Cet été www.libertepolitique.com rencontre les députés de l’opposition et tente de comprendre avec eux la nouvelle donne politique, les leviers de pression et les moyens d’action à sa dispositon. Cette semaine, entretien avec Philippe Gosselin, député de la Manche, membre de la commission des lois de l'Assemblée nationale.

Transcription de l'interview vidéo :

Quel est votre sentiment sur le quinquennat à venir ?

Forcément, un quinquennat très différent de celui que l’on a vécu. Une mandature dans la majorité ou dans l’opposition ça change forcément les choses. Au-delà de cette position un peu nombriliste, forcément un changement de contexte. Pas simplement un changement politique bien évidemment mais un changement de contexte. Je crois qu’on est à la veille et il faut le rappeler d’une crise très importante. Elle existe déjà cette crise. Je crains qu’elle ne se renforce. Forcément, ça va nous amener à faire des choix un peu différents. Je pense que le gouvernement sera très vite en contradiction avec ses propositions. Je crois très vite aussi que François Hollande comme Jean-Marc Ayrault reprendront d’une main ce qu’ils ont donné il y a à peine quelques jours. Donc ça nécessite aussi du coup pour l’opposition que nous sommes une vigilance, une responsabilité, la responsabilité peut-être d’avoir des contre-propositions crédibles, de ne pas simplement crier avec les loups parce que c’est toujours très facile : c’est ce qu’a fait la gauche pendant cinq ans, crier contre nous, contre nos propositions. Être un peu plus constructifs que cela. Et en tout cas être crédibles. On a cinq ans pour l’être pour reprendre effectivement les rênes dans quelques temps.

Vous appartenez à la Commission des lois de l’Assemblée nationale. Il y a quelques jours, François Hollande a annoncé son intention de lancer un grand débat sur l’euthanasie. Dans son programme déjà, il était question de le légaliser. Comment aujourd’hui peut-on se positionner quand on est contre l’euthanasie et quelles sont les propositions crédibles que peut faire la droite ?

Je vais commencer –c’est pour l’éliminer très vite- tout de suite, par donner un mini-satisfecit. Je suis « plutôt satisfait » de voir que le débat aura lieu sur la place publique.  Ça, je trouve que c’est plutôt bien et je donne acte à François Hollande de l’avoir ainsi introduit. C’est vrai qu’on pouvait craindre un débat en catimini. C’est le petit satisfecit que l’on peut donner. Pour le reste, je reste fermement attaché à la loi Leonetti de 2005 qui est encore très mal connue, très mal enseignée. Que beaucoup de médecins et d’équipes médicales hésitent à réellement utiliser dans toute sa fonctionnalité. On a des budgets globaux dans les hôpitaux aujourd’hui qui font que les lits de soins palliatifs ne sont pas toujours très bien utilisés. On hésite. On a une espèce de mauvaise conscience. Mais je crois qu’il faut rappeler aujourd’hui que le cadre existe : il ne doit pas y avoir d’acharnement thérapeutique. Il doit y avoir une volonté qui puisse s’exprimer. Je crois qu’aujourd’hui ça suffit largement. Ce serait ouvrir une espèce de boîte de pandore que de permettre la légalisation de l’euthanasie. On voit bien d’ailleurs ici ou là un certain nombre de dérives qui existent, déjà aujourd’hui parfois autour de la Loi Leonetti quand elle est mal comprise, ou mal appliquée. Regardez ce qui se passe en Belgique. Ce qui se passe en Suisse avec ce suicide assisté. On a aujourd’hui en Belgique deux propositions de loi qui sont assez terrifiantes. On va me dire, ce n’est pas cela que l’on veut faire aujourd’hui, on veut simplement avoir un cadre légal pour l’euthanasie. Oui mais une fois qu’on a franchi un pas on continue d’avancer forcément et dans la mauvaise direction. Aujourd’hui on veut une proposition de loi, je n’ai pas dit qu’elle sera votée, mais elle existe bien, qui permettra peut être demain aux parents de décider pour les enfants et la question se pose dans les mêmes conditions dans une autre proposition de loi pour les personnes handicapées qui ne peuvent pas exprimer leur volonté. On voit tout de suite qu’en entrouvrant la porte, la dérive est derrière. Le plus sage est d’en rester là. La loi, toute la loi. Ne jouons pas aux apprentis sorciers. C’est évidemment sur ces sujets là que nous nous bagarrerons. Nous nous battrons jusqu’au bout même si encore une fois je trouve plutôt sain d’avoir un débat sur la place publique Parce que ça concerne l’ensemble de la société. Quand l’ADMD nous dit que 94% des gens puisque c’est le chiffre, pourquoi pas 105 tant qu’on y est ! 94 j’ai réellement beaucoup de mal à le croire. Tout dépend bien sûr de la formulation de la question. 94 c’est évidemment écrasant et pourquoi ne le ferai-t-on pas puisque autant de gens etc … D’abord, 1/ je doute de ce sondage en lui-même, peut-être pas tant du résultat que de la façon dont il a été formulé, amené et puis vous savez, l’opinion publique parfois fluctue aussi. Quand on fait un sondage après un cas d’actualité ou un fait divers très important et douloureux, forcément la réaction est importante. On a aussi beaucoup de personnes qui aujourd’hui ont peur d’être mal prises en compte, d’être ignorées par leurs familles. Je crois qu’il faut aussi travailler au-delà de l’euthanasie les questions de la fin de vie en général et qui amène à la dépendance, au rôle de la famille, au rôle de l’Etat mais aussi au rôle des établissements. Donc c’est un sujet qui est beaucoup plus large et qu’on aurait tort de traiter rapidement sur un coin de table. Donc, grande, très grande vigilance là aussi sur ce sujet.

