Mgr Sabbah

Dans un long entretien avec Antoine Besson enregistré à Jérusalem, Mgr Sabbah, Patriarche émérite de Jérusalem, évoque la situation palestinienne et plus largement le sort des chrétiens au Moyen-Orient. Pour lui, les chrétiens sont d’abord des citoyens. Dans chaque pays du Moyen-Orient, c’est par le dialogue qu’ils doivent trouver avec les musulmans un modus vivendi. Un dialogue, certes, mais qui peut aller jusqu’au martyr selon l’ancien patriache de Jérusalem.

Béatitude, vous êtes patriarche émérite de Jérusalem, vous avez déclaré que la demande de reconnaissance par l’ONU de la Palestine était une démarche de paix à laquelle il fallait accéder. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?

Le conflit entre la Palestine et Israël porte sur une partie de la Palestine historique, c’est-à-dire les 22% occupés en 1967. Les Palestiniens veulent que ces territoires leur reviennent mais Israël refuse de les restituer. Dans le passé, il y a eu plusieurs tentatives de pourparlers qui n’ont abouti à rien. En désespoir de cause, les Palestiniens se sont donc adressés à l’ONU. 

Cette démarche ne recèle à mon sens aucune agressivité, pas même à l’encontre des Israëliens. Mais le jeu des alliances est tel que c’est l’interprétation de l’Etat hébreu qui a prédominé. C’est parce qu’Israël y est opposé que les Etats-Unis se sont opposés au vote et que de nombreux pays d’Europe, alliés des Etats-Unis, se sont abstenus. Ce ne sont pas les convictions qui guident aujourd’hui les décisions des Etats mais les alliances.

A l’inverse, pour les Palestiniens, cela signifie non pas qu’ils ont affaire au seul Etat d’Israël mais que le monde entier suit la position israélienne et la soutient. Aller à l’ONU demander la reconnaissance de l’Etat par la communauté internationale n’est donc pas choquant. C’est au contraire tout à fait normal et légitime. Malheureusement, ils n’ont pas réussi : l’ONU n’a pas voulu voter. Sans doute savaient-ils que ce serait un vote injuste du fait des alliances et des intérêts de l’Occident en Israël. 

Quels sont les intérêts en jeu ?

Le problème aujourd’hui est que l’Etat d’Israël ignore ses frontières. Il ne les connaît pas et ne veut pas les reconnaître. De ce fait, la Palestine ne sait pas non plus où sont ses frontières. Elle est aujourd’hui divisée en trois parties : A, B et C. La partie A est aux mains des Palestiniens. Les parties B et C sont occupées par Israël. Ces territoires auraient dû être restitués aux Palestiniens après 1999 mais cela n’a pas été fait et cela ne se fera pas si on en croit l’Etat israélien actuel. Pour les gouvernants, la Palestine appartient aujourd’hui à l’Etat hébreu. Israël est donc contre la reconnaissance par l’ONU de l’Etat palestinien car cela impliquerait la reconnaissance des deux Etats par tous.

Mais paradoxalement, Israël ne veut pas non plus qu’il n’existe qu’un seul Etat. Il y a dejà autant de Palestiniens que d’Israéliens sur le territoire total et l’Etat hébreu a peur de cette réalité démographique. La solution actuelle permet donc un apartheid déguisé : il y a une loi pour les Israéliens et une autre loi pour les Palestiniens. C’est la situation politique aujourd’hui en Israël. Elle est fondée sur une ambivalence et un flou entretenu par Israël pour maintenir la Palestine dans l’état d’oppression qu’elle connaît.

La situation est donc figée et les Israëliens ne veulent des pourparlers que pour s’assurer que les choses resteront ainsi. Israël refuse de rendre aux Palestiniens les 22% de territoires conquis et les deux parties sont par conséquent irréconciliables ! 

