Adieu Simone : les dernières heures du féminisme
Article rédigé par contact, le 14 avril 2016

[Source: Famille Chrétienne]

« Je n’ai pas la prétention de faire une analyse du féminisme depuis des siècles à travers le monde. De remonter à l’âge de pierre pour étudier la condition de la femme dans les grottes préhistoriques. Je veux seulement évoquer ce que je connais. Ce féminisme en mini-jupe, mutin comme une parisienne de Kiraz, que l’on trouvait sur les barricades de mai 68, devenu ce féminisme imposant et tyrannique, aux allures de rombière de Faisant, que l’on trouve à présent sur les ruines de mai 68. Une rombière acariâtre et autoritaire avec sa moitié, l’homme occidental, faible et maigrelet, qu’elle morigène toute la sainte journée et fait avancer tête baissée... mais une rombière laxiste, aveugle, et masochiste avec les enfants qu’en couchant avec l’amant de toujours, la gauche, elle a engendrés et réchauffés dans son sein : libération sexuelle, laxisme judiciaire et islam impérieux. »

Un féminisme de plus en plus coercitif

« Faut-il se fier à ses premières impressions ? Enfant, le féminisme me paraissait légèrement niais. Il s’est d’abord incarné, pour moi, dans la mère suffragette de Mary Poppins – foutraque, exaltée, pressée comme un lavement, confiant sa progéniture à la première originale venue –, puis dans Isabelle Morizet, alias Karen Chéryl, et son « tube » « La Marche des machos », dont une mère de famille, lors d’un anniversaire à l’école primaire, s’était mis en tête de nous faire mimer la chorégraphie dans son salon parisien. Souvenir pénible. Le féminisme m’a semblé ensuite profondément triste. Il avait pris les traits alors de Mireille, mon professeur de français de cinquième du lycée Jules-Ferry. On eût dit la sœur de Danièle Mitterrand et de Barbara, avec des jupes en boubou africain et la coiffure de Brigitte Bardot. De Brigitte Bardot maintenant, veux-je dire : chignon flou, « saut du lit ». Et puis de grands pendants d’oreille, qui par gravitation faisaient descendre ses lobes de façon vertigineuse.

Mireille nous tenait à l’œil, nous, les filles. Surtout moi. Père médecin militaire, famille nombreuse, elle se méfiait. Mais d’une certaine façon, elle prenait spécialement soin de moi. Avec gentillesse. Par pure charité. Comme on tend la main aux enfants des gens du voyage pour leur donner une chance. Elle veillait de près à ma formation intellectuelle. Avec un peu de chance, avec mon atavisme, je ne finirais pas plus mal que Ségolène Royal (qui, à l’époque, promettait déjà). Pas intérêt à oublier d’apprendre une poésie. Une poésie qu’elle nous faisait ensuite chanter en chœur, avec sa voix de fumeuse. Parfois, le prof d’allemand dans la classe d’à côté tapait contre la cloison. Pour nous, ni La Fontaine ni Boileau, mais « La femme est l’avenir de l’hoooomme ». Mes lettres classiques, il faut les chercher sur Radio Nostalgie plutôt que dans le Lagarde et Michard. Elle m’exhortait avec le prosélytisme missionnaire d’une Sœur de charité envoyée en terre berbère par le cardinal Lavigerie. Elle soufflait sur mon ambition professionnelle, de crainte que je ne succombasse à quelque tentation coupable. Mes deux mains gauches et ma moyenne déplorable en TME (Travaux manuels éducatifs) la rassuraient sans doute. Une fille aussi nulle pour démêler les fils de macramé d’un portant de géranium ne ferait jamais une bonne mère au foyer. Dans le lycée, elles étaient d’ailleurs tout un aréopage, disciples ferventes d’un ordre fondé par la bienheureuse Yvette Roudy.

Mais ce qui caractérisait surtout Mireille était son absentéisme. Car Mireille était une dépressive chronique. Après Mireille, vint Simone. Simone de Beauvoir, dont j’ai lu les œuvres complètes au lycée. J’aimais tellement son style. Mais l’atmosphère de ses livres ressemblait à ces rêves décousus qui ne sont pas exactement des cauchemars, dont on émerge avec un cafard diffus. Sa vie privée, sèche et inféconde sur le plan naturel, son compagnon aussi infatué que laid, étaient des repoussoirs pour la jeune fille que j’étais. Une femme rompue, à la plume talentueuse, mais qui donnait la nausée.

Puis au fil des années, je trouvai le féminisme de plus en plus coercitif. Voire tyrannique. J’ai croisé il y a quelques années Mireille dans la rue, en revenant dans le quartier de mes parents. Enceinte jusqu’aux dents, j’ai baissé les yeux comme une fille-mère des années cinquante devant son ancienne Mère prieure. Et filé cent nœuds. En tirant par la main ma progéniture et en remorquant ma poussette. »

Extraits

 

 

La galanterie ? Du sexisme bienveillant…

« Le concept de « sexisme bienveillant » a été inventé en 1996 par […] Peter Glick […] et Suzan Fiske […], une forme de sexisme sournois, insidieux, subtil, et encore plus dangereux, selon eux, que son pendant négatif « le sexisme hostile », parce que difficilement identifiable par la femme, voire apprécié par elle donc annihilant toutes ses défenses.