Il y a également une Commission qui est chargée justement d’étudier le sujet et de faire une proposition qui sera certainement ensuite un projet de loi. Comment plus concrètement, plus politiquement parlant, la droite peut se positionner par rapport à un tel projet de loi et est-ce qu’il y a le risque que, quand le gouvernement propose un projet de loi, la Gauche vote comme un seul homme et fasse passer ces lois ?

C’est toute la difficulté. C’est pourquoi sur un sujet comme ça, je crois que c’est important d’avoir un vrai débat public. Regardez ce qui s’est passé avec les révisions des lois de bioéthiques. On a eu une mission parlementaire, j’en étais secrétaire, on a eu des états généraux, que beaucoup d’entre nous avons suivi, que le grand public a suivi, et les résultats du reste de ces états généraux n’ont pas toujours été ceux qui avaient été envisagés par certains. L’opinion est parfois plus sage qu’on ne pourrait le penser. Donc il ne faut pas désespérer de l’opinion publique, loin s’en faut. Je crois que là il faudra se saisir de toutes les possibilités d’intervention, d’interpellation de l’opinion publique. Ça passe par la presse. Ça passe par vous, les médias. Ça passe aussi par les relais de la société civile. Je crois qu’il faut vraiment que le débat puisse avoir lieu très largement encore une fois. Je me réjouis que le débat s’instaure de cette façon là. C’est le seul motif de satisfaction à ce jour. Je vais quand même le mettre un peu en avant. Que l’opinion publique s’en empare réellement et à ce moment peut-être on se rendra compte que la solution n’est pas celle que le gouvernement a plus ou moins en tête. Didier Sicard, le professeur Sicard, a été président du Conseil du comité consultatif d’éthique. On connaît un certain nombre de ses positions. On verra comment il mènera ses auditions. Les grandes familles politiques seront obligatoirement consultées, les grandes religions –elles aussi elles ont des choses à dire sur le sujet. On a des clivages sur de tels sujets qui sont des clivages beaucoup plus larges que le clivage droite-gauche traditionnel. Je n’ose pas penser que la majorité donnera des consignes de vote sur un tel sujet. On sait que sur un tel sujet il peut y avoir des passerelles entre la droite et la gauche parce que c’est l’intérêt général. Je ne suis pas naïf parce que je suis vraiment en alerte et effectivement on peut craindre comme le disait Laignel que nous ayons juridiquement tort parce que nous sommes politiquement minoritaires. C’est la règle de la majorité. Elle est dure parfois. Surtout sur des sujets comme ça. Et à la limite, ce que je souhaiterais c’est que ça puisse donner lieu non pas à un débat parlementaire mais à un référendum. Je crois que sur de tels sujets on gagnerait à avoir des référendums d’initiative populaire. La constitution a été modifiée dans ce sens. Il faut un million de signatures. Eh bien chiche ! Banco ! C’est peut-être un objectif à avoir.

Un autre sujet qui fait polémique en ce moment. On parle beaucoup du mariage et de l’adoption pour tous. Une loi est prévue à l’agenda pour l’automne. Face à l’hégémonie de la gauche, est-ce qu’il y a encore une place dans le débat public pour une vraie réflexion sur le fondement de la famille ?

