Vingt anciens ministres de François Mitterrand défendent sa mémoire au sujet du Rwanda
Article rédigé par Roland HUREAUX, le 29 mai 2019 Vingt anciens ministres de François Mitterrand défendent sa mémoire au sujet du Rwanda

Les anciens ministres réagissent contre les propos infâmes de Raphaël Glucksmann, et ils ont raison.

 Le Gotha de la Mitterrandie ( Védrine, Cresson, Lang, Quilès etc. ) est sorti de sa réserve pour condamner les propos inacceptables tenus ces dernières semaines par Raphaël Glucksmann au  sujet du Rwanda.

Reprenant une antienne connue,  la tête de liste du Parti socialiste a accusé Mitterrand  - et par là  l’armée française -  d’avoir participé  au génocide du Rwanda.

Non seulement cette accusation n’est pas  fondée mais, bien au contraire,  l’action de la France au Rwanda est tout à l’honneur de la  France , de son armée et  de François Mitterrand.

Ces accusations émanent de la  propagande de l’actuel président du Rwanda qui,  à mesure qu’avancent  les investigations sur les épisodes  terribles  de l’histoire de ce pays,apparaît comme leur principal responsable.

Qu’a donc fait la France dont elle doive  se repentir ? Rien.

Elle a  eu une  une coopération militaire  ( incluant la gendarmerie)  avec le Rwanda commencée sous Giscard d’Estaing . Notre pays y occupait, francophonie oblige,  l’espace laissé vacant par les Belges.

Elle soutenait aussi  le régime de Juvénal Haby arimana qui était certes un dictateur mais ni meilleur ni pire que des dizaines d’autres en Afrique et ailleurs. En tous les cas, cette coopération n’incluait nullement le maniement  de la  machette !   La France coopérait aussi avec le  Burundi[1] dont les problèmes étaient analogues mais le régime différent : au Rwanda, le pouvoir était depuis l’indépendance passé  entre les  mains de la majorité hutu (90 % de la population) ;  au Burundi, il était resté  entre les mains de la miroité tutsi ( 10 % de population) . Il était normal qu’au Rwanda, le pays de droits d’homme soutienne la majorité contre une minorité de Tutsis dirigée par Paul  Kagame , nouveaux  émigrés de Coblence, qui,à partir de 1990, entreprirent , avec le soutien des Anglo-saxons,  de reconquérir  le pays.

Si on peut reprocher quelque chose à Mitterrand,   c’est de ne  pas être allé jusqu’au  bout de son soutien : en 1993, il consentit aux accords d’Arusha préconisant  la  non-intervention des puissances dans  ce qui était devenu une guerre civile. Mitterrand  qui pourtant n’était pas né de la dernière pluie, fut victime de la même duperie que Blum durant  la guerre d’Espagne. La  France cessa de soutenir  régime de Habyarimana mais les Anglo-saxons  et d’autres continuèrent à soutenir Kagame, ce qui lui permit  d’arriver aux portes de la capitale au printemps  1994, poussant devant lui  des centaines  de milliers de réfugiés terrorisés.

C’est alors que fut abattu le 6 avril 1994 abords de  Kigali , l’avion qui transportait le président Habyarimana et  son collègue du Burundi . Il fait aujourd’hui  peu de doutes que cet attentat avait été organisé par  Kagame[2]. Il déclencha  un massacre de Tutsis , exécuté par les partisans du pouvoir hutu décapité,  qui a  fait des centaines de milliers de victimes,   le seul qui soit resté dans les mémoires,   alors qu’il devait être suivi d’ un autre , de Hutus cette fois, réfugiés   au Congo,  organisé par Kagame lui-même,  qui  a fait , selon le HCR,   des millions de victimes.

Devant l’ampleur des massacres , Mitterrand  qui aurait voulu engager l’armée française dès le 6 avril mais qui ne fut pas ,  cohabitation oblige, immédiatement suivi par le gouvernement, décida de manière unilatérale , comme chef des armées, d’envoyer une  force d’interposition au Rwanda  du 20 juin au 20 août. Aucun témoignage crédible ne fonde  l’accusation selon laquelle cette force  aurait pu aider  des massacreurs d’un bord ou d’un autre[3]. Elle fit cesser  là où elle le put  le massacre des Tutsis et permit de limiter  un exode massif de réfugiés hutus,  en fixant  trois millions dans le sud-ouest du Rwanda. Elle permit aussi , dans de conditions horribles,  d’enterrer des milliers  de victimes laissées sans sépulture.

