Le Point

Ces derniers jours, les médias évoquent plus clairement le but de la déstabilisation actuelle du Proche et Moyen-Orient : le dossier nucléaire iranien. Pour Mireille Duteil, chroniqueuse au Point, « la question ne semble plus de savoir si, mais quand le bombardement des installations nucléaires iraniennes par Israël aura lieu. »

Benjamin Netanyahou, le premier ministre israélien, a en effet exprimé son souhait d’attaquer l’Iran, qui serait tout prêt d’obtenir la bombe atomique. Mais, « jusqu'à présent, le rabbin Ovadia Yossef (le chef spirituel du parti ultra-orthodoxe Shass) a ordonné aux ministres du Shass de s'opposer catégoriquement à une éventuelle attaque israélienne contre les installations nucléaires iraniennes sans une coordination préalable avec les États-Unis », rapporte Le Point. Pour qu’une telle agression soit possible, abattre le régime fort d’Assad en Syrie est un préalable. Les Etats-Unis et Israël doivent donc se coordonner sur ce dossier. Netanyahou doit également réitérer une demande de soutien auprès d’un rabbin influent pour attaquer l’Iran, ce qu’il est en train de faire. Implicitement, il veut préparer les esprits israéliens à cette prochaine guerre. D’après le journal Le Point, des masques à gaz auraient même commencé à être distribués.

L’Iran, qui voit la menace planer sérieusement sur son territoire depuis plus d’un an, se prépare à ce possible conflit. Elle sécurise ses sites sensibles et multiplie « les manœuvres militaires terrestres et navales. » « Début juillet, ils ont testé des missiles Shehab-3 d'une portée de 2 000 kilomètres, pouvant donc atteindre l'État hébreu », rapporte la chroniqueuse du Point. Le 27 juillet, l'ayatollah Ali Khamenei a déclaré à ses hauts responsables que "nous entrerons en guerre dans les prochaines semaines".

Bien entendu, on ne peut exclure non plus que ces « bruits de bottes » soient pour les deux pays des rodomontades, et des  stratégies électoralistes à usage interne. On peut sans doute le penser si l’on se rend compte d’une part de la difficulté extrême pour Israël, ne serait-ce que du point de vue logistique, d’attaquer un immense pays comme l’Iran, et aussi du risque pour les USA d’ouvrir un autre front de guerre, alors que les deux autres ne sont même pas refermés. Avant d’affirmer que ces pays vont se battre, il faut donc rester prudent.

Si du moins, avec les réserves exprimées ci-dessus, les USA décident de se lancer dans une telle aventure, la  question que l’on peut se poser est : quand les Etats-Unis donneraient-ils leur feu vert pour passer à l’action ? Obama aurait évoqué pour la première fois une intervention militaire en Syrie « si le régime sortait ses armes chimiques ». "Jusqu'à présent, je n'ai pas donné l'ordre d'intervenir militairement", a-t-il déclaré lundi soir dans un avertissement très ferme au régime syrien. Mais "si nous commencions à voir des quantités d'armes chimiques déplacées ou utilisées, cela changerait mon calcul et mon équation", a-t-il ajouté. On remarquera que ceci ressemble plus à une menace concernant l’utilisation de telles armes qu’à un « backing » donné à Israël pour une stratégie anti-iranienne, pour autant que celle-ci soit réelle. De toute façon, un tel scénario semble peu probable avant les élections de novembre. C’est la réponse que « Leon Panetta, le chef du Pentagone, et Hillary Clinton sont venus  répéter à Benyamin Netanyahou au début du mois d'août », rapporte Le Point. Mais les Etats-Unis ne pourraient-ils pas être entraînés plus tôt, malgré eux, dans une telle escalade militaire ?

Comme toujours en politique étrangère, où l’intoxication fait partie de l’action, il est extrêmement difficile de déceler le faux du vrai, et de connaître les intentions réelles de chacun, d’autant que l’un des buts essentiels est toujours de les dévoiler le plus tard possible. Ce que l’on peut dire cependant, c’est que la Syrie est bien, à son corps défendant, l’entame d’une partie beaucoup plus large   

Astrid Cœurderoy et François Martin

 

Sources :

Iran-Israël, chronique d'une catastrophe annoncée

Netanyahou veut le soutien d’un rabbin influent pour attaquer l’Iran