Je crois qu’il y a une vraie réflexion possible. Maintenant, ne tombez pas vous-même dans le travers de la reprise du vocabulaire des autres. Ça c’est la première erreur. Mariage pour tous il faut dire clairement ce que c’est : c’est le mariage homosexuel – ce n’est pas honteux que d’être homosexuel. La sémantique a aussi son importance. L’adoption pour tous là aussi ça a son importance : c’est l’adoption pour les couples homosexuels et si je le dis ce n’est pas pour être byzantin ou couper les cheveux en quatre c’est simplement parce qu’en disant mariage pour tous ou adoption pour tous, on semble dire qu’il y a un droit au mariage et un droit à l’adoption or je ne le pense pas. Le mariage ce n’est pas simplement, comme parfois on le pense, la reconnaissance de l’amour de deux êtres l’un pour l’autre. Ce n’est pas ça le mariage, c’est aussi ça et mon propos peut paraître très froid mais là je raisonne en juriste, en membre de la Commission des lois. Le mariage c’est une institution aussi et une institution qui a pour vocation à assurer d’une certaine façon la stabilité, la continuité de la société. Donc cette institution elle dépasse largement l’amour d’un homme ou d’une femme ou de deux hommes et de deux femmes. C’est bien pour cela qu’il faut réserver le mariage en tant que tel, le mariage républicain, le mariage civil à un homme et une femme. Et puis c’est tout le déroulé juridique qui s’emballe. A partir du moment où vous reconnaissez le mariage, vous êtes forcé, contraint de reconnaître l’adoption. Sinon vous instaurez deux catégories de mariage : ça voudrait donc dire qu’il y aurait le mariage homosexuel qui permet l’adoption et le mariage hétérosexuel qui, lui, ne le permettrait pas. Donc, au nom d’une lutte contre la discrimination, contre la ségrégation d’une certaine façon, on introduirait une autre discrimination. C’est là où la logique s’emballe. Donc l’adoption devient consubstantielle à l’idée même de mariage mais si on veut aller au-delà, l’adoption ne suffit pas, la PMA (procréation médicalement assistée) va aussi avoir un peu de plomb dans l’aile. Aujourd’hui l’adoption, oui, elle serait directement concernée et la procréation médicalement. Là, si on est dans une demande sociale d’enfant, on n’est plus dans du médical donc c’est une évolution de la PMA ou de l’ex-PMA mais si on veut avoir à nouveau une identité ou en tout cas une équivalence entre les hommes homosexuels et les femmes homosexuelles, la logique au bout du bout c’est d’avoir aussi les mères porteuses, la gestation pour autrui. Là aussi, on entrouvre une porte qui me paraît extrêmement dangereuse et qui pour tout dire au final, non seulement met à mal un repère dans la société et une institution qu’est le mariage qui n’est pas seulement la reconnaissance de l’amour de deux personnes, mais on remet à plat les repères anthropologiques évidemment de la société et on remet à plat toute la filiation. Et on a déjà d’autres demandes qui apparaissent. Voyez que c’est infernal. D’autres demandes qui souhaitent non seulement la reconnaissance des parents biologiques, mais des parents du cœur, et parce qu’en cas de familles recomposées effectivement on a aussi un affect qui est bien là et que je ne conteste pas d’ailleurs. Vous savez, la société elle a beaucoup évolué depuis des décennies, elle a toujours évolué, parfois la société mythique du XIXème était aussi un peu hypocrite par moment donc je ne suis pas un amoureux à tout point d’une vision passéiste de la société. Et vous voyez bien encore une fois que si on touche un des éléments, c’est l’ensemble qui est impacté et là je crois qu’on fait une grave erreur pour la stabilité de la société et pour la reconnaissance aussi d’un statut pour les enfants. On glisse réellement du droit de l’enfant au droit à l’enfant et on est en contradiction complète, dernier point, et on peut encore développer largement sans doute, avec les conventions internationales que la France a ratifié et qui normalement doivent assurer aux enfants des pères, des mères et donc pas deux pères ou deux mères. Maintenant, tout dernier point, il est bien évident que là aussi si le débat est purement parlementaire, si l’opinion publique ne s’en empare pas, on risque de se retrouver coincé par la formule Laignel que j’évoquais tout à l’heure pour l’euthanasie : « nous aurons juridiquement tort parce que nous sommes politiquement minoritaires ». Donc là aussi je crois que sur un tel sujet – on en a deux comme ça-, les sujets de société, c’est l’objet possible d’un référendum d’initiative populaire et ça me semblerait très sain que l’opinion publique s’empare de ce projet et là aussi on peut être surpris dans le bon sens. Si les gens se déclarent aujourd’hui plutôt favorables au mariage homosexuel, finalement, peu de personne ont réellement, quand on en discute autour de soi, envisagé toute la pelote qui se déroule : et l’adoption, et la « PMA », et les mères porteuses même si aujourd’hui ce n’est pas une demande majoritaire j’en ai bien conscience. A partir du moment où on a le pied dans la porte, on sait très bien que d’autres demandes se font bien sûr. Donc j’en reste à une vision assez juridique.

