Du côté du caté : l'Abrégé un an après
Article rédigé par Hélène Bodenez*, le 01 novembre 2006

Voilà un an déjà paraissait l'Abrégé du catéchisme de l'Église catholique, quelque trois cents pages, recueillant en questions / réponses toute la foi catholique reçue des apôtres et de la Tradition.

Un an déjà que la promesse d'un outil formidable a été tenue. Un an qu'un trésor inestimable est mis à la disposition des évêques, des prêtres et des adjoints en pastorale, responsables de la transmission de la foi ; des parents surtout, premiers acteurs de cette transmission dans l'Église domestique qu'est la famille.

Qu'en avons-nous donc fait ? À l'heure de la reprise des catéchismes dans les paroisses et dans les écoles privées catholiques, il est bon de s'interroger sur les vraies pistes qu'une campagne de communication parisienne, s'inscrivant contre une ère "davinciesque", met en avant et qu'on veut faire décoder aux enfants. Le catéchisme, fonction vitale pour l'Église et devant le rester tant que l'Église durera [1], autre éclairage sur la vie , jeu de piste ludique à vivre ? dépôt de la foi à connaître ?

Une transmission toujours en péril

Lors d'un colloque récent à Paray-le-Monial, La personne humaine en débat, les frères de Saint-Jean avaient invité Laurent Lafforgue, médaille Fields 2002. Ce dernier a tenu sur l'enseignement un discours raide mais vrai. Sans ménagement, il a renvoyé dos-à-dos l'enseignement public et privé. Le premier, coupable de ne plus transmettre froidement les savoirs fondamentaux ; le second, sous couvert d'un soi-disant plus humain, de ne pas être fidèle au caractère propre affiché. L'école catholique n'annoncerait plus le Christ mort et ressuscité. Si l'idée n'était pas nouvelle, elle n'en était pas moins réaffirmée avec gravité.

Ce qui est en cause, c'est toujours et encore la transmission. Étaient, en passant, clairement mises en cause, dans cet écroulement, les sciences de l'éducation et la psychologie. Mais passons. Quand George Steiner, dans Éloge de la transmission, regrette qu'à l'école on n'apprenne plus par cœur , il montre comment un véritable bagage intérieur est refusé à l'enfant qui se trouve alors dépourvu d'armes le protégeant jusque dans les crises limites de la vie. Il revient sur cette question si importante dans Dix raisons (possibles) à la tristesse de la pensée (Albin Michel, 2005), affirmant qu'empêcher les enfants d'apprendre par cœur, c'est atrophier, irréversiblement peut-être, les muscles de l'esprit.

Le catéchisme ou l'antidote au tout se vaut

Cette thèse est vraie également transposée au catéchisme. Quand on remonte à l'étymologie du mot catéchisme et à l'historique du mot, on se rend compte à quel point la transmission orale et l'aspect de condensé des bases étaient importants [2]. La foi, de fait, est une connaissance et l'intelligence des enfants, avides de vérité, continuera de pâtir tant qu'on persistera à ne leur donner, au nom de la vie et du plaisir, que coloriages simplistes et à leur autoriser une expression aussi spontanée qu'anarchique. En les perdant en permanence dans le sensible, on ne fait que brider la connaissance qu'on prétend leur dispenser.

À ce titre, le principe de l'Abrégé sous sa forme dialogique , rédigé en questions / réponses, paraît, non pas un retour en arrière mais une habileté novatrice. Il prend au sérieux, et l'intelligence et la foi. En l'étudiant, on s'éloignera d'un tout se vaut ambiant nourrissant, en réalité, un faux dialogue religieux.

Interroger et se laisser dépasser

Au commencement de la connaissance, en effet, est l'interrogation. On sait que la bonne question ouvre toujours la voie à la recherche intérieure. L'intelligence, de fait, interroge.

Cette bonne interrogation — les professeurs en font tous la dure expérience — est difficile à poser dans ses termes mêmes. Or l'Abrégé les propose toutes très bien formulées, chaque mot ayant été pesé, choisi, avec discernement et culture, de même que les réponses. L'on pourra rétorquer qu'un tel exercice est bien trop difficile pour de jeunes esprits. Pourtant les exemples ne manquent pas de saints dans l'histoire de l'Église, qui, tout pauvres qu'ils étaient, redisaient un contenu de la foi, avec un sens de la foi extraordinaire [3]. Leur vie de sainteté, allant parfois jusqu'au martyre, manifestait la profondeur de l'enracinement de la foi en eux. Leur catéchisme était donc forcément assimilé puisque vécu.

