[MUNICIPALES] Union des droites : pourquoi ça ne fonctionne pas ? L’exemple de Carpentras

Source [Boulevard Voltaire] Ces élections municipales ne ressemblent à aucune autre. Largement perturbées par l’épidémie de Covid-19, elles sont également le théâtre d’alliances plus ou moins surprenantes, du moins incohérentes à l’échelle nationale. « Les territoires ne mentent pas et à présent se vengent », nous prédisait le sénateur LR Alain Houpert. S’ils ne mentent pas, ils ont en tout cas décidé de faire peu de cas de la ligne portée par les sièges parisiens. Ainsi, à Bordeaux et Lyon, LREM et LR s’allient. Quant à Orange, la tête de liste LR rejoint la liste du maire classé à l’extrême droite Jacques Bompard.

À Carpentras, on se demande encore pourquoi la droite n’y arrive pas…

C’est la question à cent mille dans la sous-préfecture du Vaucluse. Dans cette ville moyenne, nichée entre le mont Ventoux et les dentelles de Montmirail, la question de l’électeur de droite revient comme une rengaine. Pourquoi, au pays de la gariguette, la droite reste-t-elle aux fraises face à une gauche qui se refuse à rendre les armes ? Comment la terre d’élection de Jean-Marie Le Pen, Marion Maréchal et de Julien Aubert peut-elle laisser à la gauche la mairie de la deuxième ville du département ? Nous avons profité de cet entre-deux-tours des élections municipales pour nous plonger dans la vie politique locale et comprendre les raisons de ces échecs successifs.

Pour comprendre pourquoi la gauche a la main sur ce qui devrait être un bastion de droite, il faut remonter en 2014, aux dernières élections municipales. Il y a six ans, le premier tour avait accouché d’une triangulaire. Arrivé en tête, le maire sortant PS Francis Adolphe cumulait 37,33 % des voix, juste devant le candidat FN Hervé de Lépinau (34,38 %), et loin derrière, avec 16,64 %, le candidat UMP et actuel député LR du Vaucluse Julien Aubert.

Cette défaite, Hervé de Lépinau s’en souvient encore. Si l’ancien suppléant de Marion Maréchal, candidat malheureux aux dernières municipales et aux législatives a laissé sa place de tête de liste en 2020, il a la mémoire tenace : « LR portera sur le front le sceau de la défaite et de la trahison de la droite », déclare-t-il. Changement de stratégie, donc : se présentent le maire sortant Serge Andrieu, ex-dauphin du maire Francis Adolphe (débarqué en cours de mandat par une condamnation judiciaire pour violences conjugales), le candidat LR Claude Melquior, suppléant du député Julien Aubert, et le général Bertrand de La Chesnais, qui présente une liste d’union des droites avec des RN, des LR et des personnes sans étiquette. Le résultat va vous surprendre : au soir du premier tour, exactement la même configuration qu’en 2014.

Le maire sortant arrive en tête, talonné au plus près par le général de La Chesnais, et le candidat LR complète le trio, loin derrière. « C’était un peu la claque », se remémore un proche du général de La Chesnais. « On pensait finir en première position », il faut dire que les 60 % d’abstention, dus en partie à l’épidémie de Covid-19, ont sans doute pesé sur le scrutin. Face à un maire sortant de gauche et soucieux de ne pas rééditer le fiasco de 2014, Bertrand de La Chesnais prend donc contact avec Claude Melquior. L’entremetteur n’est autre que l’ancien maire UMP de Carpentras Jean-Claude Andrieu (un homonyme du maire actuel). Que se sont-ils dit et promis ? Melquior aurait exigé le retrait de tous les colistiers RN de la liste du général et, de surcroît, le placement d’un tiers de ses colistiers à des postes éligibles. Une exigence balayée par l’officier général en deuxième section, qui aura été jusqu’à proposer au candidat LR de le soutenir pour une candidature à la présidence de l’intercommunalité. Melquior hésite, renâcle, fait traîner et finit par refuser. « Je ne voulais pas me vendre et laisser mes colistiers sur la touche », justifie, par téléphone, celui qui dénonce « une campagne odieuse de pressions et de menaces venant du camp de La Chesnais ».

