LILLE,[DECRYPTAGE/analyse] — Malgré l'interdiction de pratiquer l'euthanasie, plus d'un décès sur deux (53 %) survient après l'arrêt de certains traitements thérapeutiques. C'est ce que révèle une étude récente, publiée dans l'hebdomadaire médical britanique The Lancet.

Ces chiffres correspondent à ceux relevés aux Etats-Unis au début des années 90. Depuis, les décisions d'arrêter les traitements chez des patients américains en phase palliative seraient passées de 51 % à 90 %

Une autre étude récente, publiée dans la revue " Médecine, thérapeutique, pédiatrie ", montre que l'euthanasie est couramment pratiquée sur les grands prématurés, " à très grand risque de handicaps sévères ". Selon cette étude, conduite dans 17 unités de réanimation néonatale, " la plupart des médecins ont rapporté qu'ils avaient déjà décidé, seuls ou avec d'autres, de limiter l'intensité des soins et de laisser la nature suivre son cours, même si cela devait aboutir au décès du patient - en cas d'affection fatale ou de pronostic neurologique particulièrement sévère ".

L'hémorragie cérébrale ou l'asphyxie au moment de l'accouchement, cause de lésions cérébrales irréversibles, sont les cas qui posent le plus fréquemment " un problème éthique ". Il s'agit essentiellement de décider de poursuivre ou non les soins intensifs. A l'appui de ces décisions, l'extrême prématurité et les malformations congénitales multiples sont souvent citées. On note par ailleurs que près de la moitié des soignants se prononce contre une modification de la loi interdisant l'euthanasie.

Ces études montrent au moins l'état de confusion dans lequel se trouvent les esprits. Du point de vue éthique, la décision d'arrêt des soins pour un grand prématuré en situation de détresse aigüe, est-elle assimilable à une euthanasie ? Le risque d'amalgame est grand. Car le refus de pratiquer des soins disproportionnés peut être légitime. Mais ce qui ne l'est pas, c'est la volonté de tuer avec l'idée que la vie d'un enfant handicapé vaut moins que celle d'un enfant sain. C'est pourquoi seule l'intention profonde du médecin qui arrête les soins peut tranformer moralement cet acte en euthanasie.

Aujourd'hui, le grand public est largement opposé à l'acharnement thérapeutique, terme qui désigne la pratique des soins disproportionnés. On ne peut que s'en réjouir et inviter les médecins à réfléchir avant de risquer une réanimation. La tentation de la performance médicale existe. Les réussites de la technique médicale conduisent parfois (souvent ?) médecin et malade plus loin qu'il n'est raisonnable d'aller dans l'escalade des moyens agressifs et coûteux.

Cependant, certains voudraient profiter de cette opposition du grand public pour susciter l'adhésion à l'euthanasie. La tactique consite alors à parler indifféremment d'euthanasie ou d'arrêt des soins, comme s'il s'agissait de la même chose. Ce discours volontairement ambigü est pervers car, sous couvert de vertu, il légitime l'eugénisme ou la discrimination à l'égard des personnes handicapées.

Xavier Mirabel est médecin cancérologue.