Cette réalité des territoires occupés est au cœur du conflit israëlo-palestinien. Curieusement, elle fait émerger une troisième partie dans ce conflit qui a ses intérêts propres : celui des colonies…

Les colons sont un danger qui menace autant les Palestiniens que l’Etat d’Israël. Les violences des colons sont des violences contre Israël. C’est donc à l’Etat hébreu de traiter directement avec les colons. Mais il n’arrive pas à traiter sérieusement avec eux au point qu’on a vu des colons s’en prendre à l’armée israélienne elle-même.

Côté palestinien, l’extrémisme des colonies prive radicalement les habitants des territoires occupés de tous leurs droits et de toute sécurité. Comme tout extrémisme, il engendre de surcroît un extrémisme contraire en réaction.

La réalité des colonies est donc un danger pour toute la région. Même le gouvernement qui se dit modéré alors qu’il est extrémiste risque d’être la victime de ce mouvement. Ce n’est déjà plus la majorité qui gouverne mais un jour, les colons domineront toute la situation. Or leur mode de gouvernement étant totalement irrationnel – extrémiste et irrationnel –, l’irrationalité gagnera tout le monde, Palestiniens comme Israëliens, et ira peut-être même jusqu’à provoquer la chute d’Israël. 

Avec les récents événements appelés « printemps arabe », on a vu de nombreux peuples s’affranchir de leurs despotes. Ces révolutions ont souvent mis en exergue des situations difficiles entre musulmans et chrétiens au Moyen-Orient. Pensez-vous que la cohabitation est réellement possible dans ces contrées ?

Tout d’abord, il faut s’entendre sur les mots. Il n’existe aucun rapport entre une communauté chrétienne et un pays ! Les communautés font partie intégrante des pays, autant les chrétiens que les musulmans ! Il faut donc non pas parler des rapports entre une minorité et un pays mais plutôt des rapports entre les citoyens musulmans et chrétiens. 

La condition des chrétiens au Moyen Orient a deux aspects fondamentaux. Le premier est interne et concerne les chrétiens et les musulmans. Si les chrétiens du Moyen Orient sont laissés à eux-mêmes pour trouver des solutions et cohabiter avec les musulmans, ils pourront le traiter sans grand dommage. Ils se sont déjà tirés de situations tout aussi graves par le passé. Il ne faut pas oublier que nous avons en la matière une expérience de mille quatre cents ans, avec des hauts et des bas, et que nous nous en sommes toujours tirés.

Le second aspect de la condition des chrétiens au Moyen Orient, c’est la politique internationale occidentale qui fait plus de mal aux chrétiens que l’extrémisme possible des musulmans contre les chrétiens.

Prenons un exemple parlant. En Irak, les chrétiens sont aujourd’hui persécutés et tués. Mais qui a ouvert cette page de l’histoire irakienne ? C’est précisément l’invasion américaine. Si les américains n’y avaient pas été, l’Irak serait resté un pays stable où les chrétiens, les sunnites et les chiites vivraient en paix ! Le pays aurait suivi son évolution. Peut-être même aurait-il fait partie de ces pays arabes qui se sont émancipés des tyrans qui les gouvernaient récemment. La foule se serait soulevée d’elle-même mais il n’y aurait pas eu tous ces massacres qui ont eu lieu lors de l’invasion américaine.

La politique de l’Occident est donc avant tout la politique des intérêts de l’Occident. Aujourd’hui, l’Occident fait sa politique et ne se soucie pas de la protection des chrétiens. D’ailleurs, de qui pourrait-il nous protéger ? L’Occident parle des droits de l’homme mais il les transgresse très largement quand ça l’arrange. En Palestine, les droits de l’Homme sont violés et l’Occident ne bouge pas. Il sait ce qu’il faut faire pour le conflit israëlo-palestinien mais il n’a pas le courage ou la liberté d’agir !

Parce qu’il a d’autres intérês ?

Parce que les chrétiens ne sont pas parmi les intérês de l’Occident. A moins que la communauté chrétienne d’un pays ne soit un moyen d’accéder à un intérêt supérieur pour l’Occident.

Si l’Occident s’intéressait réellement au sort des chrétiens au Moyen Orient, il devrait réviser tous ses plans politiques à venir et prendre en considération leur présence. Mais ce ne sera jamais le cas.

