Marion Maréchal : “Emmanuel Macron a fait du mépris sa marque de fabrique”
Article rédigé par Valeurs actuelles, le 12 mars 2022 Marion Maréchal : “Emmanuel Macron a fait du mépris sa marque de fabrique”

Source [Valeurs Actuelles] : Dimanche 6 mars, Marion Maréchal sortait d'un long silence politique pour annoncer dans Valeurs actuelles son ralliement à Éric Zemmour et en expliquer les raisons. Dans la deuxième partie de son interview, elle brosse le bilan d'Emmanuel Macron à la tête de l'État et développe ses raisons d'espérer la victoire du camp national.

Valeurs actuelles. Éric Zemmour confiait, il y a quelques semaines, que vous pourriez devenir son Premier ministre si d’aventure vous le rejoigniez et que vous participiez à sa campagne. Maintenant que c’est chose faite, vous devenez de facto “première ministrable”…
Marion Maréchal. Comme souvent, de nombreux raccourcis médiatiques ont été faits. Éric Zemmour n’a pas choisi son Premier ministre, et c’est heureux. Et si je suis honorée qu’il ait pu évoquer cette possibilité, je mesure surtout que ce n’est pas du tout à l’ordre du jour. Rien n’est décidé et je ne prétends à rien, si ce n’est prendre toute ma place à son côté dans son combat. Beaucoup de choses peuvent changer d’ici au second tour, beaucoup de ralliements peuvent avoir lieu, beaucoup de personnes pourront légitimement prétendre à ce poste.

Vous évoquez d’autres ralliements possibles. À qui songez-vous ? Que leur dites-vous ?
À beaucoup de gens ! À tous ceux qui devraient se poser la question profonde de leur engagement, de la fidélité envers des convictions profondes, de l’adhésion à un projet, à une vision. Je sais quel est le poids des attaches partisanes, pour l’avoir vécu moi-même, je sais combien on peut se sentir tenu ou retenu. Mais à tous ceux qui m’ont accompagnée dans mon combat politique au sein du RN, à tous ceux qui, parmi Les Républicains, aspirent à autre chose que de devenir une force supplétive du macronisme et veulent se battre pour une vraie politique de civilisation, je dis que c’est ici que ça se passe et ici qu’ils doivent être : au côté d’Éric Zemmour.

Pensez-vous sérieusement qu’Éric Zemmour puisse gagner ?
Je crois qu’il a les meilleures cartes en main pour s’imposer. L’élection n’est pas jouée, souvenons-nous d’Édouard Balladur, en 1995, dont toute la presse présentait l’élection comme une formalité… et finalement c’est Jacques Chirac qui l’a emporté.
Je suis convaincue qu’Éric Zemmour dispose d’une dynamique plus importante qu’on l’imagine. Pendant longtemps, il a fait partie du paysage médiatique. Aujourd’hui, les Français découvrent un homme et un homme politique et sa mutation, en quelques mois seulement, est impressionnante. Chaque jour qui passe est une occasion pour Éric Zemmour de prouver qu’il est un dirigeant crédible, à plus forte raison pour les Français qui sont les plus éloignés de la politique, qui se sont réfugiés dans l’abstention ou qui ne se reconnaissent plus dans le système et sont en rupture avec lui. Au-delà du succès de ses meetings et des 100 000 adhérents son parti, il suffit d’observer les audiences télévisuelles qu’il réalise pour mesurer l’intérêt et l’espoir que sa candidature suscite.

La guerre en Ukraine donne [à Emmanuel Macron] l’illusion de pouvoir survoler l’élection. Il se montre accaparé par les affaires du monde, indifférent aux remous de la campagne. C’est la théorie de l’éloignement et du prestige.

Pour autant, cette campagne semble comme vitrifiée par la guerre en Ukraine, après avoir été déjà largement confisquée par les débats autour de la crise sanitaire. Comment, dans ces circonstances, mener campagne ?
Nous sommes dans une situation inédite, le risque majeur est que les Français soient privés du nécessaire débat politique et démocratique sur l’avenir de la France avec pour conséquence une potentielle explosion de l’abstention. Ce qui ne manquera pas d’aggraver encore la crise de légitimité de ceux qui nous gouvernent. L’actualité diplomatique, géopolitique, écrase tout après que la question du Covid a empêché toute autre forme de débat pendant des mois. Dans ce climat, c’est aussi notre responsabilité de ramener le débat sur les sujets nationaux essentiels.
C’est compter aussi sans les difficultés que des candidats comme Marine Le Pen ou Éric Zemmour ont rencontrées pour réunir leurs parrainages, les obligeant à mettre en pause leur campagne pour s’assurer de pouvoir concourir. C’est une raison supplémentaire de s’emparer demain de la question institutionnelle et avec elle de la juste représentation de tous les courants d’opinion dans nos assemblées représentatives.

