La Femme et Dieu
Article rédigé par , le 11 septembre 2008 La Femme et Dieu

Pourquoi Pierre Chaunu n'a-t-il pas appelé son dernier livre Le Sexe et Dieu ? Car c'est bien de cela qu'il s'agit, d'une réflexion sur le rapport entre les religions, la sexualité et la transmission de la vie.

Même si la femme y prend une part éminente, elle n'a, que l'on sache, le monopole ni de l'une ni de l'autre. Au demeurant on peut soupçonner que le choix de donner la vie (ou généralement de ne pas la donner) est le fait de l'homme dans certains couples, de la femme dans d'autres, dans une proportion qui dépend du caractère des uns et des autres plus que de l'esprit du temps. Plus souvent qu'on ne le dit, c'est encore aujourd'hui l'homme qui impose ses craintes à la femme. En appeler de la crise démographique à la femme éternelle ne nous avance guère.

 

Le point de départ de la réflexion de Pierre Chaunu est le collapsus démographique qui menace non seulement l'Europe, cela se sait, mais bientôt le reste du monde, cela ne se sait pas encore. Et sur ce sujet, Pierre Chaunu, que les grandes transversales n'ont jamais effrayé, n'y va pas par quatre chemins : c'est le christianisme qui est responsable du refus contemporain de la vie, du moins un certain christianisme, malheureusement dominant.

Ce christianisme renie le commandement fondamental de la Genèse : " Choisis la vie " (Gn 1 28 ; 2 24 ), un commandement qui rejoint le choix instinctif qui fut celui de l'humanité au cours de sa longue pérégrination et qui permit à la troupe hagarde de nos ancêtres de traverser les siècles sombres de la préhistoire : à peine un demi-million d'hommes avant Cro-Magnon, quelques millions au plus à la fin du Paléolithique.

 

Malgré d'heureuses avancées, de saint Thomas à Pie XII (il faudrait y ajouter l'admirable passage de l'Introduction à la vie dévote de saint François de Sales sur le bon usage du plaisir charnel), la méfiance vis-à-vis de la chair passe dans l'Église avant la confiance en la vie. Saint Augustin est au point de départ de cette dérive ; un cléricalisme étroit, la tradition janséniste et une grande partie de la Réforme sont allés dans le même sens. Dans la France catholique, qui est aussi celle des Lumières, le refus du plaisir tend à justifier sournoisement, au mépris même du dogme officiel, le coïtus interruptus, principal moyen de contrôle des naissances dans la vieille France. Mais c'est de l'univers anglo-saxon et protestant qu'est parti le malthusianisme moderne où le refus victorien de la chair s'est mué en refus moderne de la vie, malgré l'apparente réhabilitation d'un plaisir sexuel désormais coupé de la fécondité.

En conclusion, Chaunu plaide pour un " nouveau concordat " où les Églises chrétiennes, une fois pour toutes réconciliées avec la sexualité, remettraient au premier plan l'impérieux commandement de choisir la vie.

 

Si l'on ne peut qu'adhérer à la proposition éthique de Pierre Chaunu, elle laisse une grave question ouverte : comment diable, le christianisme a-t-il pu si longtemps s'égarer sur un sujet aussi fondamental que la sexualité ? Une dérive passagère s'explique mais deux mille ans de malentendus exigent plus qu'une repentance : il faut une explication. Les historiens férus de théologie ont encore du pain sur la planche.

 

Roland Hureaux

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