PARIS,[DECRYPTAGE/analyse] - Le ministère délégué à la Santé vient de lancer une lettre mensuelle, intitulée État de santé, destinée à l'information des médecins pour " faire comprendre les choix des autorités sanitaires et les plans d'action en santé publique ".

Son premier numéro, paru en février, porte sur la recrudescence de la syphilis en France.

Cette maladie sexuellement transmissible qui avait pratiquement disparu croit à un rythme préoccupant. L'année dernière, l'Institut de veille sanitaire avait publié dans son Bulletin épidémiologique hebdomadaire n°35-36/2001 une enquête déclenchée à partir d'une alerte lancée en région parisienne. Cette étude révélait que ces cas sont majoritairement parisiens (68/78), presque exclusivement masculins (77/78) et concernent principalement des homosexuels (58 homosexuels, 8 bisexuels et 11 hétérosexuels) dont plus de la moitié sont séropositifs pour le VIH.

Le bulletin du ministère de la Santé indique crûment qui sont les patients à risque :

- Homosexuels masculin ;

- Détenus ou personnes venant de séjourner en prison ;

- Migrants provenant d'une zone d'endémie (Afrique subsaharienne, États de l'ex-Urss, Asie) ;

- Personnes ayant des partenaires multiples.

Cette résurgence de la syphilis semble s'accélérer en 2001 : 32 cas signalés sur l'année 2000, 46 cas sur les cinq premiers mois de 2001. Ce constat préoccupant a entraîné la mise en place d'un réseau national de surveillance épidémiologique de la syphilis. A partir de l'évaluation des données recueillies par ce réseau sera étudiée l'opportunité d'intégrer la syphilis dans la liste des maladies à déclaration obligatoire.

L'auteur de la note du ministère, J.-P. Coulaud, professeur de maladies infectieuses à la faculté Xavier Bichat-Paris VII, cite une enquête sur les origines de la maladie.

" Réalisée en 2000 auprès des lecteurs de la presse gay, cette enquête montre que le style de vie des hommes homosexuels, marqué par la multiplication des partenaires et la fréquentation des lieux de drague, s'accompagne de l'augmentation des relations non protégées, rapports oro-génitaux ou pénétrations anales, avec les partenaires stables et avec les partenaires de rencontre.

Cette dégradation des pratiques préventives est particulièrement nette quand on observe la proportion d'hommes ayant eu sur les douze derniers moins au moins un rapport anal non protégé avec un partenaire occasionnel :

- chez les hommes séronégatifs, 21 pour cent ont eu des rapports non protégés avec un partenaire occasionnel en 2000 contre 15 pour cent en 1997 ;

- chez les hommes séropositifs, 38 pour cent ont eu des rapports non protégés avec un partenaire occasionnel en 2000 contre 26 pour cent en 1997.

Chez les jeunes de moins de 25 ans, cet indicateur passe de 18 pour cent en 1997 à 31 pour cent en 2000 en Ile-de-France et de 17 pour cent à 22 pour cent dans les autres régions.

Dans cette enquête on observe également que les décélérations de survenue d'une MST dans l'année sont en augmentation : 13 pour cent en 1997, 15,8 pour cent en 2000 "

Maladie devenue exceptionnelle depuis une douzaine d'années, la syphilis est une MST due à une bactérie dont les symptômes varient selon le stade de l'infection. La syphilis primaire se manifeste généralement par un chancre (ulcération de la peau et des muqueuses) - souvent indolore - qui apparaît en moyenne 3 semaines après la contamination. En l'absence de traitement, d'autres symptômes (éruptions cutanées, fièvre, douleurs articulaires...) peuvent survenir (syphilis secondaire). La maladie peut alors évoluer de façon " silencieuse " (sans symptômes évocateurs) pendant plusieurs années et entraîner des complications sévères (manifestations neurologiques, cardio-vasculaires). La syphilis est contagieuse à tous les stades de son évolution.