Dans le livre qu'il vient de publier avec Serge Supersac, policier à la retraite, et intitulé Pour en finir avec les dealers (Grasset), Stéphane Gatignon, jeune maire de Sevran en Seine-Saint-Denis, remet sur la table une solution qu'il juge la plus pragmatique pour lutter contre les trafics de drogue : légaliser le cannabis, et en assurer la production et la distribution par le biais des pouvoirs publics.

Pour cet  ex-communiste qui a rejoint Europe Ecologie en 2010 , et qui répondait début avril aux questions du Parisien, la répression et la prohibition ont clairement montré leurs limites, et témoignent d'un échec complet, avec une  guerre des trafics  qui est  déjà perdue .  La France, déclare-t-il, est le pays d'Europe où les lois sont les plus répressives et où l'on fume le plus de cannabis , à un niveau qui est celui d'une  consommation de masse .

En rester à la situation actuelle, avec une police qui  fait son travail , mais qui  vide la mer avec une petite cuillère , c'est favoriser selon lui  l'émergence d'organisations mafieuses , qui verront  la banlieue et ma ville en particulier passer bientôt sous la coupe du crime organisé , affirme-t-il sans ambages.  On n'est plus dans l'image du petit dealer de quartier. Avec la crise, tout ce qui est argent facile triomphe. Les réseaux se structurent, avec des comptables, des avocats, des businessmen, en sorte qui investissent tous les pans de la société... 

La solution réside selon lui dans  la dépénalisation de l'usage du cannabis, sa légalisation et la mise en place d'une structure économique pour la vente , sur le modèle d'Altadis (ancienne Seita), sans crainte de voir la consommation exploser, car, assure-t-il  aucun effet mécanique n'est prouvé entre la dépénalisation et l'explosion de la consommation des drogues . Afin de n'avoir pas à importer, ce qui continuerait à alimenter  les narcotrafics internationaux , Stéphane Gatignon prône l'installation de  la cannabiculture en France , avec des  champs de pavot ou d'herbe en Ile-de-France . Dernière mesure évoquée :  proposer du travail aux 100 000 dealers de rue  qui se retrouveront soudain désœuvrés.

Selon l'analyse de l'élu local, le cannabis mérite finalement d'être traité comme les drogues douces que sont le tabac et l'alcool, c'est-à-dire avec une autorisation contrôlée, couplée à des campagnes de prévention.  C'est une question de santé publique , argumente-t-il :  15 à 20% des accidents dans le monde du travail sont en lien avec la consommation du cannabis. Les 650 M€ investis par l'Etat pour la lutte contre les trafics pourront servir à cette prévention , et ainsi  expliquer que, lorsqu'on fume, on n'étudie et ne travaille pas dans de bonnes conditions .

Il reste que ce programme a face à lui plusieurs obstacles. L'un réside dans les traités internationaux dont la France est signataire, et qui  interdisent la production  :  une discussion internationale s'impose , répond Stéphane Gatignon, qui cite la Colombie, le Brésil et le Mexique comme Etats défenseurs de  cette idée de la légalisation des drogues et de leur contrôle pour sortir de la guerre qu'ils vivent , sans quoi ils  risquent d'être contrôlés par les narcotrafiquants .

L'autre écueil pour son projet est celui de la pertinence de son analyse, remise en cause par des spécialistes de la question. Ainsi Jean-Paul Mégret, commissaire à la 1re DPJ à Paris et secrétaire national du Syndicat indépendant des commissaires de police, qui estime que la dépénalisation du cannabis  est un bon sujet pour écrire des livres , mais que les études qui  évoquent les dégâts du cannabis sur la santé  sont  alarmantes , tandis que les trafiquants, si une telle solution était adoptée,  n'abandonneront pas une telle manne financière , et  se reporteront sur d'autres produits . Et le commissaire de signaler que le mouvement est en cours :  Déjà des équipes se diversifient dans la cocaïne, car elle dégage plus de marge. 

 

 

[Source : Le Parisien]

 

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