Climat : l’amnésie de certains écologistes
Article rédigé par Stanislas de Larminat, le 14 janvier 2014 Climat : l’amnésie de certains écologistes

"Peut-on vraiment être climato-sceptique aujourd’hui?" C’est la question posée par Guillaume Emin sur le site Ecologiehumaine.eu L’auteur parle de « l’obscurantisme » dont seraient atteints ceux qui refusent le « solide consensus » scientifique sur ce sujet. Répondons à cette accusation si peu… scientifique par une autre question : comment peut-on dénoncer des consensus aussi mensongers comme celui portant sur les cellules souches embryonnaires, et ne pas s’interroger sur l’éthique du pseudo-consensus entourant la responsabilité humaine du réchauffement climatique ? Les écologistes chrétiens doivent pour leur part lever cette ambiguïté.

QU’ENTEND-ON tout d’abord par « consensus scientifique » ? Si la science progresse volontiers dans la recherche du consensus, le consensus lui-même est difficilement mesurable. L’exemple de la recherche sur l’embryon est emblématique. Ainsi, l’INSERM affiche sur son site une pétition de principe sur une hypothétique vision consensuelle de la communauté scientifique : « Ces dernières décennies ont vu les recherches sur les cellules souches embryonnaires (ES) se développer considérablement. En effet, ces cellules ne cessent de susciter l’intérêt des chercheurs, notamment pour leur immense potentiel thérapeutique. »

La recherche embryonnaire : un mensonge mondial

Ce genre d’optimisme incantatoire ferait l’objet d’un consensus apparent des chercheurs du monde entier qui affirment que le miracle de la thérapie génique embryonnaire est pour demain. Tous les médias n’arrêtent pas de le répéter en boucle.

L’Académie pontificale des Sciences, la Fondation Jérôme-Lejeune ou VITA en France savent depuis longtemps que ces cellules indifférenciées ont la propriété de se multiplier, à l’infini, en cellules identiques à elles-mêmes et ont donc un grand potentiel cancérigène, bien supérieur à celui des cellules souches adultes.

Seuls les organes bien informés et proches des mouvements sensibilisés par « l’écologie humaine » savent pertinemment qu’il s’agit d’un mensonge éhonté. Ils sont maintenant un peu plus entendus. Pourquoi ? Parce que leur souci de la culture de vie les a incités à s’investir dans une recherche concurrente — les cellules souche adulte — sans danger, éthiquement irréprochable et… qui obtient des résultats.

Consensus ne donc rime pas nécessairement avec veritas !

La recherche climatique : un autre mensonge mondial ?

Le 30 septembre 2013, le président Hollande remerciait à l’Élysée le président du GIEC de lui avoir remis le rapport à l’intention des décideurs, un rapport « [confirmant] l’accélération du réchauffement climatique et son origine humaine et donc la nécessité d’agir vite et efficacement ». Il en profitait pour saluer « la qualité du travail et la méthodologie remarquables du GIEC ».

De son côté, Laurent Fabius venait d’accueillir la même délégation du GIEC au Quai d’Orsay en prélude à l’accueil par la France de la conférence Paris-Climat 2015. Il s’alarmait : « Il y a un précipice, le grand dérèglement climatique. Nous pouvons encore l’éviter. »

Voilà donc nos dirigeants politiques assénant leur confiance absolue dans la communauté scientifique qu’ils financent, répétant à l’envi leurs certitudes devant des médias complices.

On peut toutefois se demander s’ils n’ont pas parfois des doutes… et que le soutien de la plus haute autorité religieuse ne serait pas inutile ! « Selon ses informations », le journal la Croix annonçait ce 8 janvier 2014 que François Hollande serait reçu en audience privée par le pape François, probablement le 24 janvier, pour aborder des « sujets internationaux de préoccupation commune » dont le réchauffement climatique. Commentaire du journaliste Sébastien Maillard : « Paris présidera fin 2015 une grande conférence onusienne pour négocier un accord contraignant contre le réchauffement, et cherche à faire de celui qui a pris le nom de François d’Assise un allié pour la cause environnementale. »

Pourquoi de telles difficultés de discernement ?

Perdant tout esprit critique, certains mouvements se recommandant de l’écologie humaine ne parviennent pas à imaginer que les affirmations concernant le climat puissent relever d’un mensonge tout aussi éhonté que celui concernant les cellules souches embryonnaires.