Que les enfants d'aujourd'hui aient à apprendre au catéchisme ce qui les dépasse infiniment, cela va de soi, mais ce n'est pas une raison pour ne pas le leur apprendre. Cela nous dépasse d'ailleurs tous infiniment.

Pour ne pas nous déshériter nous-mêmes

Notre époque hypermoderne, faite d'incertitudes et d'angoisses, ignorante surtout mais non moins traversée par une petite fille espérance , notre époque hypermoderne qui a congédié l'humanisme moderne, gagnerait à se laisser nourrir d'un tel lait .

Bien sûr, des aménagements selon les âges sont à inventer et les catéchistes dévoués ne manqueront pas d'idées, c'est sûr. Qu'ils sont beaux les pieds des messagers de bonnes nouvelles (Rm 10, 13-15) ! Au catéchisme, il s'agira bien de découvrir Jésus-Christ , d' apprendre à vivre en chrétien , de découvrir un trésor vivant et joyeux , le trésor de la foi comme le dit la plaquette de l'Église catholique de Paris.

Il s'agirait surtout grâce à l'Abrégé de donner des réponses non subjectives, mais correspondant au Magistère constant de l'Église, à la foi enseignée depuis toujours de façon autorisée par ceux qui sont des maîtres et vécue de façon exemplaire [4] . Quelles sont ces réponses [5], ce trésor de la foi, si ce n'est une qualité de l'intelligence, capable d'adhérer à Dieu, dans l'obscurité ? Quelle est cette foi à recevoir si ce n'est, en même temps, objet à connaître et actes à poser ? C'est cela qui fait le croyant. C'est ainsi qu'on connaît Dieu. On ne peut pas connaître Dieu uniquement par des paroles. On ne connaît pas une personne si on ne la connaît que par ouï-dire. Annoncer Dieu signifie introduire à la relation à Dieu, enseigner à prier. La prière est la foi en acte [6].

De grâce, gardons le plan et l'esprit de cet Abrégé, étrangement nulle part cité ! Ajoutons surtout à la lecture de ce catéchisme providentiel, la lecture approfondie de la Parole de Dieu. En écoutant et en suivant de près Jésus par sa Parole, Lui qui vit dans la vision béatifique, Lui qui connaît l'objet de foi, en adhérant aux vérités que nous révèle le Fils bien-aimé du Père, le croyant atteint Dieu.

Nourrissons au moins les enfants du Livre qui fond[e] notre culture pour ne pas finir par lui être complètement étranger et nous déshériter nous-mêmes , ainsi que le redit, tourmenté, Alain Finkielkraut dans L'Imparfait du présent [7].

Le catéchisme : œuvre de vérité et de miséricorde

Oserais-je tenter une petite vérification de connaissances ? Qui se souvient d'avoir appris quelles sont les sept œuvres de miséricorde spirituelle ? ...

Réponse page 269, dans les Formules de la doctrine catholique , presque à la fin du catéchisme :1. Conseiller ceux qui doutent

2. Enseigner ceux qui sont ignorants

3. Réprimer les pécheurs

4. Consoler les affligés

5. Pardonner les offenses

6. Supporter les personnes importunes

7. Prier Dieu pour les vivants et les morts.Ainsi catéchiser fait partie de ces œuvres de miséricorde spirituelle essentielles. C'est même premier dans l'ordre de l'amour.

L'on comprend que Mgr Cattenoz, archevêque d'Avignon, ose demander aux écoles catholiques d'être vraiment catholiques (Cf. Décryptage, 13 octobre). Si d'aventure le chantier trop énorme poussait au découragement, laissons-nous entraîner par cette voix à l'accent polonais, râpeux, mais si personnel, que l'on entend encore résonner au fond du cœur. Elle n'est pas si lointaine cette voix. Elle nous invite au courage, avec un n'ayez pas peur ! toujours vivant, et que, pour la joie des auditeurs du colloque dont j'ai parlé plus haut, Mgr Barbarin [8], avec affection, a si bien imité.

Trouver le point de contact

Jamais dans l'histoire de l'Église, nos pasteurs n'auront été aussi attentifs à leurs contemporains et à leur ancrage dans une modernité tragique. Jamais ils n'auront voulu avec tant de sollicitude et de force rappeler à leurs ouailles la noblesse de la raison, rappeler à leurs frères que l'homme est capax Dei. Le catéchisme en participe. Lisons et apprenons cet article-ci ; faisons-le descendre en nous, au lendemain du discours historique du pape à Ratisbonne :3. Peut-on connaître Dieu avec la seule lumière de la raison ?

