PARIS,[DECRYPTAGE/analyse] — "Article 10. La Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste parraine l'application des clauses dudit accord". Telle est la conclusion de l'accord de paix signé entre le Mouvement pour la démocratie et la justice au Tchad (MDJT), principal mouvement rebelle tchadien, et le gouvernement de N'Djamena.

Cet accord résulte d'une négociation menée à Tripoli sous l'égide de la Libye. Il met fin (provisoirement ?) à trois années de guerre dans le Tibesti, massif montagneux saharien, à l'extrême Nord du Tchad.

Le MDJT, dirigé par Youssouf Tougoïmi, ancien ministre de la défense d'Idriss Déby, avait pour objectif avoué le renversement du "régime clanique et corrompu" du président tchadien et entretenait une rébellion active dans ses montagnes mais n'avait pas réussi à s'adjoindre d'autres groupes tchadiens. De son côté, le gouvernement de N'Djamena avait essuyé de sanglants échecs en essayant d'extirper cette rébellion lointaine. L'influence du Guide de la révolution libyenne, Mouammar Khadafi s'est révélée déterminante dans la conclusion de cet accord.

Et c'est le second coup d'éclat de Khadafi en quelques mois : en mai dernier, c'est une intervention de troupes libyennes qui a permis à Ange-Félix Patassé, président de la République centrafricaine, de venir à bout d'un coup d'État piloté par l'ancien président Kolingba. Les soldats libyens sont restés à Bangui où ils ont prêté main-forte à Patassé, en octobre dernier, pour venir à bout de la résistance de son chef d'état-major François Bozizé, accusé de complicité dans le coup d'état. Bozizé s'est enfui au Tchad et la situation devenait difficile entre N'Djamena et Bangui qui réclamait son extradition. Ici encore, les bons offices de Khadafi ont fait merveille et le 25 décembre, la justice centrafricaine annonçait la fin des poursuites judiciaires contre Bozizé.

Tripoli prend peu à peu la place laissée libre par la France qui, après son intervention à Bangui en 1996-97 pour défendre Patassé contre une mutinerie de son armée, s'est complètement retirée de Centrafrique. La France maintient pourtant une importante présence militaire en Afrique centrale avec ses bases de N'Djamena et Libreville. Y maintient-elle une activité politique ? L'été dernier, Hubert Védrine a fait une tournée en Afrique centrale, principalement orientée vers la solution du conflit entre l'Ouganda, le Rwanda et le Congo et ses alliés. Cette tournée succédait à une offensive diplomatique de paix, menée à l'ONU et sur le terrain par le représentant français Jean-Bernard Levitte. Il semble que la paix au Congo soit le seul objectif français en Afrique centrale. C'est un enjeu important mais doit-il être le seul ? d'autant plus que les espoirs suscités par l'attitude ouverte du jeune président Kabila buttent sur la difficulté de mettre en route l'indispensable dialogue inter-congolais.

Le président Khadafi souhaite engager l'Afrique dans un processus d'unification dont le premier pas a été en juillet dernier la transformation de l'Organisation de l'Unité Africaine (OUA) en "Union Africaine". Il a suscité également la création d'une "Communauté des États sahélo-sahélien" (COMESSA) à laquelle appartiennent le Tchad et la Centrafrique. Celle-ci, en l'occurrence, semble en concurrence avec la CEMAC (Communauté économique et monétaire des États de l'Afrique centrale) dont le principal acteur est Omar Bongo, le président gabonais.

Alors, Khadafi, "parrain" de l'Afrique centrale ?