PARIS, [DECRYPTAGE/entretien avec Jean-Marie Le Méné] - La molécule d'ADN qui contient toute l'information génétique de l'espèce homo sapiens est désormais décryptée à 95 *t accessible à tous les chercheurs de la planète.

S'agit-il d'une avancée décisive dans la lutte contre les maladies ?

Oui et non. Oui indiscutablement car c'est un passage obligé. Les gènes de l'ADN codent pour des protéines et le séquençage sera la source de connaissances essentielles pour déterminer la formule des protéines normales et pathologiques codées par le génome.

Non, car si l'avancée est capitale, elle n'est pas décisive pour la lutte contre les maladies : le chemin à parcourir est encore long, car il reste à définir les formules des protéines et surtout leur rôle dans l'organisme pour comprendre les troubles entraînés par des anomalies les concernant.

- D'après les résultats du décodage, le génome humain, à la surprise générale, ne comprend que 30 000 gènes. Avec aussi peu de gènes (moins que le riz et à peine deux fois plus que la mouche), n'est-ce pas la théorie du tout génétique et du déterminisme qui s'appauvrit considérablement ?

Il existe des différences entre le riz et l'homme et, bien que notre génome comporte moins de gènes que celui du riz, il semble que nous lui soyons assez supérieurs ! Chez les plantes et les animaux inférieurs, le codage des protéines est simple : un gène code pour une protéine. Chez les mammifères, un gène code pour un à une dizaine de protéines donc, avec nos 30 000 gènes, nous codons pour environ 100 à 150 000 protéines... Nous avons donc deux fois plus de gènes que la mouche mais dix fois plus de protéines. Par ailleurs 1/3 du génome n'est pas utilisé pour former des gènes et est appelé par certains ADN de " pacotille " ; il serait plus raisonnable de dire que l'on ne connaît absolument rien du rôle de cet ADN et qu'il y a encore beaucoup à apprendre, sans compter la régulation interne du fonctionnement du génome sur lequel on fait seulement les premiers pas.

Si le déterminisme génétique existe indiscutablement, il est beaucoup plus complexe que ce que l'on pensait initialement en raison des régulations internes multiples et complexes : un gène sur un chromosome est sous la dépendance directe et indirecte de multiples gènes sur d'autres chromosomes. De plus l'acquis en pathologie est indiscutable et le gène n'est souvent qu'un facteur prédisposant facilement inhibé par le mode de vie, l'éducation, le régime... Même avec le même génome, deux vrais jumeaux sont différents.

- La France fait partie des rares opposants à la brevetabilité du vivant. Jugez-vous ce combat essentiel ?

Oui, on ne peut concevoir un brevet que sur une invention, pas sur une découverte, sinon Christophe Colomb aurait pu breveter l'Amérique...

Jean-Marie Le Méné est président de la Fondation Jérôme Lejeune.