UMP

L’Union pour un Mouvement Populaire, dix ans après sa création, semble se fragmenter. En prévision du congrès du parti le 18 novembre prochain, plusieurs mouvements ont été créés pour faire valoir la « diversité des courants dans l’unité » de l’UMP. 

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L'express

« Si on pense tous la même chose, c’est qu’on ne pense plus rien ». C’est à ce titre que François Bayrou avait refusé d’intégrer l’UMP en 2002. Jusqu’à l’élection de François Hollande en mai dernier, le parti unique a malgré tout permis la victoire de deux de ses candidats, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, et leur a successivement apporté la majorité.

La perte de l’Elysée et de Matignon remettent en question le fonctionnement et la stratégie de l’UMP. Ainsi, Jean-François Copé s’est montré favorable à une plus grande autonomie des courants à l’intérieur du parti, contrairement à Bruno Le Maire et avec les réserves de François Fillon. L’ancien Premier ministre, dans une interview accordée à Nice Matin (édition de jeudi), alertait sur le risque que cette reconnaissance implique : « l’UMP ne doit pas devenir une sorte de confédération ingouvernable, composée d’une multitude de partis autonomes. Il ne peut pas y avoir autant de courants que d’ambitions personnelles. »

Lors du congrès du 18 novembre, les militants voteront, d’une part, pour un nouveau président mais aussi, et c’est une nouveauté, pour une motion. Les courants ayant recueilli plus de 10% des voix des militants pourront se constituer en mouvements et gagner ainsi en autonomie. « Une petite révolution », juge Marion Brunet du Figaro.

Sa collègue, Judith Waintraub, évoque dans le même quotidien une « guerre de positions » à l’UMP. En effet, entre la querelle des égos liée à l’élection du président de l’UMP, et la constitution de courants, chacun se place. La journaliste démontre que la plupart de ces mouvements sont composés de pro-Fillon et de pro-Copé : la guerre des chefs (Jean-François Copé, François Fillon, Bruno Le Maire, Dominique Dord, Nathalie Kosciusko-Morizet) traverse les courants et n’est donc pas la seule variable d’ajustement au sein de l’UMP.

Ces mouvements ont fait l’objet d’un recensement dans un article du Monde du 23 juillet. Tout d’abord, les plus connus : « La Droite populaire, qui incarnait autour de Thierry Mariani, l’aile droite du parti » et « la Droite sociale, fondée par Laurent Wauquiez en 2010, qui se voulait moins à droite que la Droite populaire, tout en restant tournée vers un discours de « valeurs » ». La première ne devrait pas présenter de candidat mais déposera une motion ; idem pour la seconde dont le leader Laurent Wauquiez soutient François Fillon.

Puis, les nouveaux : « les libéraux de l’UMP ont eux aussi choisi de se référer à cette « droite » qui s’assume, avec la « Droite moderne », qui rassemble autour de Hervé Novelli, Gérard Longuet ou Luc Chatel, les plus libéraux des membres de l’UMP. » ; le Rassemblement gaulliste de Robert Karoutchi, «  a lui choisi de revenir à des racines plus gaullo-chiraquiennes (…) qui conserve ce vocable marquant l’hostilité du Général pour les partis ». Christian Estrosi a également créé Le Rassemblement, dans la lignée d’un gaullisme social selon l’Express. L’hebdomadaire, devant la confusion que suscite la multiplication des courants, propose sur son site internet un quizz consistant à associer une personnalité de l’UMP au mouvement auquel il appartient. Celui de Rachida Dati, A droite … toutes, fait partie du questionnaire : il rassemble 120 élues et souhaiterait une femme à la tête de l’UMP. 

Nathalie Kosciusko-Morizet pourrait être cette femme, puisqu’elle se présentera à la présidence de l’UMP si ses positions ne sont pas reprises – à l’instar de Bruno Le Maire. Elle a annoncé la création de La France droite, dans une interview à Corse Matin, un courant qu’elle situe dans la lignée du sarkozysme, « c'est-à-dire la synthèse des valeurs de droite et l’esprit de réforme ». La Droite forte, fondée cette semaine par Guillaume Peltier et Geoffroy Didier, se réclame aussi du sarkozysme, mais n’en a pas exactement la même lecture. Elle ne remet pas en question la stratégie Buisson, contrairement à Nathalie Kosciusko-Morizet.

Enfin, les « humanistes de l’UMP » menés notamment par Jean-Pierre Raffarin, pourraient aussi se constituer en mouvement. « Mais à trop rassembler, de Jean-Pierre Raffarin à Brigitte Barèges, ex-membre de la Droite populaire, le message centriste est quelque peu brouillé », estime Le Monde. A leur droite, Hervé Mariton a présenté une motion pour Réforme et Modernité qui défend un projet libéral et conservateur.

Le manque cruel de chef à l’UMP, qui fait défaut à la tradition de la droite bonapartiste, pourrait dans les mois à venir provoquer quelques vagues dans les couloirs de l’UMP. Reste à savoir si ces vagues amèneront un raz-de-marée dont l’UMP aurait bien du mal à se remettre. Ou si l’UMP restera debout, encore debout, toujours debout …  

 

Laurent Ottavi