La France envoie des renforts en Côte d'Ivoire, l'Afrique s'enfonce dans le chaos
Article rédigé par Jean Flouriot, le 20 décembre 2002

L'implication grandissante de la France en Côte d'Ivoire répond aux vœux des pays voisins qui payent très cher la fermeture des frontières et la nécessité d'utiliser les ports du Ghana, du Togo ou du Bénin pour leur commerce extérieur.

Et qui risquent aussi de se retrouver dans une situation dramatique si les millions de leur citoyens résidant et travaillant en Côte d'Ivoire sont contraints de revenir dans leur pays d'origine : il y a au moins 3 millions de Burkinabe en Côte d'Ivoire et autant de Maliens.

La migration vers les pays côtiers mieux pourvus en potentiel agricole est une nécessité vitale et déjà ancienne pour les habitants de ces pays sahéliens. Mais l'origine de la crise est bien en Côte d'Ivoire où différentes factions refusent un partage du pouvoir qu'elles ont un jour ou l'autre détenu. Les militaires rebelles le sont devenus lorsqu'à la suite de la chute du général Guei, ils ont été chassés d'Abidjan où leurs exactions avaient poussé à bout la population. Le président Gbagbo se targue de la légitimité d'une élection dont il avait éliminé préventivement son principal adversaire, sous prétexte de nationalité douteuse. Et il semble avoir bien du mal à maîtriser les "faucons" de son entourage : Abidjan vit dans la crainte des assassinats, les destructions de bidonvilles se poursuivent et l'appel sous les drapeaux de jeunes gens échauffés laisse présager un traitement dramatique des zones "rebelles".

L'Afrique de l'Ouest ressemble de plus en plus à l'Afrique centrale : pays divisés par des luttes de pouvoir instrumentalisant religions et/ou appartenance ethnique.

La Côte d'Ivoire est coupée en deux depuis bientôt trois mois, comme la Centrafrique où le général François Bozizé cherche à chasser de Bangui le président Patassé qui se maintient vaille que vaille, grâce à des soldats libyens et des groupes congolais du chef nordiste Jean-Pierre Bemba. La République démocratique du Congo (ex-Zaïre) est dans cette situation de division depuis maintenant six ans.

L'Est du Congo est toujours occupé par des troupes étrangères, soumis au pillage de ses ressources minières. Des groupes rivaux soutenus par le Rwanda et l'Ouganda cherchent à étendre aux dépends les uns des autres leur aire d'influence pour obtenir une meilleure part du pouvoir à l'issue des négociations en cours en Afrique du Sud. Divisé, le Congo est dans une situation catastrophique. Les organisations humanitaires estiment à 2,5 millions les victimes du conflit, victimes directes des combats et de toutes sortes de violences mais surtout victimes de la faim et des maladies que la désorganisation totale de ce grand pays a provoquées.

Les violences restent le lot quotidien de malheureuses populations particulièrement dans le Nord-Est du pays ; l'Union des supérieures majeures des congrégations féminines catholiques appelle à une véritable intervention de paix de la MONUC, la force d'interposition des Nations unies :

" Nous, femmes consacrées, religieuses catholiques, constituées en Union des supérieures majeures de la République démocratique du Congo... nous venons de toutes les provinces et des coins les plus reculés du pays... Nous dénonçons :

· la violation des droits humains sur toute l'étendue du territoire,

· la violence sous toutes ses formes, les massacres, les assassinats, les mutilations, les viols de femmes, les enlèvements et les disparitions,...

· le pillage des richesses du sol et sous-sol, véritable mobile, de la guerre par des puissances étrangères en collaboration avec des nationaux au mépris de la vie humaine,

· les pillages répétés des populations déjà appauvries, par la guerre et ses conséquences, obligées de fuir leurs maisons pour habiter la forêt,

· plusieurs religieuses dépouillées de tout, à l'instar du peuple, vivent des mois entiers en brousse et certaines y ont même perdu la vie,

· le manque de liberté d'expression, d'information et la manipulation de celle-ci laissant croire que la guerre est finie alors qu'elle continue ses ravages,

· le manque de libre circulation des personnes et des biens,

· la multiplication exagérée des taxes,

· la prise en otage des populations par les différents groupes armés,

· le primat des intérêts privés et égoïstes au détriment de ceux de la nation de la part de la majorité des politiciens et autorités administratives : course au pouvoir, à l'avoir, recherche de la promotion personnelle, ainsi que celle de sa tribu ou région,

· la course aux armements et l'usage des mines anti-personnelles à l'encontre des accords internationaux.

L'O.N.U. a investi d'énormes moyens humains, financiers et matériels pour assurer sa mission d'observation. Nous nous interrogeons sur l'efficacité réelle de celle-ci qui ne permet pas de protéger la vie quand elle est menacée. La MONUC assiste à des situations graves de violation des droits de l'homme sans intervenir. Quel est alors le sens de sa présence sur le sol congolais ? "

La paix au Congo est essentielle pour l'Afrique centrale. Quatre fois et demie grand comme la France, pourvu de grandes richesses naturelles, peuplé de 50 millions d'habitants, bientôt le plus grand pays francophone du monde, le Congo possède la plus importante population catholique d'Afrique. La Conférence épiscopale nationale congolaise joue un rôle capital dans le maintien de l'unité du pays et la recherche de la paix. Elle développe ses efforts en relation avec les épiscopats des autres pays en guerre et, particulièrement, avec celui du Rwanda où Mgr Misago a authentifié les apparitions de la Très Sainte Vierge Marie à Kibeho.

Au cours de ces apparitions, les voyantes avaient eu reçu une vision prophétique des massacres ethniques qui ont déclenché la situation de guerre qui domine l'Afrique centrale. Cette reconnaissance est sans doute aussi un signe prophétique : la Vierge sera honorée à Kibeho sous le vocable de Notre Dame des Douleurs, celle qui compatit à la souffrance de ses enfants et les mène par la prière et la conversion à la paix.

Dans un entretien récent accordé à l'agence Fides à l'occasion de l'assemblée plénière de l'Association des Conférences épiscopales de l'Afrique centrale, Mgr Misago revient sur la signification de ces apparitions :

"En peu de mots, le message de Kibeho peut être résumé par les points suivants : c'est un urgent appel au repentir et à la conversion. La Vierge dit : "Repentez-vous, repentez-vous, repentez-vous. Convertissez-vous tant qu'il est encore temps." C'est une invitation à la conversion et à la prière. Il faut prier sans cesse et sans hypocrisie. La Vierge lance un cri d'alarme en disant que le monde va très mal, le monde court à sa perte, il risque de tomber dans un gouffre, c'est-à-dire dans des malheurs interminables. Le monde est en rébellion contre Dieu. Trop de péchés s'y commettent. Il n'y a pas d'amour ni de paix. La Vierge prévient : "Si vous ne vous repentez pas et ne convertissez pas vos cœurs vous allez tous tomber dans un gouffre." Lors de l'apparition du 15 août 1982, la fête de l'Assomption, des voyantes ont vu la Vierge toute triste et verser des larmes. Marie leur a fait voir des scènes terrifiantes : des fleuves de sang, des groupes de gens qui s'entre-tuaient, des crânes saignants, des cadavres abandonnés sur les collines sans sépulture, etc. C'était vraiment très dramatique ce jour-là. À mon avis, de telles visions se révéleront prophétiques quand on considère tous les drames humains vécus au Rwanda et même dans l'ensemble des pays de notre région des Grands Lacs au cours de cette décennie." Ce message est-il seulement pour l'Afrique ?

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