Sur un tel sujet, où pour le coup, le gouvernement n’a pas lancé de débat public, on se sent un peu parfois prisonniers de la « bien pensance », de la « pensée unique », c'est-à-dire que le mariage homosexuel finalement, on peut difficilement en débattre sur la place publique. Parce que tout a déjà été dit et il faut être pour …

Tout a semble-t-il déjà été dit. Et puis effectivement au-delà du « politiquement correct », c’est un marqueur : la gauche au pouvoir, c’est forcément plus de liberté, la fin des discriminations donc comme dans l’économie on patauge un peu dans la semoule, au moins on retiendra du premier mois du quinquennat de Hollande que ça a été un grand boom pour la liberté et notamment la liberté des homosexuels. Donc on voit bien effectivement qu’il y a un côté politiquement correct et puis, qui met à l’aise d’ailleurs une partie de l’opinion publique qui n’a pas envie non plus humainement –et c’est tout à fait respectable- de prendre à revers les homosexuels parce qu’on en a dans sa famille, parce qu’on en a dans son entourage et qu’on aime les individus en question et qu’on n’a pas envie de leur faire de peine. On est dans l’affect, on est d’abord dans l’affect –peut-être pas uniquement - et quand on est dans l’affect, on a toujours tendance à avoir du mal à se détacher pour arriver aux raisonnements plus juridiques. C’est le problème des lois de circonstance d’ailleurs que l’on voit ici ou là de temps en temps. Donc là le temps est beaucoup plus contraint. Et je sais très bien aussi qu’une partie de l’opposition qui est à droite aujourd’hui, a commencé à être un peu molle du genou sur le sujet. On a des sénatrices de Paris, Chantal Jouanno pour ne pas la citer, on a des députés qui se sont prononcés, qu’on qualifie volontiers, voyez ce n’est pas neutre, de Gay friendly (amis des gays). Ça vaut ce que ça vaut. Moi je ne suis pas un ennemi des homosexuels mais je crois encore une fois qu’on peut très bien, tout en étant respectueux des individus, respectueux des situations qui sont des situations privées et je ne porte pas de jugement sur la sexualité que vivent les uns ou des autres, c’est une affaire privée, sans pour autant souhaiter que la sphère publique matérialise ou reconnaisse cet état de fait. C’est très différent.

Concernant l’UMP, au-delà de la guerre des chefs actuelle, Jean-François Copé a lancé une réflexion sur les valeurs de la droite. Quelles valeurs selon vous peuvent unifier la droite et la guider dans sa future politique d’opposition et qu’apporte la création de courants comme la France forte de  Guillaume Peltier et Geoffroy Didier ou encore la France droite pour NKM ?