Il y a quelque chose de pathétique dans ce vieux président qui, ne contrôlant plus la situation au Rwanda, décide néanmoins , malgré les réticences du gouvernement[4] et de nos principaux alliés, soutiens de Kagame  -   encouragé cependant par Nelson Mandela - , de sauver l’honneur , le sien propre et celui de la  France , en envoyant  nos soldats   sans autre objectif que de préserver  des vies. L’opération , dite Turquoise, fut  finalement avalisée  par l’ONU malgré l’opposition  des Américains. Elle fut si peu honteuse  que, selon  des témoins directs, la chaîne CNN la fit passer dans les pays africains anglophones pour une opération américaine. Mitterrand, se sentant déjà proche de la fin  voulut-il là  sauver son âme ?  Il sauva en tous les cas sa mémoire.

 

Désinformation

 

La propagande mensongère  de Kagame  prit  son essor quand un juge français le mit en cause dans l’attentatdu 6 avril  contre l’avion des présidents conduit par des pilotes français .

Elle trouva le relais des réseaux internationaux qui avaient  appuyé Kagame et de Français  , soit corrompus, soit naïfs, lesquels  se hâtèrent de prendre le relais de la propagande du tyran . Parmi les naïfs, Rocard qui se rendant au Rwanda  en 1998   sans rien connaitre de ce pays,  subjugué par  Kagame et  croyant avoir trouvé  là  une occasion de salir Mitterrand , adopta  sans critique la thèse du pouvoir tutsi ,  dénonçant comme  « déshonorante » l’action de la  France au Rwanda.  Alain Richard, pourtant  rocardien,  mais qui, comme ministre  de la défense,  sait de quoi il retourne,  a  signé la déclaration  de soutien à Mitterrand. Parmi les naïfs, sans doute aussi Glucksmann, depuis longtemps  lié aux lobbies néo-conservateurs américains pro-Kagame :  idéologues dans le  style de Bernard-Henri  Lévy, ils  ont cru voir dans ce qui s’était passé au Rwanda un nouvel épisode de la  lutte du bien contre  le mal, comme en recherchent  tous les idéologues pour  qui  une morale sommaire remplace l’analyse des  réalités. 

Il est seulement regrettable que la thèse de Kagame ait été adoptée sans examen par deux présidents venus ultérieurement :  Sarkozy et  Macron  qui ont tous les deux  cherché à se rapprocher de Kagame et  refusé de défendre les militaires  de l ‘opération Turquoise  injustement mis en cause.

Les déclarations étourdies de Glucksmann pourraient être fatales à son parti, le faisant  passer  au-dessous du seuil des  5 % , ce qui signifierait sa disparition du paysage politique.

Les candidats de droite  feraient bien de se porter  au secours des anciens ministres de Mitterrand.  Car ce qui est en cause dans cette affaire,  ce n’est pas seulement l’honneur de l’ancien président mais  aussi  celui de notre pays.

Allons même plus loin : la  France n’a au total qu’à se glorifier  d’avoir été le seul pays occidental  à  tenter de faire obstacle à l’accession au  pouvoir d’un des pires   tyrans de l’histoire , alors que tous nos alliés l’ont au contraire soutenu .

 

Roland HUREAUX

[1] Souvenons-nous du sommet de Bujumbura

[2] Pas moins de quatre  enquêtes judiciaires  indépendantes concluent dans ce sens : enquête Hourigan, enquête spéciale du TIPR en date de 2003 révélée par Marianne à l'automne dernier, enquête du juge Bruguière, enquête espagnole du juge Merelles. Elles se fondent notamment sur le traçage  des missiles et  le témoignages de transfuges

[3] Sommé par le procureur  international  Carla Del Ponte d’apporter des preuves de ses accusations, Kagame n’a jamais  pu le faire.

[4] Alain Juppé, alors ministre des affaires étrangères, l’ a soutenu .

29/05/2019 12:00