Nul n’ignore qu’un écologisme répandu développe une véritable culture de mort. Pour sauver la planète et le climat, il faudrait limiter une soi-disant surpopulation. Les leviers sont du même ordre, et la responsabilité humaine du réchauffement climatique vient curieusement servir cette culture de mort. Pourquoi ici, consensus s’accorderait-il tout d’un coup avec veritas ?

Pourquoi, dans le cas de la recherche embryonnaire, savoir contester des sources dites consensuelles, et dans l’hypothétique responsabilité humaine du réchauffement climatique, se contenter de répéter les lieux communs assénés par la communauté médiatico-politique ?

L’écologie humaine doit développer le même niveau d’esprit critique sur ces pseudos consensus scientifiques. Point n’est besoin d’être un grand spécialiste. Il suffit d’aller aux sources, et de les lire avec un minimum d’attention, pour découvrir des éléments de doute.

Un simple esprit critique fait douter de la cause humaine du réchauffement

Du 23 au 27 septembre 2013, à Stockholm, a été célébrée la grand-messe qui se renouvelle tous les cinq ans, au cours de laquelle est validée la quintessence des travaux scientifiques du GIEC : le fameux Résumé pour les décideurs, qui met à jour les données fondamentales du réchauffement climatique, sur lesquelles les gouvernants du monde entier vont s’appuyer pour élaborer l’avenir énergétique de l’humanité.

De tout ce Résumé, l’assertion dominante est certainement la suivante :

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« La sensibilité climatique à l’équilibre est le changement de température globale à l’équilibre causé par un doublement de la concentration du CO2 atmosphérique. Elle est probablement dans la fourchette 1.5°C à 4.5°C, (haute confiance), extrêmement peu probablement inférieure à 1°C, (haute confiance), et très peu probablement supérieure à 6°C (confiance moyenne)*[1]. »

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C’est bien le cœur du débat : de combien augmenterait la température si la teneur en CO2 doublait... à supposer encore que l’un soit la cause de l’autre et pas l’inverse ? Le propos dudit Résumé est toutefois assorti d’une note de bas de page qui jette le trouble sur cette belle assurance :

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*« Il n’est pas possible à ce jour de dire quelle est la meilleure estimation de la sensibilité climatique, du fait des discordances entre les valeurs résultant des diverses études et propositions de démonstration [2]. »

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L’aveu vient donc du GIEC lui-même : il n’y a pas de consensus. Il y a des discordances entre les experts ! Qu’on se le dise : il doit réellement y avoir des débats violents internes pour que le GIEC reconnaisse cette absence de consensus. C’est probablement une des raisons qui a poussé les organisateurs de la réunion de Stockholm à se réunir à huis clos. Quand on se bat dans une famille on ferme en général les portes.

Les probabilités énoncées (en italique dans le texte original), respectent pourtant un barème précis et contraignant : probable = 66% ; très peu probable = moins de 10% ; extrêmement peu probable = moins de 5% [3]. Voilà des fourchettes bien larges.

Avec une sensibilité de 1°C, l’humanité n’a pas de souci à se faire : la concentration de CO2 peut doubler, ou même quadrupler, cela ne produira jamais qu’un réchauffement de deux degrés, dont près de la moitié a déjà été engrangée au cours du siècle passé. À l’autre extrême, 12 °C seraient catastrophiques.

De telles fourchettes ne font évidemment pas l’affaire des gouvernants qui ont besoin de certitudes. Le pire est que, malgré des moyens scientifiques énormes (satellites, balises océaniques par milliers, supercalculateurs), elles se sont élargies depuis le précédent rapport de 2007 : la limite basse probable est descendue de 2 à 1.5°C, la limite extrêmement peu probable de 1.5 à 1°C. Et là où une valeur la plus probable était indiquée (3°C), elle a disparu [4].