À partir de la création, c'est-à-dire du monde et de la personne humaine, l'homme, par sa seule raison, peut avec certitude connaître Dieu comme origine et fin de l'univers, comme souverain bien, et comme vérité et beauté infinie.Dieu est grand. Élargissons notre raison à sa bonté, à sa simplicité, à son unité, déployons-la, entrons toujours plus avant dans une réalité mystérieuse bien plus vaste que nous. Cherchons un point de contact entre notre intelligence et Dieu. Ainsi la rencontre pourra-t-elle se faire, car Dieu se laisse approcher et connaître, admirable Dieu de miséricorde qui vient même à notre secours dans notre difficile retour à la source, en se révélant.

*Hélène Bodenez est professeur de lettres à Saint-Louis de Gonzague (Paris)

86. Que signifie le mot "Incarnation" ?

L'Église appelle "Incarnation" le mystère de l'admirable union de la nature divine et de la nature humaine, l'unique personne du Verbe. Pour accomplir notre Salut, Le Fils de Dieu s'est fait chair (Jn 1,14) devenant vraiment homme. La foi en l'Incarnation est le signe distinctif de la foi chrétienne.

Abrégé du catéchisme de l'Église catholique

(extrait)

Pour en savoir plus :

? Le texte officiel en français du Compendium (abrégé) du catéchisme de l'École catholique sur le site du Vatican

? La co-édition française de l'Abrégé

? Père Olivier Teilhard de Chardin, La Joie de la catéchèse, Parole et silence, Paris, 2006.

Notes[1] Cardinal Joseph Ratzinger, Conférence à Notre-Dame de Paris, 9 décembre 2000, cité dans La Joie de la catéchèse, Olivier Teilhard de Chardin, Parole et silence, Paris, 2006.

[2] Cardinal Castrillôn Hoyos, conférence du 9 décembre 2000, op. cit. : Il faut, avec plus de décision, revenir à la foi. Le rapport avec Dieu a en effet son commencement justement de la foi ; laquelle d'une part est adhésion à la foi, "fides qua", d'autre part est connaissance des contenus, "fides quae".

[3] Lc, 18, 16-17 : Laissez les petits enfants venir à moi, ne les empêchez pas ; car c'est à leurs pareils qu'appartient le Royaume de Dieu : quiconque n'accueille pas le Royaume de Dieu en petit enfant n'y entrera pas.

[4] Jean-Paul II, À l'exemple de Jean-Baptiste , homélie du 10 décembre 2000, op.cit..

[5] Cardinal Joseph Ratzinger, Conférence à Notre-Dame de Paris, op. cit. : Une mère allemande me raconta un jour que son fils, qui fréquentait l'école primaire, était en train de s'initier à la christologie de la soi-disant source des "logia du Seigneur" ; mais des sept sacrements, des articles du credo, il n'avait pas encore entendu un traître mot.

[6]Cardinal Ratzinger, Conférence, 9 décembre 2000, op.cit.

[7] Paris, 2002, Folio, 8 septembre 2001, Les Écritures de l'Humanité-Dieu : Ce qui nous sépare des Européens d'autrefois, qu'ils fussent chevaliers ou paysans, bigots ou esprits forts, bourgeois ou bohèmes, anciens ou modernes, artistes ou philistins, philosophes ou crédules, c'est la Bible. Ils en étaient imprégnés, nous en sommes indemnes. Elle peuplait leurs pensées, elle s'est absentée des nôtres. Ils étaient des héritiers, dociles ou rebelles, nous avons poussé le zèle de l'émancipation jusqu'à nous déshériter nous-mêmes. L'ignorance est le salaire de notre liberté. Le Livre qui fondait notre culture lui est devenu presque totalement étranger : ses paraboles ne parlent plus, ses héros ont pris la fuite, ses récits ne nourrissent aucun rêve, les toiles qu'elle a inspirées ne sont pas moins hermétiques que les tableaux abstraits : le déluge de l'oubli a recouvert ses généalogies, ses tribulations et ses fables (p. 245).

[8] Cardinal Barbarin citant le père Chevrier, Suivre Jésus de près, Lettre pastorale aux catholiques du diocèse de Lyon, Desclée de Brouwer / Parole et silence, Paris, 2006 : Tous les jours faire le catéchisme, tous les jours être pauvre , faire le catéchisme et non du catéchisme , chap. X, Renouveler la catéchèse , p.101-111.

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