Toutes ces recherches pour protéger les chrétiens, du moins de la part des Etats, sont donc très hypocrites. Nombreux sont ceux qui se plaignent aujourd’hui de la situation actuelle en Irak mais en réalité c’est eux qui ont créé le problème irakien ! 

Le sort des chrétiens doit donc rester entre les mains des chrétiens et des musulmans ! Ce sont les chrétiens et les musulmans qui peuvent et doivent résoudre leurs problèmes. Les musulmans ne sont pas des étrangers ni les chrétiens. Ils doivent donc se demander : « comment vivre ensemble ? » d’une part, et d’autre part, « comment faire face à la colonisation par l’Occident ? » Autrefois cette colonisation était militaire, aujourd’hui elle est culturelle et commerciale. 

L’avenir des chrétiens est entre les mains des chrétiens. C’est à eux de savoir parler avec les musulmans. Tous les musulmans ne sont pas islamistes. Il y a certes des partis islamistes qui sont aujourd’hui au pouvoir, mais il est toujours possible de dialoguer et de parler avec eux. Ce sont des gens capables de comprendre les intérêts communs. Et si les islamistes ne veulent pas comprendre, alors c’est aux chrétiens de prendre leurs propres décisions. Qu’est ce que je peux faire avec un concitoyen qui veut m’opprimer ? Je continuerai à dialoguer. Et si le martyre se présente, je l’accepterai comme croyant, pour ma vie et celle de ma société.

Aujourd’hui, une nouvelle force de paix est en train d’émerger sur la scène internationale. Elle est pleine d’espoir. Ces mouvements de foule, ces réseaux sociaux, facebook, internet… C’est une force politique qui n’a pas besoin de violence pour faire face à tous les pouvoirs du monde, y compris les islamistes ! Si on ne parvient pas à se faire entendre, il y a donc là une force dont on peut user et qui est non violente. Elle finira par convaincre. Cela peut prendre du temps mais on constate aujourd’hui que tous les mouvements du printemps arabe qui se sont amorcés très vite, prennent aujourd’hui plus de temps !

Dans ce cas là, si on met de côté l’Occident qui se rêve police du monde et qui souhaite imposer ses schémas, comment voyez-vous le dialogue entre musulmans et chrétiens ?

Tout simplement. Il y aura un front de chrétiens et de musulmans face à un front exclusivement musulman – pour ne pas dire islamiste. Et, ce front sera nécessairement beaucoup plus important numériquement que le second.

L’important c’est de savoir organiser paisiblement cette collaboration et de privilégier à tout prix les moyens pacifiques. Cela suppose nécessairement la liberté d’expression. Et s’il n’y a pas de liberté d’expression, c’est le martyre qui le permettra.

Quel est ce martyre qui permettra la cohabitation des chrétiens et des musulmans ?

Aujourd’hui, je ne crois pas qu’il y aura de persécution chrétienne sanglante. Toutefois, il est bon de prendre en compte la possibilité de mourir non pas pour n’importe quelle cause politique vulgaire mais comme chrétien. Aujourd’hui il faut être prêt à mourir pour sa foi. Il faut éduquer des martyrs – c’est-à-dire former les chrétiens à être des martyrs.

Le martyr se sauve mais il sauve également l’autre : sa communauté et son bourreau, celui qui le tue. Il meurt pour lui et pour le musulman qui met fin à sa vie. Le martyre sera donc un pouvoir de transformation de la société arabe, des chrétiens comme des musulmans ! Un pouvoir de transformation qui n’a pas été encore exercé. Il y a eu beaucoup de victimes mais pas de martyrs.

Vous ne croyez pas qu’il y a eu des martyrs en Irak ? 

Précisément en Irak, il faudrait apprendre aux chrétiens à accepter la mort comme martyrs. Il ne s’agit pas d’aller au devant de la mort ; mais si la mort arrive, il faut l’accepter comme martyrs, pour Jésus, pour ma foi, pour ma vie et pour celle de celui qui me massacre. Mais encore une fois, je ne crois pas que nous arriverons à une telle situation.