L’expression la plus commune de ce sexisme est la galanterie, ce comportement protecteur tellement insultant […] qui consiste à leur céder la place dans les transports en commun, à les aider à enfiler leur manteau ou à tirer la chaise pour qu’elles puissent s’y asseoir. Misogyne et gentleman sont devenus synonymes. La découverte géniale de Fiske et Glick a depuis été largement reprise. Ainsi, Marie Sarlet […] affirme : « Une phrase comme “Les femmes et les enfants d’abord” ne constitue pas a priori un énoncé négatif à l’égard de la femme. Pourtant, elle est le support de discriminations subtiles qui contribuent à asseoir la domination des hommes. Elle relève donc bel et bien du sexisme. »

C’est sans doute pour ne pas se rendre coupable de sexisme bienveillant, pour éradiquer cette coutume archaïque et misogyne, que le pacha du Concordia s’est précipité dans la première chaloupe mais, semble-t-il, notre monde machiste ne lui en a pas tellement été reconnaissant.

Certains esprits grognons ne manqueront pas de se demander si le système du quota, cette façon de tenir grandes ouvertes les portes pour les femmes comme si elles n’étaient pas assez grandes pour les franchir sans aide, pas capables de rentrer dans telle ou telle filière professionnelle par leurs mérites propres, n’est pas aussi une forme de sexisme bienveillant. Prenons le cas des concours d’entrée dans les écoles militaires : les barèmes sportifs ne sont pas les mêmes selon si l’on est un garçon ou une fille. Pour faire rentrer les filles, on baisse galamment la hauteur des obstacles à franchir, comme autrefois les gentlemen, un genou à terre, faisaient de leurs deux mains réunies un marchepied pour que les demoiselles, ramassant leurs jupons et posant leur petit peton, puissent grimper sans encombre dans la diligence. Où est la logique ? Soit un militaire a besoin d’avoir un certain niveau sportif pour exercer sa profession, soit ce niveau sportif est superflu. Qu’il soit garçon ou fille ne change rien aux exigences du métier. Ainsi, les « chronos » pour l’épreuve sportive « course » sont rallongés pour les filles. Bien, suivons la logique. On imagine donc que lorsque notre commando mixte devra courir pour échapper à quelques djihadistes lancés à sa poursuite, on dira à ceux-ci : “Attendez les gars, là, dans ce treillis, c’est une fille ! Alors, vous êtes gentils, vous comptez lentement jusqu’à dix, histoire de lui laisser prendre un peu d’avance ! ” »

Extraits

De la libération au harcèlement

« Le féminisme a beaucoup œuvré pour la libération sexuelle. Ah, ça oui. Fini le temps où les deux tourtereaux rougissants se tenaient chacun à un bout du canapé, avec entre eux deux Mémé affairée à son tricot, aussi raide que l’épée plantée entre Tristant et Iseult. Fini même, les baisers volés dans la rue ou au cinéma. Les amoureux qui se bécotent sur les bancs publics chantés par Georges Brassens sont devenus une espèce en voie de disparition au même titre que les cigognes d’Alsace. Mais pourquoi s’enquiquineraient-ils à s’embrasser dans le froid quand ils peuvent tout de suite coucher à côté du convecteur dans une chambre d’étudiant ?

Mai 68 a induit une dérégulation des rapports entre hommes et femmes, avec laquelle toutes les conventions sont tombées. […] Sauf qu’évidemment tout cela conduit à un climat d’agressivité sexuelle lourd à porter pour les femmes. La « drague dure » est devenue leur quotidien.

« La rue, milieu hostile pour les filles », titrait ainsi il y a quelques mois le journal Sud-Ouest, citant le mémoire de fin d’études d’une étudiante bordelaise. Les articles de presse, reportages, actions sur les réseaux sociaux (« Stop harcèlement de rue ») se multiplient. Najat Vallaud-Belkacem, alors ministre des Droits de la femme, parle de « propos publics inacceptables ». On comptait, en haut lieu, sur l’outil « ABCD égalité » pour y remédier.

De fait, le harcèlement dans la rue n’est pas une vue de l’esprit. Propositions vulgaires et agressives, assorties d’insultes quand elles sont repoussées… ces avances grossières n’ont rien à voir évidemment avec la galanterie, avec le « Vous êtes charmante, Mademoiselle » qui n’a jamais donné envie à aucune fille, sauf dérangée, de porter plainte. Mais on entretient à dessein la confusion, comme s’il s’agissait de finir d’éradiquer un machisme ancestral. Comme si cette violence verbale, signant un manque de respect absolu de la femme, n’était pas, dans sa forme et son ampleur, un phénomène récent.

Inutile de s’embarrasser de circonlocutions puisque les filles sont désormais « coquines » et demandeuses, comme l’affirme crûment la presse féminine, les sites de rencontre et parfois la mode… alors, allons droit au but. Vive le sexe décomplexé et binaire : « Tu veux, ou tu veux pas ? » Nombre d’hommes un peu frustres s’imaginent pouvoir faire des propositions directes et sans détour. C’est cela, pensent-ils, traiter les femmes sur un pied d’égalité. »