Ça va être un peu compliqué nos histoires de courants. C’est vrai que l’ennui nait de l’uniformité dit-on. Et puis on peut sortir l’unité dans la diversité. Bref, au-delà du clin d’œil, qui est pourtant réel, la difficulté va être de faire vivre ensemble tous ces courants. C’est sans doute une vraie richesse démocratique et réellement parce qu’il y a des projets différents, qu’il y a des personnalités, des talents différents qui s’expriment. Et ça c’est très bien. Maintenant, j’espère qu’à un moment, on fera un peu comme au PS –voyez que parfois il y a des choses à prendre à gauche. C’est la notion de synthèse. A un moment ou à un autre, il faudra peut-être bien qu’on se rapproche. J’apprécie d’être à l’UMP, je vous le dis franchement. Je me sens bien dans cette maison qui est diverse, qui a forcément des sensibilités différentes mais qui fait un peu le pendant à ce parti de gauche qu’est le Parti Socialiste autour duquel s’agencent les formes de gouvernement. Même chose à droite donc : qu’on ait des diversités, qu’on ait des chapelles dans la cathédrale, ça n’a rien de gênant à condition de ne pas en faire des luttes de personnes. Et aujourd’hui on voit bien que c’est la vraie difficulté, comme vous le dîtes, entre Nathalie Kosciusko-Morizet, Jean-François Copé, François Fillon, Xavier Bertrand. Alors après, si on prend  Guillaume Pelletier et tant d’autres, Hervé Mariton … On va avoir les humanistes, la droite sociale, la droite populaire. Honnêtement, déjà pour nous en interne, ça devient un peu complexe. Je sens un certain nombre de collègues un peu mal à l’aise avec les sollicitations qu’ils peuvent avoir. Mais alors je crois que je peux vous dire que c’est totalement inaudible pour l’opinion publique qui ne s’y reconnaît pas du tout. Qu’es Aquo ? C’est qui ? C’est quoi ? Un peu compliqué. Maintenant, quand on a fait ça, on a fait que dresser le constat. Je crois que les valeurs de la droite, si vous voulez la droite républicaine, sont des valeurs j’allais dire un peu intemporelles dans lesquelles on doit se retrouver. C’est effectivement la notion d‘effort. La notion de famille. Même si la famille aujourd’hui encore une fois est diverse et qu’il ne s’agit pas d’avoir un calque du XIXème ou de la fin du XXème. La notion d’effort est importante, de mérite et de solidarité. Je crois qu’on peut faire passer le message que la droite aussi peut être une droite éprise de justice sociale, de justice fiscale. Et c’est pour ça d’ailleurs aujourd’hui que je suis très en colère contre le détricotage d’un certain nombre de lois. Notamment de celle de juillet 2007 parce que quand on prive de la défiscalisation des heures supplémentaires des revenus modestes, quand on va augmenter le forfait social sur la participation à l’intéressement de 8 à 20 % et bien, ce sont honnêtement les classes moyennes voire les « classes moyennes moins » que l’on va pénaliser et ça je trouve que c’est tout à fait scandaleux, malhonnête ; c’est une erreur politique qui plus est surtout dans le contexte actuel où les gens, les familles, les ménages sont fragilisés. La droite a toujours besoin de marteler ce discours. C’est ce que disait Giscard il y a quelques longues années et qui est resté dans les annales : « Vous n’avez pas le monopole du cœur ». Je crois que la gauche n’a pas le monopole du cœur. On ne le dit pas suffisamment. Je regrette qu’on n’ait pas assez évoqué sans vouloir trop nous emmener loin, ce qui avait été fait par la droite pendant cinq ans sur le plan social. On nous a martelé à longueur de journée de campagne la droite des riches, les mesures pour les riches, mais la revalorisation du minimum vieillesse de 25% c’était nous, la revalorisation de l’allocation adulte handicapé de 25% -ce qui n’était jamais arrivé- c’était nous aussi, le dixième mois de bourse pour les étudiants qui en ont le plus besoin, c’était nous aussi, la création du RSA. Même si après, on doit pouvoir aujourd’hui ajuster le RSA par rapport au bilan qu’ils viennent d’en sortir, ça c’est autre chose, c’est la mise en musique, mais voilà, je prends quatre exemples où on était pas du tout dans une politique des riches. Il faut le dire : solidarité oui, assistanat non. Voilà quelques thèmes sur lesquels on peut se retrouver et puis, soyons fiers aussi de nos racines. La France a des racines judéo-chrétiennes, il faut aussi le rappeler. Les allemands l’avaient proposé dans le cadre des droits fondamentaux européens et la France avait refusé, c’est bien dommage. On peut être une République laïque bien sûr mais avoir aussi conscience de son héritage et de la responsabilité qui en découle et ne pas se laisser aspirer par une espèce de relativisme ambiant où tout est bon, tout se vaut. Enfin, on n’est pas au pays des bisounours. On peut être européen, je le suis, fervent européen, et en même temps fier de sa patrie, et avoir comme je l’ai dans ma petite commune dont je suis maire, au pied du monument aux morts et en permanence trois drapeaux : le drapeau européen, le drapeau français et bien sûr le drapeau normand dont je suis très fier. Voilà donc cette identité ; elle est complexe forcément mais elle est là et on peut se retrouver aussi derrière ces thèmes. Alors c’est toujours plus facile derrière un bureau et derrière une caméra, plus compliqué à mettre en musique. Mais voilà des thèmes qui peuvent nous fédérer dans une droite républicaine fière de ses valeurs à la fois humaniste et aussi populaire sans doute.

Propos recueillis par Antoine Besson