Dans cette conférence magistrale donnée à la Commission des Affaires Etrangères du Sénat, Alain Chouet, ancien chef du service de renseignement de sécurité de la DGSE, dépasse très largement le cadre de la polémique sur la dangerosité ou non de Ben Laden. Il montre le grave danger des stratégies expansionnistes de certains pays de la péninsule arabique et prédit, plusieurs années à l’avance, la montée en puissance des mouvements islamistes dans les pays du pourtour méditerranéen. Il donne un cadre explicatif complet à l’ensemble des événements que nous voyons se dérouler aujourd’hui sous nos yeux
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Il est dommage que la mise en ligne de ce colloque au Sénat soit partielle. La conférence d'A. Chouet était suivie de celle de J.-P. Filiu qui apportait un autre regard et un certain nombre de bémols en ce qui concerne la fin d'Al Qaida.
Voir le commentaire en entierPlus généralement, il est permis de s'interroger sur la ligne éditoriale choisie par Liberté politique sur ces mutations du Proche-Orient.
Que la vague des révolutions et rébellions en pays arabes soit source de déstabilisations et de dangers nouveaux, personne ne songe à le nier. Mais est-ce une raison pour s'en tenir à une ligne globale et simpliste de défense du statu quo et de plaidoyer pour les dictateurs en place, après Khadafi, Bachar El-Assad ? Aurait-on oublié le facteur de nuisance qu'a été pendant des années la dictature des Assad, refuge des terroristes les plus déterminés, point d'appui de l'Union soviétique, môle du front du refus de tout accord de paix avec Israël, puissance occupante du Liban jusqu'en 2005 ?
Cette ligne méconnaît que le monde arabe est, plus que jamais, traversé par une ligne de faille profonde qui oppose l' "axe" chiite (Iran, chiisme irakien, régime alaouite des Assad, à bout de souffle, et Hezbollah libanais) aux arabes sunnites renforcés par la révolution égyptienne qui amène au pouvoir les Frères Musulmans. Rien à voir avec le contexte des années 79-82 dans lequel Hafez-El-Assad avait les coudées franches pour pillonner Hama comme veut le faire aujourd'hui Bachar à Alep.
Il est inexact d'appréhender l'islam arabe comme un bloc compact comparable à un IIIème Reich arabe. Il s'agit là d'un fantasme d'occidental. En outre, peut-on sérieusement croire que la dictature des Assad est le barrage qui permettra de résister à une vague de fond qui a fait tomber le régime égyptien ? Que cela nous plaise ou non, il faut désormais penser le Proche-Orient après les Khadafi et après les Assad.
Enfin, il est dangereux de procéder par assimilation abusive. Les données ethno-religieuses de la Syrie et du Liban n'ont rien à voir avec celles de l'Egypte. Les sunnites devront nécessairement composer avec les minorités en place compte tenu également que la recomposition syrienne ne peut être opérée indépendamment de celle du Liban où les chiites sont majoritaires, et compte tenu aussi de la Turquie toute proche qui pourrait jouer un rôle stabilisateur. Toutes données géopolitiques inexistantes en Egypte.
Toutefois, les hiérarches chrétiens syriens qui ont un peu trop joué eux-aussi la carte du statu quo et du soutien à Bachar risquent de payer très cher cette collaboration qui présente aujourd'hui pour les chrétiens plus d'inconvénients que d'avantages.
Donc, il y a place pour autre chose que l'optimisme béat et le catastrophisme. Dans l'immédiat, à défaut de solution internationale sous égide ONU, on ne voit plus ce qui va faire obstacle à l'armement des rebelles par des moyens clandestins (missiles anti-chars et sol-air) pour venir à bout des moyens de l'armée syrienne, créer une zone libérée dans la nord de la Syrie, adossée à la Turquie, et à terme faire levier et entraîner la chute du régime des Assad qui est inéluctable.