Cet été, www.libertepolitique.com rencontre les députés de l’opposition et tente de comprendre avec eux la nouvelle donne politique, les leviers de pression et les moyens d’action à sa dispositon. Cette semaine, entretien avec Arlette Grosskost, député du Haut-Rhin, membre de la Commission des Finances de l’Assemblée nationale.
Transcription de l'interview Vidéo :
Quel regard portez-vous sur le quinquennat qui s’annonce et les projets du gouvernement Ayrault ?
Pour le moins, c’est un nouveau regard. C’est le moins qu’on puisse dire. Ou un regard très inquiétant de toute façon puisque j’estime qu’à l’heure actuelle – notamment en cette période de crise très profonde que nous connaissons non seulement en France mais dans toute l’Europe, voire dans tout le monde – le gouvernement socialiste ne nous apporte pas la réponse adéquate. En tout cas, c’est ce que je pense profondément. Bien au contraire.
Pour ma part, comme peut-être pour la plupart de mes collègues, justement, ils retombent dans ce malthusianisme que nous avons connu en 1981 et qui a durement frappé notre économie puisque nous en tirons encore les conséquences aujourd’hui. Pour eux, c’est toujours le même principe, à savoir le partage du temps du travail plutôt que de créer de la richesse avant que de la redistribuer. C’est bien ça le problème.
Malheureusement, les premiers textes qui sortent ne font que confirmer cette vision qui est pour le moins beaucoup plus idéologique qu’économique.
Justement, en matière d’économie, vous êtes membre de la Commission des finances. Comment est-ce que vous analysez la politique fiscale de l’État et notamment les projets de lois qui ont été annoncés ?
Justement, c’est la réponse à ce que je viens de vous dire. A savoir que les lois qu’ils proposent, le PLFR (projet de loi de finances rectificatives) qu’ils proposent, est en totale contradiction par rapport à ce qui avait été fait précédemment et qui avait pour but de favoriser la croissance, de créer de la richesse. Nous sommes de nouveau dans le système inverse. On a l’impression qu’il va mettre fin à la compétitivité de la France, quand bien même il décide de nommer un commissaire général à cette compétitivité. Mais tous les textes qui sont votés ou qu’on va voter dans le collectif budgétaire vont dans le sens inverse, et encore, je ne parle que du collectif budgétaire, nous ne sommes pas encore à la loi de finances de 2013.
Par exemple, la fiscalisation des heures supplémentaires est en totale contradiction avec la possibilité de laisser ou de créer du pouvoir d’achat aux classes intermédiaires voire aux classes ouvrières, populaires. Ça va dans le sens inverse, comme la suppression de la TVA « sociale » à 1,6%. Cette fameuse TVA sociale, qui était une très bonne chose, on va la remplacer par la CSG, vous voyez bien que, là, on est en totale contradiction avec une logique de recréer la France en tant que pays compétitif.
Nous avons énormément de retard à rattraper. C’est vrai que notre dette est très importante, je ne le cache pas, mais n’oublions pas que cette dette tient compte aussi des plans de relance par exemple, qui ont été une très bonne chose pour redonner de la compétitivité à un pays ou encore le grand emprunt qui ne verra ses conséquences que dans les mois et les années à venir. Si tant est qu’on ne détricote pas tout ce que nous avons fait …
Vous avez parlé de « compétitivité ». Clairement, aujourd’hui, il y a une direction qui est donnée par le gouvernement pour aller à l’encontre de ce qui a été fait durant le quinquennat précédent. Aujourd’hui, qu’est ce qu’il faudrait faire pour relancer cette compétitivité de la France ?
Je suis un député d’une région frontalière, frontalière avec la Suisse et avec l’Allemagne. Or il faut évidemment en matière d’économie faire du benchmarking – c’est le moins qu’on puisse dire. Et l’Allemagne s’en est très bien sortie, sous un gouvernement socialiste il y a 10 ans déjà, lorsqu’elle a abordé les fameuses lois Hartz, c'est-à-dire des lois de rigueur, appelons cela comme ça, ou d’efforts, à tout le moins, qui portent leurs fruits aujourd’hui. Or tout ce que nous considérons aujourd’hui, ce que nous avons commencé un tout petit peu avec cette TVA sociale d’1.6% est à mes yeux est une disposition qui a été trop tardive. Je faisais partie du groupe qui entendait la mettre en place en 2007 puisque je faisais partie du groupe d’étude avec Jérôme Chartier à l’époque et nous avions considéré que les allemands avaient utilisé le bon levier, à savoir cette TVA sociale pour déplacer les charges sociales sur des bases plus larges et pour donner plus de compétitivité aux entreprises. Nous l’avons fait tardivement. On est en train de l’annuler. C’est une très mauvaise chose. Par ailleurs, l’Allemagne, toujours et encore, a toujours favorisé l’investissement plutôt que la consommation, la relance de la compétitivité par l’investissement plutôt que par la consommation. On refuse de regarder en France, et plus particulièrement encore les socialistes avec cette mesure de suppression de la TVA sociale et la suppression de la non fiscalisation des heures supplémentaires, qui revient, dans cette logique, à favoriser la croissance par de la consommation, ce qui n’est pas le bon levier aujourd’hui. Il faut faire l’inverse. Il faut donner la capacité aux entreprises d’investir davantage. Il faut recommencer la boucle d’un autre côté. Commencer par l’investissement des entreprises pour créer après des biens de consommation et créer le besoin par la suite pour préparer l’avenir. C’est comme ça qu’on prépare l’avenir, c’est comme ça qu’ont fait les Allemands. C’est le seul pays, il me semble, en Europe, qui aujourd’hui est un peu à la pointe, non pas qu’ils n’aient pas de difficultés par ailleurs, mais ils sont néanmoins à la pointe et ils ne sont pas en récession. Tous les autres pays européens, pour la plupart, sont en récession.
