Mardi 19 juin, Le Point publiait un article intitulé Israël ne veut plus d'Africains. L’histoire n’est pas récente. Depuis un certain temps déjà, les juifs d’Afrique, en particulier les Falachas d’Ethiopie, ne sont pas les bienvenus en Terre Promise. Avec les problèmes politiques au Soudan et en Erythrée, Israël a vu un afflux massif de migrants africains arriver. La population israélienne semble en être très préoccupée, surtout depuis la montée de l’insécurité dans le pays qui leur est imputée. Le 23 mai, une manifestation regroupant près d'un millier d'Israéliens contre les immigrés dégénérait en violences racistes.

Pour satisfaire la population, le gouvernement israélien s'est donc lancé dans une campagne d'expulsion des réfugiés africains. Le ministre de l'Intérieur, Elie Yishaï, chef du parti religieux Shass, n'hésite pas à affirmer qu'il faut les "renvoyer chez eux, car ils viennent prendre le travail des Israéliens" et qu'"il faut protéger le caractère juif de l'État d'Israël" : « Le ministère israélien de l'Intérieur parle de 62 000 "infiltrés" » rapporte Le Point.

Convention de Genève : que fait Israël de sa signature ?

Israël a signé la Convention de Genève sur le statut des réfugiés en 1951. Etant signataire, Israël ne peut pas se permettre de renvoyer dans leur pays des personnes menacées chez elles. Sigal Rozen, porte-parole de l'organisation Hotline for Migrant workers, a noté que « les autorités israéliennes n'ont accordé le statut de réfugiés qu'à 157 demandeurs d'asile arrivés via l'Egypte » depuis la signature de la convention. « A partir de 2007, elles ont cessé d'attribuer des permis de travail, pour lutter contre l'afflux massif de ceux que l'on présente comme des infiltrés.» Tous ces immigrés « ne sont pas des clandestins, mais des demandeurs d'asile » précise Yael Aberdam, coordinatrice du projet d'aide aux demandes d'asile de l'ONG Africa Refugee Development Center (ARDC) à Tel-Aviv. Pour Slateafrique.com, « la précarité de ces personnes qui ont traversé le Sinaï pour échapper aux persécutions, à la conscription militaire ou aux tortures des prisons égyptiennes, n'est pas nouvelle ». En cas d'arrestation sur le territoire, les réfugiés sont envoyés dix jours en prison. À l'issue de cette période, ils sont reconnus par l'État israélien comme "demandeurs d'asile". Ils reçoivent alors une licence de libération sous condition. Mais, contrairement à la France qui dispose de l'Ofpra pour répondre à leur demande, il n'existe en Israël aucun organisme pour traiter leur dossier. « Israël n'a développé aucune politique sur la question des réfugiés » explique Yael Aberdam. « Israël se retrouve aujourd'hui totalement dépassé par l'afflux massif de migrants africains » explique Le Point. Au lieu de prendre les mesures nécessaires pour pallier au manque de structures d’accueil pour ces migrants qui s’accumulent dans des taudis, Israël préfère les expulser.

Israël : un Etat raciste ?

Fondamentalement, la population israélienne souhaite conserver son caractère « juif » et « blanc ». Lors de la manifestation du 23 mai, le député Miri Regec a assimilé les clandestins à « un cancer qui prolifère ». Pour le ministre israélien de l’intérieur, « il faut défendre les intérêts de l'État d'Israël. La prochaine étape est le départ d'Israël de tous les clandestins d'Érythrée et du Soudan. (...) Leur permettre de rester signifierait la fin du rêve sioniste » ajoute-il. « Il prévoit de transférer la dizaine de milliers d'immigrés restants vers un énorme centre de rétention en cours de construction et des camps de toile, dans le désert du Néguev (sud du pays) » nous renseigne Le Point. Le 4 juin, des inconnus tentent de mettre le feu à un immeuble de Jérusalem où vivent dix-huit immigrants africains. Sur le mur de l'immeuble est inscrit en hébreu : "Dégagez du quartier !" Cela ne rappelle-t-il pas l’ostracisme dont les juifs faisaient l’objet sous l’occupation ? «  S'il condamne les violences, le Premier ministre, Benyamin Netanyahou, assure toutefois que la clôture de 250 kilomètres qu'Israël construit depuis 2010 le long de sa frontière avec l'Égypte, dans le désert du Sinaï, sera achevée dans les meilleurs délais ». Par ailleurs et il faut le savoir, en-dehors de ces immigrés africains, il y a 200 000 immigrés illégaux blancs présents dans le pays mais Israël ne les mentionne jamais.

Expulsion et aide au retour

Le Ministre de l’Intérieur a décidé d'appliquer une loi, votée en début d'année par la Knesset (parlement), faisant passer de dix jours à trois ans la période d'emprisonnement des immigrés. « Il charge maintenant la police de l'immigration de mener une véritable traque dans les quartiers pauvres de Tel-Aviv et dans la station balnéaire d'Eilat (mer Rouge), où les quelque 15 000 immigrés africains constituent un quart de la population locale » poursuit Le Point. En trois jours, 240 africains sont interpellés. Parallèlement, il lance des mesures incitatives pour tous les volontaires qui seraient disposés à quitter le pays, Israël se disant prêt à financer leur billet d'avion et à octroyer à chaque adulte une somme de 1 000 euros - et de 270 euros pour les enfants. Trois cents réfugiés se sont déjà livrés à la police. Après avoir rejeté le recours de plusieurs organisations de défense des droits de l'homme, un tribunal israélien autorise l'expulsion de quelque 1 500 personnes originaires du Soudan du Sud, pays avec lequel l'État israélien entretient des liens privilégiés. La mesure est ensuite étendue au cas de 2 000 ressortissants ivoiriens. "Nous avons été frappés par la rapidité de l'expulsion : deux jours", déplore Yael Aberdam de l'ARDC. "Ils n'ont même pas laissé les enfants finir leur école."

Ce qui est surprenant est que ces expulsions n’indignent pas ou peu la population et que celle-ci reste silencieuse. Pour autant, soixante-dix intellectuels et artistes israéliens ont signé une pétition dénonçant cette campagne de "dénigrement" menée par le gouvernement contre les immigrés. Ce sont bien les seuls à avoir fait honneur à la Journée Mondiale des Réfugiés qui était fêté ce mercredi 20 juin. Dans le monde, plus de 40 millions de personnes fuient chaque année leurs maisons en raison de la guerre et de la famine principalement. De ce fait, l’attitude d’Israël vis-à-vis des migrants d’Afrique ne peut que révolter par son inhumanité.

Astrid Coeurderoy