Actuellement, je ne crois pas que tout ce qui arrive en Irak ou en Egypte soit spontané. Il y a une troisième main qui a intérêt à allumer tous ces feux pour créer un déséquilibre entre les communautés. C’est pourquoi je suis partisan qu’on nous laisse tranquilles afin que nous puissions régler cela entre nous.

Vous êtes donc optimiste ?

Bien sûr, il y a de l’espoir ! Cela fait quatorze siècles que nous vivons ensemble et que nous sommes tous citoyens d’un même pays. Certes, certains émigrent mais beaucoup d’autres restent. Il y aura toujours des chrétiens et des musulmans dans ce pays. C’est donc à nous de trouver le moyen de vivre ensemble.

La majorité des musulmans est peut-être en train de chercher une solution pour survivre à cette situation. Il faut donc trouver le moyen de construire ce front commun aux chrétiens et aux musulmans. A mon sens, c’est tout à fait possible. Mais il faudra certainement tenir compte de l’Occident qui ne sera pas forcément favorable à une telle alliance contre le front extrémiste. Car l’Occident qui condamne l’extrémisme peut s’allier avec lui lorsque ses intérêts l’y contraignent, même si c’est au détriment de fronts plus modérés.

A travers ce discours, on perçoit en filigrane la conviction que la communauté chrétienne porte la responsabilité spirituelle du Moyen Orient.

Les chrétiens doivent prendre conscience de ce qu’ils sont dans le Moyen Orient ! C’est à eux qu’il revient d’essayer de sauver le Moyen Orient ! Ou du moins de marcher avec lui car les peuples et l’Histoire évoluent.

Les sociétés arabes ne sont pas stables. Vouloir imposer une forme de démocratie occidentale à ces sociétés est une manière de violenter l’évolution historique des peuples arabes. Ce n’est pas le moment d’imposer un modèle extérieur à des communautés qui sont totalement étrangères aux valeurs de l’Occident. Il faut donc laisser évoluer l’Histoire et la société. 

Les chrétiens doivent accompagner cette évolution. Ils ne doivent pas être de simples spectateurs mais également marcher avec les foules d’aujourd’hui pour façonner l’avenir.

Vous parlez de « démocratie occidentale ». Aujourd’hui, on s’interroge souvent sur la façon dont l’Occident impose son modèle politique. La démocratie serait le mode de gouvernement ultime qui permet aux peuples de s’exprimer. Dans le même temps, on voit bien qu’il existe plusieurs cultures différentes qui sont plus ou moins compatibles avec ce mode de gouvernement… Qu’en est-il de l’islam selon vous ?

En premier lieu, il s’agit de savoir ce que signifie le terme démocratie. Comment vit-on en démocratie ? Aujourd’hui, on peut mettre n’importe quoi sous cette étiquette. En réalité, peu importe la forme de gouvernement, l’important est que ce dernier respecte toute personne humaine. Que vous l’appeliez démocratie ou autre chose, ce n’est pas important.

Dans les cultures du Moyen Orient, en islam comme dans la chrétienté, il y a des valeurs qui invitent à respecter la personne humaine. De même, en islam, la consultation existe depuis toujours. Mais il appartient aujourd’hui aux peuples d’évoluer à leur rythme vers cette forme de gouvernement la plus parfaite possible qui respectera chaque personne humaine.

Il faut laisser les pays et les cultures évoluer naturellement pour arriver au mode de gouvernement qui leur est propre. Il y aura certainement encore des moments difficiles et douloureux, il y aura des victimes et des tyrans mais aucune histoire humaine ne s’est écrite sans victimes. L’Europe a écrit son histoire dans le sang. Israël a eu ses victimes et il y en aura encore jusqu’à ce que nous devenions assez mûrs pour nous gouverner nous-mêmes et gouverner les autres. L’Occident qui est habitué au double – voire au triple – langage ne peut pas se poser en professeur d’humanité face aux pays arabes.