Du côté du général, on se réveille avec la gueule de bois devant le communiqué cinglant de Claude Melquior : « La tête de liste adverse a refusé mes deux conditions. Elle a même clairement exprimé son désir de revoir le moins possible sa liste initiale, ce qui ne peut évidemment que poser un problème logique. Afin de dépasser l’indépassable, le général de La Chesnais a donc préféré parler postes, prébendes et émoluments. » Un trait cinglant qui met fin aux négociations. Autant dire que, dans le camp de Bertrand de La Chesnais, on réfute unanimement les accusations de menaces et d’intimidation. Ses partisans regrettent « des accusations lunaires ».

 

Pourtant, la décision de Melquior de maintenir sa liste contre vents et marées ne fait pas l’unanimité chez lui. « Nous étions cinq à demander un ralliement au général, précise un membre de sa liste. Mais une dizaine y était farouchement opposée. Les autres se sont contentés de suivre. » Si ce colistier de Claude Melquior affirme qu’il glissera dans l’urne un bulletin estampillé La Chesnais, il dit regretter « une campagne du premier tour marquée par un matraquage systématique contre le général. Pour moi, La Chesnais est un concurrent, le véritable adversaire était Serge Andrieu. »

Du coté de Claude Melquior, on pointe une « progression masquée » du général de La Chesnais, qui a « débarqué du jour au lendemain et monté une liste sponsorisée par le RN sans l’assumer ». En témoigne, selon eux, la visite de Marine Le Pen à Carpentras pour soutenir la liste d’union. Chez le général, on accuse Melquior de n’être qu’un pion manipulé par Julien Aubert. Une accusation démentie par l’intéressé qui nous affirme n’avoir « jamais de près ou de loin interféré » dans les choix de campagne de son suppléant.

Triangulaire

On en arrive donc au même scénario qu’en 2014 : une triangulaire en faveur de la gauche car les deux candidats de droite n’auront pas réussi à s’entendre. Une situation ubuesque pour beaucoup d’électeurs. « Julien Aubert est un homme de valeur, il devrait appliquer au local ce qu’il réclame à cor et à cri à Paris », réagit l’ancien ministre de Nicolas Sarkozy et actuel eurodéputé RN Thierry Mariani, fin connaisseur des enjeux politiques de la région.

Mais tout nœud gordien a vocation à être tranché. Ce mercredi matin, la liste du général de La Chesnais recevait un soutien de poids qui sonna comme une trahison aux oreilles de Claude Melquior et de tous les barons LR locaux : l’ancien maire UMP de Carpentras durant 21 ans , Jean-Claude Andrieu, a officiellement apporté son soutien à Bertrand de La Chesnais. Pour l’ancien édile, la situation l’exigeait. « J’ai soutenu Melquior au premier tour par conviction. Au second tour, il faut éliminer, et La Chesnais est le mieux positionné pour battre la gauche », souffle-t-il à un colistier.

Il faut dire que la situation des LR et de Claude Melquior est assez brouillée. D’un côté, ce soutien de l’ancien maire UMP pour le candidat soutenu par le RN (mais aussi par le PCD, le CNIP et La Droite populaire) ainsi que la présence, sur la liste, du général de La Chesnais, de Christiane Morin-Favrot, ancienne élue UMP et responsable locale LR, et de l’autre, la surprenante quatrième colistière du candidat de gauche, soutenu, précisons-le, par LREM, et maire sortant Serge Andrieu, qui n’est autre que Jacqueline Bouyac, conseillère régionale LR… D’après des proches de la liste de Claude Melquior, l’élue locale aurait ainsi monnayé son soutien en échange de l’appui du maire de Carpentras pour son élection à la présidence de la communauté d’agglomération. Un renvoi d’ascenseur appréciable. L’élue de droite a tout de même précisé qu’elle n’avait pas renouvelé son adhésion chez LR.

Les responsables de la fédération LR du Vaucluse, le sénateur Alain Milon et Jean-Baptiste Blanc, vice-président du conseil départemental, avaient d’ailleurs indiqué dans un communiqué, fin janvier dernier : « Le choix de Jacqueline Bouyac est inapproprié et injustifié. Elle ne peut, en aucun cas, se prévaloir de son appartenance au parti Les Républicains. » Une décision a priori lettre morte puisque Mme Bouyac siège toujours au conseil régional dans la majorité LR de Renaud Muselier, donc dans le groupe politique de Julien Aubert, lui aussi conseiller régional. Les deux élus PACA sont donc ennemis politiques à Carpentras mais siègent ensemble au conseil régional !

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