C’est ce qui différencie, en tout cas économiquement parlant, la gauche de la droite : la gauche a tendance à davantage augmenter la fiscalité et les prélèvements, la droite a davantage tendance, quand il faut faire des économies, à réduire les dépenses et à favoriser l’investissement …
Réduire les dépenses, d’une part, et favoriser l’investissement par une baisse d’impôt aussi, ou du moins, par une fiscalisation extrême. Réduire les dépenses, ça c’est évident, dépenses publiques, puisque nous avons des prélèvements obligatoires énormes du fait de nos dépenses publiques. Il est évident que c’est la première jambe sur laquelle il faut absolument travailler. Ce qui n’est pas tout à fait le cas à l’heure actuelle puisqu’on crée des postes supplémentaires, notamment dans les pôles régaliens, appelons ça comme ça. Pour autant ce n’est pas la bonne voie. Il faut réduire les dépenses publiques, augmenter aussi les recettes par le biais de l’impôt - nous l’avons fait, nous avons aussi augmenté de deux points la CSG récemment-. Pour autant, il ne s’agit pas de fiscaliser à outrance les créateurs de richesse : comment voulez-vous que des entreprises aient encore la capacité ou la volonté d’investir en France quand elles savent que non seulement elles mêmes seront taxées un maximum mais que, par ailleurs, il n’y a pas assez de souplesse, notamment dans le cadre du droit du travail, qui fait que s’ils investissent en France, créent des emplois, ça leur coutera plus cher après de réduire la voilure ? Donc, en clair, ils ne viendront pas. Ne nous faisons pas d’illusions. Nous mettons un frein, comme en 1981, à l’investissement quel qu’il soit. Or nous avons besoin des investisseurs, nous avons besoin de l’investissement pour ni plus ni moins créer de l’emploi. C’est comme ça que ça marche. Et ce n’est pas en inversant la boucle.
Sur ce point où il y a une telle opposition entre politique de gauche et politique de droite, comment la droite, comment l’opposition, peut influer et comment est-ce qu’elle peut faire entendre sa voix ?
Déjà, en défendant notre discours et notre vision des choses et des problèmes. Il s’agit d’être pédagogue, c’est un fait, mais surtout répétitif de telle sorte que les gens, non seulement ici, à l’intérieur de l’assemblée, c'est-à-dire le législateur, comprenne, mais que le public prenne conscience que finalement la méthode qui est proposée n’est pas la bonne. Et qu’il puisse réagir aussi dans ce sens. J’en veux pour preuve le texte sur le PLFR cette fois-ci, la fiscalisation des heures supplémentaires. Naturellement, nous allons tous au créneau en disant que c’est une hérésie pour ceux qui veulent défendre le pouvoir d’achat et la consommation. Une hérésie évidente. De surcroît, ils voulaient le rendre obligatoire : fiscaliser les heures supplémentaires à partir du 1er janvier de façon rétroactive. Vous avez bien vu que, peut-être, je pense que c’est le fait que nous insistions, en faisant la démonstration que c’était ridicule, mais inique de surcroit, avec une rétroactivité qu’ils sont déjà en train de changer leur vision des choses. Donc j’ose espérer que dans les prochains mois, nous fonctionnerons comme ça.
A propos d’opposition, l’UMP est un peu embarquée dans une guerre des chefs actuellement. On attend de voir ce qui va se passer après le congrès annuel. Mais, dans l’avenir, comment est-ce que vous voyiez les moyens et les leviers d’action, par rapport à un pouvoir qui est aujourd’hui pratiquement entièrement à gauche – peut-être excepté le Conseil constitutionnel ?