En vous écoutant, on pense forcément à la Syrie ! Mgr Jeanbart [évêque d’Alep ndlr] a pris position il y a quelques semaines en rappelant dans les colonnes du Figaro que la communauté chrétienne de Syrie redoutait l’après Bachar el-Assad… 

En ce qui concerne la Syrie, on ne sait pas très bien ce qui se passe. On ne voit que la surface des choses. Toutes ces manifestations sont-elles réellement spontanées ou bien est-ce exploité ? Pourquoi la Turquie recueille-t-elle tout ce monde ? N’aurait-elle pas plutôt intérêt à rester neutre ? Pourquoi l’Occident s’y met-il ? Pour défendre les droits de l’homme ? Qu’il commence par les défendre ici en Palestine !

La Syrie a toujours été en bons termes avec Israël et les Etats-Unis. Mais nous sommes à un stade critique où ces bonnes relations ne suffisent plus. La Syrie est trop proche de l’Iran et par voie de conséquence, l’Iran est trop proche d’Israël. Ce conflit pourrait donc être une manipulation géostratégique de façon à déstabiliser la Syrie et éviter la présence de l’Iran aux frontières d’Israël. C’est une hypothèse envisageable.

En ce qui concerne la minorité chrétienne par contre, la question qu’il faut se poser n’est pas « que deviendront les chrétiens avec ce régime ou un autre ? » mais « que deviendront les citoyens syriens ? » Car,comme je le disais tout à l’heure, quand on est chrétien, on est premièrement citoyen et on accepte toutes les circonstances par lesquelles passeront tous les citoyens.

Par conséquent, s’il y a violence, ce ne sera pas exclusivement contre les chrétiens mais contre tous les citoyens. Il n’y aura de la violence que parce que c’est la violence qui gouvernera. L’exemple de l’Irak est très parlant à cet égard. Actuellement, s’il y a quelques centaines de morts chrétiens en Irak, il y a des dizaines de milliers de sunnites et de chiites qui meurent également.

Les chrétiens ne doivent donc pas avoir peur pour eux seulement mais pour tout le pays. Jamais un régime n’a exploité la violence qu’à l’égard des chrétiens et je ne crois pas que cela arrivera un jour. La violence est toujours globale ! Quand le régime est violent, il use de la violence contre tout le monde.

Par conséquent, si le scénario est de supprimer la Syrie comme on a supprimé l’Irak, alors ce sera le chaos en Syrie et tout le monde sera exposé au danger. Mais j’espère qu’on n’en arrivera pas là. Je souhaite qu’on passe d’un régime stable à un autre régime stable. Quel que soit la couleur du régime, c’est la stabilité du gouvernement qui est importante.

C’est aux chrétiens notamment que revient la responsabilité de construire l’avenir avec tous. La situation est délicate lorsqu’il faut changer de régime mais il faut toujours avoir le souci de l’ensemble. Si moi je suis en danger et que l’autre côté est en danger, alors nous communions dans le danger. Il faut impérativement éviter de cultiver un égoisme de confession ou de communauté !

Comment l’action politique est-elle possible pour des chrétiens souvent minoritaires dans ces pays ?

Il ne s’agit pas de réfléchir en terme de minorité. Le nombre ne compte pas. Il ne s’agit pas de créer une force politique à part – un parti politique chrétien par exemple – mais de participer à l’action politique du pays, de quelque couleur qu’elle soit. Vous pouvez être avec le régime comme vous pouvez être dans la résistance. Il y a différents partis politiques et chacun peut trouver le sien. 

Le parti politique Baas par exemple a été fondé par un chrétien mais la majorité aujour’hui n’est pas chrétienne. Les chrétiens y sont minoritaires mais ne sont pas traités comme une minorité. Ils sont traités comme des membres du parti politique. Lorsque vous êtes dans l’action politique, vous n’êtes pas un, deux ou trois… Vous êtes tout le parti politique ! Vous n’êtes pas un dans le pays, vous êtes tout le pays ! C’est ainsi qu’il faut penser à vivre et à survivre.

 

Propos recueillis par Antoine Besson
à Jérusalem le 18 janvier 2012

 

Crédit Photo : © Antoine Besson