Manifester le 6 octobre... oui mais !
Article rédigé par Liberté politique, le 02 août 2019

Le gouvernement Macron persistant dans son obstination déraisonnable, le projet de loi instaurant la PMA pour toutes est définitivement lancé. Pour ceux qui y croyaient encore, le débat apaisé n’aura pas lieu ; la machine infernale du progressisme s’emballe, et poursuit sa course infernale, sous les auspices, et c’est bien là le drame, d’un homme élu et soutenu, notamment aux dernières élections, par une frange non négligeable de la « droite ». Et par presque 50 % de la droite dite « catholique »… 

L’appel à manifester, qui couvait depuis plusieurs semaines, a donc pris corps, et rendez-vous est donné le samedi 6 octobre à Paris.

Sur Internet, sur les réseaux sociaux ou ailleurs, l’on sent comme un piaffement d’impatience. L’on a envie de retourner au feu. La fièvre du militantisme fait battre les cœurs. Les manifestations sont des moments de sociabilité intense, que nos amis de la CGT connaissent bien. La musique techno retentit, les joues se couvrent de craie aux couleurs pastel, il ne manque bientôt plus que l’odeur du barbecue. On va se retrouver en famille, entre amis, les petits sur les épaules, et les grands quelques mètres devant, sous le regard admiratif des parents qui voient lever la graine de rebelle conservateur. On fera des cars, on sera hébergé chez les uns chez les autres. De belles histoires vont se nouer, des coups de foudre, des fiançailles peut-être, des débuts d’engagement politique et associatif sans doute. Et après ? Quelques chroniques rageuses sur la partialité des médias, et puis… rien.

Cela ne signifie pas qu’il ne faut pas manifester. Mais qu’il faut être lucide sur ce qui se joue. Nous sommes et restons politiquement, culturellement et médiatiquement minoritaires. En dépit de plusieurs millions de manifestants réunis au cours de plusieurs grandes manifestations, nous n’avons rien obtenu de ce que nous réclamions en 2013 et 2014. Et il semble que la gauche ait légèrement ri sous cape… Et l’on peut même remonter plus loin : en 1984, les manifestations en faveur de l’école libre avaient fait, pensait-on, reculer le gouvernement. Une victoire pour donner quoi ? Quelques mois plus tard, les tristes accords Lang-Cloupet muselaient solidement l’enseignement « libre », condamné à imiter son maître l’enseignement public.

Ne nous faisons pas d’illusions. Nous n’avons pas de relais réel et courageux dans la caste politique, seulement d’éphémères soutiens qui retournent leur veste en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire, ou qui savent distinguer quand il le faut leurs « convictions privées » et leur stratégie partisane. Les soutiens de la hiérarchie ecclésiastique sont ponctuels et individuels. Nous sommes dans un système prétendument démocratique, mais pour lequel la parole de toute une frange de la population n’a aucune espèce de valeur. Dans un autre domaine, la mobilisation, semaine après semaine, des Gilets jaunes, a fini par renforcer la stature d’Emmanuel Macron. Son impopularité aussi, certes, mais cela ne l’empêche pas de se maintenir politiquement, et d’avoir, peut-être, un boulevard devant lui pour 2022.

Le bilan du mouvement initié par LMPT, en dehors de belles destinées individuelles, est politiquement un redoutable échec, aussi douloureux cela soit-il à entendre. Avec ce souci de « passer à autre chose » après le vote de la funeste loi Taubira, la Manif pour tous s’est hélas transformée en association ordinaire, axée sur la défense de la famille comme il y en a tant d’autres. D’où la frustration actuelle d’un grand nombre de manifestants d’il y a six ans. Car lorsque la PMA sera votée, faudra-t-il à nouveau « passer à autre chose » ? Et cela jusqu’à ce que tout soit définitivement déconstruit ?

Comme le dit la sagesse antique, vae victis, malheur aux vaincus : ce ne sont pas eux qui écrivent l’histoire. Alors, que faire ? Nous sommes et restons politiquement, culturellement et médiatiquement minoritaires. Le combat que nous devons mener doit donc se fonder sur la puissance, la détermination et la cohérence. Ce qui n’a pas été le cas jusqu’à présent. Sortons de notre confort sociologique douillet. Ne nous masquons pas derrière des semblants de concession marketing au système, à coup de bonnets phrygiens, de musique techno insupportable, de froufrous et de paillettes, tout cela durant trois heures de manifestation suivies par… rien ! Tout cela ne leurre que nous-mêmes. C’est la guerre qui nous attend : allons-nous la mener ?

François Billot de Lochner

Président de Liberté politique

Constance Prazel

Déléguée générale de Liberté politique

02/08/2019 08:00