Non seulement le GIEC avait surestimé dans le passé ses évaluations de la sensibilité climatique, mais ses connaissances ont régressé, en termes de précision. Le GIEC s’en explique dans une phrase assez filandreuse qui suit immédiatement l’énoncé ci-dessus :

« La limite basse de la fourchette évaluée probable est donc inférieure aux 2°C du précédent rapport (2007), mais la limite supérieure est la même. Ceci reflète une meilleure compréhension (sic), une base plus étendue des données de température élargis dans l’atmosphère et les océans, et de nouvelles estimations du forçage radiatif [5]. »

Comprenne qui pourra ! Mais certains participants ont raconté comment s’est passée la conférence de Stockholm. Et qu’apprend-on ? Les scientifiques du GIEC acceptent de débattre avec les délégations gouvernementales, pas seulement de certaines appréciations qualitatives, mais de la valeur même du paramètre scientifique fondamental : la sensibilité climatique.

C’est ce qui s’est passé, à Stockholm, le jeudi 26 septembre 2013: le bulletin de Linkages, de l’Institut international du développement durable explique :

 « À propos de la sensibilité du climat à l’équilibre, plusieurs délégations, dont l’Australie, les Pays-Bas et d’autres, ont fait remarquer que l’information présentée dans le RE4 (Rapport d’Evaluation n°4 du GIEC, en 2007) selon laquelle la limite inférieure de la marge évaluée “probable” de la sensibilité du climat est inférieure à 2°C, peut être source de confusion pour les décideurs, et ont suggéré d’indiquer que cette limite est la même que dans les évaluations précédentes. Les APC [Auteurs Principaux chargés de la Coordination] ont expliqué que la comparaison avec chacune des évaluations précédentes du GIEC serait difficile, et un nouveau libellé a été élaboré en ajoutant que la limite supérieure de la marge évaluée est la même que dans le RE4 [6]. »

Ainsi donc, les limites, les fourchettes ne sont pas le fruit de constations scientifiques mais de négociations dignes d’une salle de marché. En arrive-t-on donc à dire à la fois une chose et son contraire dans le rapport de 2013 et dans le résumé ? Ou plus simplement à trafiquer les chiffres ? La suggestion de l’Australie et des Pays-Bas n’a pas scandalisé les “Auteurs chargés de la Coordination”. À défaut de donner satisfaction sur ce point, ils ont souligné avoir consenti à ne pas revoir à la baisse la borne supérieure, celle qui est la plus improbable !

Des mensonges servant des intérêts prométhéens

Mais alors, dira-t-on, pourquoi cet acharnement des instances gouvernementales à financer des programmes climatiques aussi douteux ? Cela relève du même acharnement avec lequel elles ont financé les cellules souches embryonnaires. Peut-être les dirigeants politiques, passé un certain seuil de gaspillage d’argent public, préfèrent-ils s’enferrer plutôt que reconnaître qu’ils se sont fait abuser.

À moins que l’aveuglement idéologique ne serve ainsi des opinions avides de sentiments prométhéens du même ordre :

- celui de recréer un homme à travers un clonage reproductif, qui se sera développé au prétexte des recherches sur un clonage dit thérapeutique,
- et celui de faire croire à une apocalypse climatique dont l’homme serait la cause. L’homme, en faisant croire qu’il peut éviter cette apocalypse, s’arrogerait une puissance recréatrice d’ordre divin.

Libérer l'écologie humaine

 Comment le site du « Courant pour l’écologie humaine » peut-il alors écrire : « Il y a lieu ici de nous questionner sur notre rapport actuel à l’obscurantisme, à la science et plus largement à la vérité. [...] Nous sommes aujourd’hui bien peu enclins à prendre en compte ce que la science dit sur le changement climatique. Et ce malgré même l’existence d’un solide consensus de la communauté scientifique au sein du GIEC. »

Le mot est lâché. Les climato-sceptiques seraient des « obscurantistes » ! Mais leurs accusateurs affichent une croyance quasi religieuse en une « communauté scientifique » qui serait « consensuelle »…

Loin de nous l’idée de répondre à un qualificatif par un autre et d’évoquer un risque amnésique. Nous ferions preuve de désobligeance si nous n’avions développé ci-dessus des arguments étayant notre scepticisme. Malgré tout, nous voudrions rappeler que certaines formes médicales d’amnésie sont « comparables à un ordinateur dont le disque dur est capable de lire toutes les données qu’il contient mais dont le mécanisme d’écriture défectueux empêche tout nouvel enregistrement d’information ».

Comment les mêmes peuvent-ils lire des données concernant les cellules souches embryonnaires, au mépris du « consensus » scientifique mondial, et se révéler incapables d’enregistrer des informations qui mettent en doute le pseudo consensus concernant la cause humaine du réchauffement climatique ?