Comment expliquez-vous que, après un quinquennat marqué par une succession de crises — les “gilets jaunes”, la crise sanitaire — et la fracturation toujours plus grande du pays, Emmanuel Macron dispose encore, à en croire les sondages, d’un socle électoral si persistant ?
Je ne pense pas qu’il obtiendra le score que les sondages lui prédisent. Ce qui est certain, c’est qu’Emmanuel Macron n’a quasi pas de concurrence sur son segment. Il y a bien Valérie Pécresse, mais elle fait double emploi et n’a aucune incarnation.
La guerre en Ukraine lui donne l’illusion de pouvoir survoler l’élection. Il se montre accaparé par les affaires du monde, indifférent aux remous de la campagne. C’est la théorie de l’éloignement et du prestige. Emmanuel Macron est en surplomb et cherche à se préserver du devoir d’inventaire auquel doit se plier tout président sortant.
Il faut admettre que c’est un communicant talentueux. Il était déjà parvenu à verrouiller le débat public à l’occasion de l’épidémie de Covid.

À vous entendre, le Covid, le “quoi qu’il en coûte” et la guerre ont comme sauvé le soldat Macron ?
Ce qui me frappe, c’est que le président aura réussi l’exploit de diviser avec constance les Français. Sa stratégie n’a été que cela : cristalliser son électorat en divisant, en nous forçant, par exemple, à choisir entre les policiers et les “gilets jaunes”, ce qui est invraisemblable. On s’est retrouvé face à un usage démesuré de la force publique, à une violence verbale, à une radicalisation du débat, à une stigmatisation assumée. La fameuse « lèpre populiste ».
On s’est ensuite retrouvé à devoir trier entre les vaccinés et les non-vaccinés, avec un président qui, une fois de plus, a non seulement joué sur les peurs, en insultant des citoyens n’ayant aucunement violé la loi d’irresponsables, de « criminels » en puissance, en assumant vouloir « emmerder les Français ».
C’est un homme qui a fait du mépris sa marque de fabrique. N’oublions pas les « salariées illettrées » des abattoirs Gad, « les gens qui ne sont rien »… Emmanuel Macron s’était, au départ, engagé à restaurer la fonction présidentielle. Il avait théorisé le fait que le peuple regrettait la figure monarchique. Il assurait vouloir restaurer la verticalité du pouvoir.
On s’est retrouvés avec un président posant avec un ancien délinquant antillais en caleçon faisant un doigt d’honneur ou encore recevant deux adolescents attardés de 35 ans faisant des roulades sur la pelouse de l’Élysée…

Emmanuel Macron considère que la politique de manière générale et la diplomatie en particulier, ce sont des photos et des coups de communication.

Si vous deviez poursuivre le droit d’inventaire de ce quinquennat, que diriez-vous ?
Prenons l’actualité immédiate : sur le plan diplomatique et des relations internationales, le bilan de Macron est catastrophique. Le Mali ? Cinquante-trois soldats français y sont morts, notre ambassadeur a été sommé de quitter le pays tandis qu’une haine antifrançaise ne cesse de se répandre à travers la population. Cet enlisement nous a coûté une fortune sans que nous soyons à l’abri que la situation explose de nouveau. Le péril islamiste est toujours présent au Mali et menace les pays voisins. Le fiasco diplomatique est total. Comment ne pas se souvenir de l’attitude d’Emmanuel Macron à l’égard du président du Burkina Faso qu’il a humilié devant des étudiants en lui indiquant d’aller « réparer la climatisation » ?
Comment ne pas se souvenir d’Emmanuel Macron au Liban. Il est arrivé en matamore, assurant au peuple libanais qu’il imposerait une réforme du système politique sinon la France sévirait. Pour quels résultats ? Le pays est toujours aussi instable et corrompu, au bord de la banqueroute.
Comment ne pas se souvenir de l’affaire des sous-marins australiens et du contrat rompu alors que manifestement, de ce qu’il se dit dans les arcanes du pouvoir, cela faisait déjà un an que les services de renseignements et de défense alertaient sur ce qui était en train de se tramer. Cela s’est fini par une petite tape condescendante de Biden sur la cuisse d’Emmanuel Macron puis circulez, il n’y a rien à voir.
Le gouvernement n’a rien compris dans ce qui se joue dans cette partie du monde. Emmanuel Macron considère que la politique de manière générale et la diplomatie en particulier, ce sont des photos et des coups de communication. Sauf que tout cela demande une cohérence, un suivi, un travail de fond et une certaine humilité.

 

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12/03/2022 06:00