à vingt années de disparition progressive de la notion du droit, ce droit qui gérait et protégeait sa propre nation et les peuples avec lesquels elle avait contracté une coopération privilégiée.

Le démantèlement de nos frontières après les accords de Schengen profite davantage à ceux qui ont choisi de rentrer sur notre territoire et d'y vivre illégalement plutôt qu'à ceux qui respectent le chemin ardu de l'obtention d'un visa régulier.

Il est vrai qu'effrayé par cette invasion incontrôlée et parfois encouragée par leur ministre en charge du dossier — on se souvient de Jean-Pierre Chevènement régularisant plus de cent mille d'entre eux, provoquant ainsi un gigantesque appel d'air —, le fonctionnaire a la tentation de ralentir les demandes qu'il contrôle! On ne peut pas lui en vouloir. C'est lui qui traite le problème à la base.

L'anarchie qui prévaut dans nos institutions punit celui qui respecte le droit au profit de celui qui le méprise.

La confidentialité de la décision de la demande me semble normale quand on sait quelle pression on subit — parfois au risque de sa vie — en prenant une décision sur un dossier. C'est à mon avis une sagesse dans la pratique. S'il faut analyser plus vite les dossiers proposés et peut être une souplesse plus grande dans l'acceptation de ceux qui respectent les règles, il faut dans le même temps être ferme à l'égard des clandestins qui sont à l'origine de la montée de toute l'économie mafieuse (enlèvements et commerces d'enfants, prostitution, drogue, filières pour clandestins, contrôle de certains quartiers par des organisations subversives, etc.). En outre, ces mesures de fermeté constitueront la meilleure forme de protection pour les demandeurs d'asile eux-mêmes qui subissent la terreur qu'ils provoquent eux-mêmes.

Le poids de l'économie mafieuse dépasse l'imagination. Elle met en cause l'économie de certains départements. Les malades qui arrivent clandestinement d'Afrique centrale pour se retrouver dans des lits de centres hospitaliers de la région parisienne profitent à des filières organisées. Un simple effort de collaboration pourrait résoudre le problème en coûtant dix à cinquante fois moins cher au pays d'origine ! L'économie qui se déploie autour de l'arrivée incontrôlée de vagues successives de clandestins est proprement délinquante. Celle ci, dans quelques mois, sera en mesure de dépasser dans certains départements l'économie honnête et... fiscalisable. C'est ainsi que dans plus de 1200 quartiers sensibles, la société de droit a disparu au profit de la loi de la jungle.

Il faut savoir dans quelle situation de dépendance débarquent ces immigrés : la plupart d'entre eux ont entre vingt-cinq et quarante ans et sont analphabètes. Ils sont inaptes à une formation intellectuelle et pèse lourd dans l'économie générale. La réalité est cruelle, mais c'est un fait vérifié d'expérience.

Le problème des enfants n'est pas sensiblement différent. Étant moi-même principalement acteur dans ce monde, je ne sais si l'accueil d'enfants chinois illégaux à la demande suppliante de l'ASE (Aide sociale à l'enfance), je ne participe pas au développement de ces filières scandaleuses. Schengen est l'auteur principal de l'anarchie qui exploite les plus pauvres. Les autorités des pays qui font fuir leurs ressortissants doivent être responsabilisés voire sanctionnés.

Pour faire une insertion sérieuse et profitable à l'accueilli, il faudrait contingenter le nombre de personnes que nous pouvons intégrer. On le sait, si l'OFPRA (Office français des personnes réfugiées et apatrides) déboute une quantité considérable de cas et parfois aux dépens de quelques cas légitimes c'est parce que peu de candidats peuvent prétendre au statut de réfugiés politiques au sens de la convention de Genève. C'est le désordre grandissant du monde qui, détruisant les économies ou même les organisations ancestrales, laissent des voyous politiques piller leurs pays. Une personne dûment identifiée comme persécutée par un pouvoir ou une organisation islamique ou communiste qui veut sa mort se perd dans la cohorte de ceux qui fuient l'état de dépravation croissante de la planète. Cet état est à l'origine des immigrations massives des peuples, immigration que condamne très fortement Jean Paul II ou le recteur de la mosquée de Paris, Dalil Boubakeur. Parce qu'il y a d'autres solutions.

L'accueil de l'étranger doit passer par deux conditions : la première passe par l'obtention d'une garantie apportée par un organisme (tel évêché, telle association) ou des nationaux exerçant un métier et prouvant leur stabilité sur les personnes dont ils souhaitent voir la régularisation. Pourquoi des nationaux ? Pour éviter la pression des lobbies aux intentions pas tours avouables. La deuxième est d'infliger une amende ou de retirer de l'enveloppe de la coopération des pays d'origine incapables d'assurer la protection de leurs ressortissants, le coût que représente un étranger et sa famille jusqu'à sa totale autonomie financière.

Enfin, il faut développer une politique de coopération extrêmement volontariste à l'égard des pays d'origine des clandestins. Réduire le ministère de la Coopération à un secrétariat d'État est symptomatique d'un affaissement de la conscience mondiale. Transférer le poids de la responsabilité internationale d'un État sur la responsabilité individuelle de chaque citoyen devant assumer la charge de l'étranger est honteux. Il faut non seulement revenir à un ministère simple mais à un ministère d'État. Il faut une politique de participation et même de contrainte avec certains pays d'Afrique ou d'Asie qui, par leur système redevenu tribal, idéologique ou religieux, enfoncent leur population dans une paupérisation considérable. Pour cela, il faut que notre propre gouvernement reconsidère l'exigence de son rôle. Il est évident que la réputation d'un Roland Dumas, d'un Jean-Christophe Mitterrand, d'un Didier Schuller, ou d'un André Tarallo ne conforte guère l'autorité morale de la France.

L'intention de l'épiscopat est généreuse. Pour soutenir la crédibilité des mesures proposées, je recommande, par souci de justice, de faire la part entre la mission des fonctionnaires courageux et responsables confrontés aux conséquences inouïes de l'impéritie gouvernementale et le devoir des politiques dont l'irresponsabilité tend à une rare lâcheté. C'est en affrontant courageusement et en toute liberté la réalité sociale, administrative et politique du drame de l'immigration clandestine en France, que l'Église sera entendue de ceux qui sont confrontés quotidiennement au drame de la misère et de l'abandon.

Yves Meaudre est directeur général d'Enfants du Mékong, prix des droits de l'Homme de la République française.

Photo : "Enfants du Mékong"