Outre les associations, dont libertepolitique.com contribue à relayer les messages, des intellectuels et des hommes politiques refusent le mariage pour les personnes de même sexe et sont bien décidés à faire entendre leurs voix. Passage en revue des mobilisations contre le projet de loi du gouvernement Ayrault.
Une majorité de Français y serait favorable. Un sondage Ifop paru dans La lettre de l’opinion estime ainsi à 65% de la population les défenseurs du mariage homosexuel. Ils seraient même 53% en faveur de l’adoption d’enfants par les couples de même sexe. Dans la mesure où le débat n’a pas vraiment eu lieu dans la sphère publique, et que par conséquent les questions de la PMA et des mères porteuses n’ont pas réellement été posées, ces chiffres n’ont rien d’étonnant[1].
Pour inverser le rapport de force, les opposants au mariage gay se mobilisent. Les religions ont pris position contre le projet de loi. « Les religions sont plutôt contre le mariage homosexuel, à l’exception d’une frange libérale du protestantisme. Et s’inquiètent tout autant de l’ouverture à l’adoption d’enfants par ces couples » relève le journaliste Jean-Marie Guénois.
En ce qui concerne les catholiques, le pape avait demandé aux évêques français de défendre le mariage traditionnel, pour le « plein épanouissement de la personne humaine ». Monseigneur André-Vingt-Trois avait lui invité les croyants à prier le 15 août pour que « les enfants cessent d’être les objets des désirs et des conflits des adultes pour bénéficier pleinement de l’amour d’un père et d’une mère », ce qui avait créé une polémique.
« Rapport complexe entre Nature et Culture »
Mais il serait réducteur de laisser les arguments contre le mariage homosexuel et l’adoption aux seuls religieux puisque, comme le notait Natacha Polony dans sa chronique du Figaro cette question « relève du rapport complexe entre Nature et Culture ». En cela, elle concerne la société en général, nos hommes politiques en particulier.
Même si l’opposition au projet de loi du gouvernement se situe essentiellement à droite, Le Monde note que l’UMP est divisée sur ce sujet. « Le Parti radical, que préside Jean-Louis Borloo, est favorable à cette réforme, mais le Nouveau Centre y est en majorité hostile, comme l’UMP » résume l’article [2]. La sénatrice Chantal Jouanno et le député Franck Riester sont par exemple favorables au mariage pour les homosexuels tandis qu’un groupe de travail de parlementaires opposés au projet de loi s’est mis en place, autour de Jean Leonetti, Yves Nicolin, Claude Greff et Hervé Mariton. Pour Bruno Le Maire, le sujet mériterait la consultation des militants
Surtout, le journaliste du Monde note que l’UMP « abrite des opinions diverses et paraît soucieuse d’éviter, à l’approche de son congrès à l’automne, un affrontement interne sur ce sujet. ». Bref, du silence … pourvu qu’on ait l’unité !
En revanche, à gauche, on y voit (un peu) plus clair. Pour la majorité des élus socialistes : « si l’ouverture du mariage aux homosexuels fait l’objet d’un large consensus, il n’en va pas de même de la filiation » relève La Croix.
Le Monde rappelle que François Hollande « s’était prononcé, dans un entretien au magazine Têtu, en faveur de l’accès à l’assistance médicale à la procréation pour les couples de lesbiennes ». Et c’est là que l’affaire se complique … et que le débat commence, visiblement, selon un ministre cité dans La Croix : « Sur le mariage, il n’y a pas débat. En revanche, sur la question de l’AMP, il faudra un débat de société préalable à un texte ultérieur ». Le sénateur Jean-Pierre Sueur fait partie des sceptiques : « je suis très réservé sur cette ouverture, non pas en tant que catholique mais en tant que parlementaire » déclare-t-il, cité toujours par La Croix.
Le projet de loi du gouvernement devrait obtenir les voix du Front de gauche et d’Europe Ecologie-les Verts. Le Point nous rappelle ainsi qu’Eva Joly et Jean-Luc Mélenchon avaient défilé lors de la Gay pride, et que Noël Mamère, « alors maire de Bègles, avait ouvert un vaste débat en procédant à une union entre deux personnes de même sexe. Un mariage annulé peu après par une décision de justice ».
Des opposants aussi à gauche
Quelques personnalités de gauche, comme Bernard Poignant, maire de Quimper et conseiller du président, Laurence Tcheng, ou Jean-Pierre Chevènement sont opposés au mariage et à l’adoption pour les couples gays.
Tout comme les Poissons roses, mouvement créé par des catholiques de gauche. Un article de La Croix en août nous apprenait qu’ils avaient déposé une contribution dans l’optique du congrès de Toulouse dans laquelle ils s’alarmaient : « faut-il, au nom d’un droit à l’enfant pour tous les couples, remettre en cause le principe fondamental du droit de l’enfant à connaître ses parents et être élevés par eux ? ». Ils mettaient en garde le Parti socialiste : « Le PS ne peut pas demeurer un parti « libertariste », simple contributeur de droits, sinon il échouera à demeurer un parti « socialiste » ».