Un certain écologisme considère l’homme comme une partie du tout animal, sans aucun droit supérieur. L’écologie humaine — telle qu’en en ont parlé les premiers les papes Jean Paul II et Benoît XVI — a compris qu’il fallait commencer par « prendre soin de tout homme et de tout l’homme » pour respecter la nature. L’homme n’est pas le problème, mais la solution. Le progrès est considérable. Si l’écologie humaine se rend aux poncifs de l’idéologie malthusienne, elle ne tarderait pas à s’effondrer et à décevoir les jeunes générations.

 

Stanislas de Larminat est ingénieur agronome, diplômé de IIIe cycle de bioéthique, auteur des Contrevérités de l’écologisme (Editions Salvator, 2011).

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[1] "The equilibrium climate sensitivity ... is defined as the change in global mean surface temperature at equilibrium that is caused by a doubling of the atmospheric CO2 concentration. Equilibrium climate sensitivity is likely in the range 1.5°C to 4.5°C (high confidence),  extremely unlikely less than 1°C (high confidence), and very unlikely greater than 6°C (medium confidence)" (Source IPCC - Climate Change 2013 - The Physical Science basis - Résumé pour les décideurs - Working Group I - Contribution to the 5th assessment report of IPCC -  § Quantification of Climate System Responses : Page 14, section D2, deuxième puce).

[2] "No best estimate for equilibrium climate sensitivity can now be given because of a lack of agreement on values across assessed lines of evidence and studies" (Source IPCC - Climate Change 2013 - The Physical Science basis- Résumé pour les décideurs - Working Group I - Contribution to the 5th assessment report of IPCC - § Quantification of Climate System Responses: Page 14, section D2, deuxième puce).

[3] Résumé pour les décideurs du 4e rapport d'évaluation du GIEC de 2007 (note de bas de page n°6 de la page 3).

[4] La comparaison exacte des deux résumés pour décideurs est la suivante :

Résumé pour les décideurs du 4e rapport du GIEC de 2007 Rapport de l'IPCC "Climate change 2013 - The Physical Science Basis- Summary for Policymakers - Working Group I - Contribution to the 5th assessment report of the IPCC" (Page 14, section D2 "Quantification of Climate System Responses", deuxième puce)

« La sensibilité climatique à l’équilibre est une mesure de la réponse du système climatique à un forçage radiatif constant. Ce n’est pas une projection mais elle est définie comme le réchauffement global moyen de surface à la suite d’un doublement des concentrations de du CO2. Elle est probablement située dans la fourchette 2 à 4,5°C avec une valeur la plus probable de 3°C et il est très improbable qu’elle soit inférieure à 1,5°C. Des valeurs considérablement supérieures à 4,5°C ne sont pas à exclure mais la correspondance des modèles et des observations n’est plus aussi bonne pour ces valeurs ».

 

« La sensibilité climatique à l’équilibre est le changement de température globale à l’équilibre causé par un doublement de la concentration du CO2 atmosphérique. Elle est probablement dans la fourchette 1.5°C à 4.5°C, (haute confiance),  extrêmement peu probablement inférieure à 1°C, (haute confiance), et très peu probablement supérieure à 6°C (confiance moyenne)*. »

*Note de bas de page : « Il n’est pas possible à ce jour de dire quelle est la meilleure estimation de la sensibilité climatique, du fait des discordances entre les valeurs résultant des diverses études et propositions de démonstration. »

[5] "The lower temperature limit of the assessed likely range is thus less than the 2°C in the AR4, but the upper limit is the  same. This assessment reflects improved understanding, the extended temperature record in the atmosphere and ocean,  and new estimates of radiative forcing." (Source IPCC - Climate Change 2013- The Physical Science basis- Résumé pour les décideurs - Working Group I - Contribution to the 5th assessment report of IPCC -  § Quantification of Climate System Responses : Page 14, section D2, deuxième puce).

[6] Source : Bulletin des Négociations de la Terre de l'IISD reporting-services, § D. Comprendre le système climatique et ses changements récents - Évaluation des réponses du système climatique. (L'IISD est une fondation canadienne créée et financée pour l'essentiel par John McCall MacBain.)

 

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