Unité de la foi et pluralité dans l’Église

Source [Jean d'Alançon] Par la diversité de ses communautés religieuses, l’Église locale offre à ses membres une part de la richesse de l’Église. S’y joint nos clercs diocésains séculiers, accroissant cette diversité, donc cette richesse scellée dans l’unité sous la responsabilité de son évêque.

Les paroissiens que nous sommes peuvent et doivent même se demander : d’où vient l’unité dans l’Église ? Quel est le fondement de son existence ? La diversité des pratiques maintient-elle cette unité ? Oui, et la réponse nous est donnée dans la foi chrétienne, catholique plus précisément pour l’Église locale. Et davantage encore : la foi, l’espérance et la charité, ces vertus théologales qui fondent la foi de tout catholique, de tout baptisé, la foi fondant l’unité, la charité la finalisant. Foi et raison ne s’opposent pas. Au contraire, elles se réclament l’une à l’autre, d’une manière particulièrement nécessaire aujourd’hui, dans un contexte marqué par tant d’enjeux sociétaux.

« La foi et la raison sont comme les deux ailes qui permettent à l'esprit humain de s'élever vers la contemplation de la vérité », écrit saint Jean-Paul II en introduction de son encyclique Foi et raison. Dans notre monde manquant bien souvent d’espérance, parce qu’enfermé sur lui-même sans recherche de finalité transcendante, là où « amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent » (Ps. 84), la charité donne sens à nos existences, selon un ordre de préférence, tel que saint Thomas d’Aquin l’a étudié : amour de Dieu, amour de soi, amour du prochain. Amour de Dieu : Père, Fils et Esprit. Amour de soi : « connais-toi toi-même » selon la maxime de Socrate. Amour du prochain : aime ton frère comme tu t’aimes toi-même.

La foi repose sur les trois canaux de la Révélation, intrinsèquement liés et interdépendants : la sainte Tradition, l’Écriture sainte, le Magistère. La Tradition sainte est l’Esprit Saint dans le cœur et la vie des saints. Elle naît dans la tradition apostolique et se prolonge avec les saints. L’Écriture sainte comprend l’Ancien Testament, où Dieu éduque son peuple en vue de la maturation de l’humanité et de la venue du Christ, et le Nouveau Testament, où Dieu lui-même s’incarne. Le Magistère scelle l’unité de la Tradition et des Écritures par l’intervention des papes et des conciles. Les chrétiens orthodoxes et protestants n’ont pas de magistère qui, seul, fait l’unité dans l’ordre de la foi. Cette unité n’écarte pas la pluralité, bien au contraire, car les richesses sont diverses, comme l’est le cœur des saints. À titre exceptionnel, le Magistère peut être solennel et universel, engageant l’infaillibilité pontificale et s’appliquant uniquement en matière de dogme. Cependant, il est habituellement ordinaire, en matière de dogme certes, mais aussi en pastorale où il peut varier avec le temps et les époques.

Dans la vie de l’Église, la parution d’une encyclique contribue de façon majeure au Magistère : « L’on ne doit pas penser que ce qui est proposé dans les lettres encycliques n’exige pas de soit l’assentiment, sous le prétexte que les Papes n’y exerceraient pas le pouvoir suprême de leur magistère. C’est bien en effet du magistère ordinaire que relève cet enseignement ; et pour ce magistère vaut aussi la parole : ‘Qui vous écoute m’écoute.’ Et le plus souvent, ce qui est proposé et imposé dans les encycliques appartient depuis longtemps d’ailleurs à la doctrine catholique. Que si dans leurs actes, les Souverains Pontifes portent à dessein un jugement sur une question jusqu’alors disputée, il apparaît donc à tous que, conformément à l’esprit et à la volonté de ces mêmes Pontifes, cette question ne peut plus être tenue pour une question libre entre théologiens. » (Pie XII, Encyclique Humani generis)

L’unité dans la foi et la pluralité dans l’Église marquent profondément la vie ecclésiale, en particulier dans notre diocèse, richesse pour tout chrétien, diversité pour l’Église, car la sensibilité de chacun est si personnelle dans son cheminement vers Dieu, que les voies sont diverses dans l’attente de la Vision béatifique, lumière de la finalité de la vie terrestre, cette vie chargée de joies et d’épreuves préparant l’autre vie, la vie éternelle (cf. La lumière de la finalité entre intelligence et foi, de l’auteur, ouvrage venant de paraître aux Éditions Pierre Téqui).

 

                                                                                                      Jean d’Alançon