Laurent Bouvet ne dit pas autre chose. Le fondateur de la gauche populaire et auteur du livre Le sens du peuple, est cité par La Croix, décidemment très mobilisé sur ce sujet : « Les socialistes continuent de fonctionner par slogans (…) Ils imaginent que l’on peut aborder la question du mariage homosexuel sans penser la question de la filiation, qui est autrement plus complexe. Le gouvernement a ouvert une boîte de Pandore. L’élite socialiste n’imagine pas combien, sur ces questions, la société, les élus de province, ne sont pas en phase avec elle ».
D’autres intellectuels se sont engagés contre le mariage homosexuel. En tête de cortège, les philosophes Chantal Delsol et Thibault Collin ont écrit des tribunes dans les journaux. Anne-Marie Le Pourhiet sur libertepolitique.com s’oppose également au projet de loi du gouvernement. Signalons encore une tribune d’Ivan Rioufol dans Le Figaro de vendredi. Le quotidien de droite a d’ailleurs contribué à animer la « dispute civilisée » chère à Elisabeth Lévy ces dernières semaines et a consacré un long article à l’opposition des psychanalystes à ce projet.
N’oublions pas non plus les élus locaux. « C’est à eux qu’il reviendra demain d’unir des personnes de même sexe » relève justement un auteur de Causeur.fr, citant le cas de Philippe Brillault, maire du Chesnay, dont une motion « présentée à l’ensemble du Conseil municipal (…) affiche clairement le refus des élus de voir modifier le code civil mais plus encore d’être pris en otage par un texte qui pose « un vrai cas de conscience » et que « seul un référendum légitimerait » ». Récemment, c’est le maire du VIIIème arrondissement de Paris, François Lebel, qui a créé la polémique en insistant sur les dérives que pourraient engendrer la légalisation du mariage et de l’adoption pour les couples de même sexe.
« Plus gay sans mariage »
Les homosexuels eux-mêmes y sont-ils favorables ? Ce n’est pas l’avis de Xavier Bongibault, président de l’association Plus gay sans mariage. Dans une interview à Valeurs actuelles cet homosexuel qui se dit « athée » et « adhérent à l’UMP » affirme que la « revendication » du mariage « n’est pas majoritaire chez les homosexuels ». Il dénonce « l’influence des associations LGTB [lesbiennes, gay, bi et trans, NDRL] « telle que beaucoup n’osent pas le dire ».
Referendum or not referendum ?
Les plus ardents défenseurs du mariage « traditionnel » vont même jusqu’à proposer un référendum. C’est le cas de Christine Boutin, présidente du Parti chrétien-démocrate. Philippe Gosselin, député UMP de la Manche envisage aussi cette possibilité, et propose des Etats généraux de la famille et de la filiation. On leur oppose la proposition 31 du programme présidentiel de François Hollande, pour lesquels les Français ont voté. Or il semble évident que le président n’a pas été élu grâce à cette proposition qu’on a très peu abordée durant la campagne.
Le cardinal Barbarin, archevêque de Lyon, à l’origine d’une polémique lui aussi, et Mgr Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon, sont favorables à ce referendum que les Français semblent réclamer. Afin de l’obtenir, une pétition a été lancée par la Fédération des Associations Familiales Catholiques (http://www.tous-pour-le-mariage.fr/#signpetition) et un site officiel (http://www.referendum-officiel.fr) a été créé. On compte de nombreux soutiens à ces demandes de référendum, du Collectif pour l’enfant à l’Alliance pour un Nouveau féminisme Européen en passant par Liberté politique.
Frigide Barjot, du collectif pour l’Humanité durable, coordonne certaines de ces initiatives.
Laurent Ottavi
[1] Le sénateur Jean-Pierre Sueur, est bien optimiste : « en manifestant ses intentions bien avant la présentation du projet de loi, le gouvernement a permis que le débat ait lieu. Il se fait dans la presse. Chacun s’exprime. » (La Croix) Notons toutefois l’excellent débat qui eût lieu sur le plateau de Mots Croisés, (France 2), le lundi 17 septembre. Deux femmes politiques étaient présentes : Christine Boutin (PCD) et Anne Hidalgo (PS).
[2] En janvier, une dépêche AFP nous apprenait que 115 parlementaires de l’UMP, du Nouveau Centre et du Mouvement pour la France s’étaient prononcés contre le mariage et l’adoption pour les homosexuels.










A propos de mobilisation contre le mariage gay, je vous propose cet article de Laurent Arouet / http://flambyetlemariage.unblog.fr/
"Quand Hollande nous parle de morale républicaine" et qui a le mérite de sortir de la sinistrose ambiante tout en gardant le cap.
Vous ignorez volontairement le Front National dans votre article. Comment comptez-vous l'emporter en snobant systématiquement Marine Le Pen ? Et son électorat que vous exaspérez avec de telles pratiques ? Qu'est-ce qui compte le plus, convaincre l'UMP ou la fin de ce projet de loi toxique ?