C’est la question piège de guerre des chefs. Je ne dis pas qu’il y ait des égos des uns et des autres qui « font que ». Pour autant, pour ma part, j’estime que l’UMP va se construire encore davantage avec un socle fort. Nous sommes dans l’opposition. C’est le moment ou jamais de nous structurer, de préparer l’avenir. Puisque je suis persuadée que, d’ici quelques mois, les citoyens qui n’ont pas voté en masse pour le Parti socialiste, c’est le moins qu’on puisse dire - certes il y a une majorité mais une faible majorité -, vont se rendre compte que ce n’est peut-être pas la solution. Alors, il y a des échéances intermédiaires, vous avez des échéances territoriales, municipales, régionales, cantonales. Il faut déjà à ce moment là montrer que nous avons un autre discours et peut être conquérir ou reconquérir les territoires qui nous ont échappé. Pour ma part, ce serait peut-être la première chose à faire. Et par la suite préparer les échéances futures, présidentielle et législatives. Nous sommes en pleine construction, reconstruction. Nous avons des gens très intéressants, qu’il s‘agisse de M. Fillon, ou qu’il s‘agisse de M. Copé, voire d’autres personnes puisque nous avons des gens très compétents à l’UMP et au centre proprement dit. Il s’agit de construire ensemble pour arriver à avoir un pays sur les rails, le remettre sur les rails dans 5 ans, voire avant si c’est possible.
Sur quelles valeurs de rassemblement peut se reconstruire ou se construire l’UMP ?
Sur les valeurs qui nous ont toujours construits. Nous sommes quand même des humanistes, ne l’oublions pas, surtout la gaulliste sociale que je suis. Nous sommes profondément humanistes, c'est-à-dire : il n’y a de valeur que d’Homme. Et de femmes naturellement, mais Homme au sens propre du terme, au sens large du terme. Penser à cette génération dont vous faites partie, aux jeunes, avoir une perspective intéressante pour que notre modèle social puisse continuer- il va falloir l’aménager, c’est évident -, mais avec une vision d’un modèle social positif pour la génération qui nous suit, pour nos enfants, nos petits enfants avec un pays qui a beaucoup d’atouts néanmoins et qui puisse retrouver les voies de la croissance et les voies de la richesse que l’on va partager une fois celle-ci créée.
Il y a certaines Lois de société qui font pas mal de bruit. On parle du mariage homosexuel, de l’adoption pour tous, de la légalisation de l’euthanasie et de la libéralisation de la recherche sur les cellules souches embryonnaires : les gens qui sont interpellés par ces projets de loi, est-ce qu’ils peuvent compter sur une opposition qui fera front sur ces sujets ?
Naturellement. C’est mon cas. C’est totalement mon cas. Ce sont des valeurs qui sont la base de notre réflexion. Nous avons toujours défendu notre vision des choses. Quand bien même la société évolue, je le dis bien, il faut tenir compte d’une évolution de société. Pour autant, nous avons des bases et des valeurs fondamentales, appelons ça comme ça, pour lesquelles nous continuerons à nous battre. Il va sans dire qu’il est normal que des gens qui ont envie de vivre ensemble du même sexe puissent le faire avec toutes les possibilités juridiques pour ce faire mais ne mélangeons pas les genres ; ça ne s’appelle pas un mariage, ça s’appelle un contrat, un contrat très élargi qui permet d’avoir les mêmes droits mais ce n’est pas un mariage, ce n’est pas une adoption par des gens du même sexe. Comme le rapport Leonetti était parfait concernant l’euthanasie ou concernant la recherche sur les cellules souches. Continuons dans cette voie. Nous avons toujours défendu ces idées. Il va sans dire que nous continuerons à le faire. Et je ne pense pas que la France ait tellement changé en quelques mois pour dire qu’il faut tout abandonner pour regarder ou voir autrement. Non.
Vous pensez que votre avis à l’opposition fait l’unanimité, si ce n’est pas l’unanimité en tout cas qu’il est partagé par le plus grand nombre ?
Il est partagé par les gens qui nous ont élus. Nous sommes malgré tout élus. L’Alsace est un peu une région particulière puisque nous avons encore été fortement élus les uns et les autres, parce que nous défendons ces valeurs, parce que ça correspond à ce que nous entendons sur le terrain. Sinon, ma foi, nous ne serons plus là. Donc, certes, nous sommes dans l’opposition. Mais nos idées que nous défendons correspondent à un électorat Je ne dis pas ça au sens électoraliste du terme, je dis ça parce que le socle essentiel des alsaciens par exemple, de la réflexion des alsaciens, vont dans mon sens et c’est bien pour ça que je les défends.
Propos recueillis par Antoine Besson










Croire que la relance de la consommation relancera l'économie est un leurre, la plupart des produits de consommation étant maintenant importés de l'étranger...