Vœux pour 2009, apocalypse molle
Article rédigé par Nicolas Bonnal, le 06 janvier 2009

2008 : on ne pouvait pas faire pire... Douze dévaluations du rouble en un mois, la livre sterling à un euro, l'immobilier en baisse de 30% aux USA, de 20% en Europe, une perte de 25.000 milliards de dollars pour les bourses, un effondrement (peu explicable quoiqu'en disent les satanés experts ) du cours des matières premières, des produits agricoles et du pétrole, qui achèvent de ruiner les marchés émergents.

Même la Chine voit fondre ses exportations.

J'évoquais l'an dernier un déclin de l'Occident. Mais c'est plus grave : c'est un déclin du monde auquel nous assistons, car comme dit Jean Parvulesco, la race humaine est fatiguée . Le vieillissement des populations, et pas seulement en Europe, la lâcheté universelle, le déclin du progrès technique (dont on ne parle pas assez), tout cela nous prépare un monde de demain qui sera à la fois vieux et pauvre. Où sont passées les conquêtes spatiales, les voitures à hydrogène, les énergies alternatives avec un pétrole à trente dollars ? Ils disparaissent aussi vite que la couche d'ozone, les forêts tropicales et les glaciers des Andes, des Alpes ou des Himalaya...

Dans le même temps grâce à l'Internet et au people, la bêtise humaine et l'inculture ont fait un bond fantastique. Tout le monde se fout des bombardements au Proche-Orient mais pas des taches de rousseur de Madonna ou du tour de poitrine de Paris Hilton. Harry Potter a détrôné Balzac et, sur Google, le dessin animé Madagascar a remplacé l'île du même nom qui devrait porter plainte. La presse écrite disparaît partout même aux USA, et c'est bien fait : elle a contribué à constituer cette société post-moderne qui a plus fait pour détruire l'Occident et le reste du monde que tous les Tamerlan et Gengis Khan. On comprend finalement que les gens préfèrent s'en ficher.

La seule consolation qui me vient à l'esprit est le passé ; car on a l'impression une fois de  plus comme le roi Salomon que rien ne change sous le soleil. Voici ce que disait Maurice Joly (l'auteur du Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu), il y a cent-cinquante ans sous Napoléon III. C'est encore mieux que du Tocqueville ou du Marx :

"De la lassitude des idées et du choc des révolutions sont sorties des sociétés froides et désabusées qui sont arrivées à l'indifférence en politique comme en religion, qui n'ont plus d'autre stimulant que les jouissances matérielles, qui ne vivent plus que par l'intérêt, qui n'ont d'autre culte que l'or."

Emmanuel Todd a parlé de la crise du libre-échange et de la crise de la démocratie qui va en découler, et qui a déjà commencé, en Russie, en Italie, en France, en Amérique. Joly ne disait guère autre chose à propos de la crise sociale et politique de son temps :

"Ceux qui possèdent implorent de tous les côtés un bras énergique, un pouvoir fort ; ils ne lui demandent qu'une chose, c'est de protéger l'État contre des agitations auxquelles sa constitution débile ne pourrait résister... Quelles formes de gouvernement voulez vous appliquer à des sociétés où la corruption s'est glissée partout, où la fortune ne s'acquiert que par les surprises de la fraude, où la morale n'a plus de garantie que dans les lois répressives, où le sentiment de la patrie lui-même s'est éteint dans je ne sais quel cosmopolitisme universel ?"...

Le temps du murmure

Comme par un effet mécanique, le salut de ces sociétés ne peut plus venir que dans "une centralisation à outrance, qui mette toute la force publique à la disposition de ceux qui gouvernent". Ces "véritables colosses aux pieds d'argile", disait Joly, ne tiennent plus que "par une administration hiérarchique semblable à celle de l'empire romain, qui règle mécaniquement tous les mouvements des individus ; dans un vaste système de législation qui reprenne en détail toutes les libertés qui ont été imprudemment données ; dans un despotisme gigantesque, enfin, qui puisse frapper immédiatement et à toute heure, tout ce qui résiste, tout ce qui se plaint"...

Escroqueries lehmaniennes ou madoffiennes, mondialisme de supermarché, renforcement des pouvoirs policiers, déclin des libertés. Tout y est... sous Napoléon III. Tocqueville aussi annonçait aussi la venue du despotisme démocratique. Car c'est cela qui impressionne, plus personne ne se révolte : tout le monde se plaint comme si la révolution médiatique, pharmaceutique et alimentaire (mon cher Watson !), avait accompli son œuvre de conditionnement généralisé, de soumission et de résignation. Nous allons tout droit vers une apocalypse, pour reprendre le mot fameux de T.S. Eliot (cité dans le chef-d'œuvre de Coppola) mais vers une apocalypse non de big bang, mais du murmure. Bonne année 2009 donc...

 

 

 

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