Vincent Peillon

Annoncée comme la « priorité du quinquénnat » l’éducation fait les gros titres en cette semaine de rentrée scolaire. Parmi les nouvelles mesures mises en place par Vincent Peillon, c’est le choix d’imposer l’enseignement d’une « morale laïque » à l’école qui interpelle le plus les médias.

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On aurait pu croire que l’éternelle question des 60 000 postes d’enseignants allait revenir sur le tapis en ce début septembre, mais la promesse phare de la campagne de François Hollande a été supplantée par une annonce de son ministre de l’Education nationale au JDD : dès la rentrée 2013, des cours de « morale laïque » seront institués dans les écoles.

Morale laïque

Qu’est-ce que la morale laïque ?

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« La morale laïque c’est comprendre ce qui est juste, distinguer le bien du mal, c’est aussi des devoirs autant que des droits, des vertus, et surtout des valeurs, répond le ministre au JDD. Je souhaite pour l’école française un enseignement qui inculquerait aux élèves des notions de morale universelle, fondée sur les idées d’humanité et de raison. La république porte une exigence de raison et de justice. La capacité de raisonner, de critiquer, de douter, tout cela doit s’apprendre à l’école. Le redressement de la France doit être un redressement matériel mais aussi intellectuel et moral. »

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 Louable intention que de vouloir redonner le sens du bien et du mal, des droits et des devoirs à notre société sans repère . L’intitulé de cet enseignement qui associe deux « gros mots » modernes (morale et laïcité) monopolise cependant les manchettes et est source de nombreuses interrogations.

Constat sociétal

Cette proposition du ministre de l’Education nationale interroge, en effet, sur l’état de notre société.

Pour le philosophe Alain Finkielkrautla morale laïque n’est autre que la morale ordinaire d’Orwell. « Il faut vraiment que notre société soit dans un état pitoyable pour que nous estimions nécessaire d’enseigner à nos enfants les rudiments de la vie sociale et morale à l’école » déclare-t-il sur Europe 1. La morale laïque ne semble pourtant pas être la solution pour le penseur qui estime que « Vincent Peillon prend garde à ne pas paraître réactionnaire » et se décrédibilise. Pour Alain Finkielkraut, le premier pas consisterait à tenir un « discours de vérité sur l’état désastreux de l’école garderie actuelle ».

Une seule morale ?

Morale laïque. L’expression n’est pas nouvelle. Elle est empruntée à Émile Durkheim qui l’emploie dans son cours sur « l’éducation morale ». Certains estiment cependant que l’ajout de l’adjectif est malvenu. C’est le cas de Liliane Maury, auteur de L’Enseignement de la morale[1] qui déclare à La Croix« Il n’y a qu’une morale ».

La laïcité pour ou contre la morale ?

Cela n’empêche cependant pas certains de voir dans cette nouvelle matière l’occasion de « réconcilier avec la République des élèves ou des familles qui sont dans une position de croyance ». C’est le cas de Laurent Escure, à la fois secrétaire général de l’Unsa- éducation et du Comité national d’action laïque, pour qui « on n’est pas obligé de présenter cette morale comme une alternative à celle des religions ».

Certains autres défenseurs de la laïcité ne cachent pas leur malaise. C’est le cas du philosophe Henri Pena-Ruiz :

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« L’État n’a pas à professer de morale religieuse, il n’a pas non plus à professer de morale athée. Et on pourrait aller jusqu’à se demander si sa neutralité ne lui interdit pas de diffuser quelque morale que ce soit »

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Plus petit dénominateur commun

A tant s’arrêter sur les mots, on peut parfois oublier qu’on parle ici d’une matière enseignée. Quel sera le contenu de cette morale laïque ?. C’est la question qui gêne et pour laquelle il n’est donné à cette heure aucune véritable réponse. 

Si le ministre affirme « Il faut assumer que l’école exerce un pouvoir spirituel dans la société », on peut cependant légitimement s’interroger sur la possibilité d’enseigner une même morale à des musulmans, des athées, des catholiques, des enfants dont les parents sont homosexuels… Cette « morale », faute de vouloir concilier des impératifs trop différents, risque de se réduire au plus petit dénominateur commun.

Le professeur de théologie morale, Xavier Lacroix redoute ainsi que cette démarche de Vincent Peillon n’aboutisse à propager « une éthique ultralibérale et minimaliste ». « Une morale commune devrait pouvoir oser rappeler le sens du mariage et présenter la différence sexuelle entre père et mère comme un bien commun »,  considère-t-il.

Vincent Peillon en appelle à l’enseignement des « valeurs » au sein de l’école pour redresser notre société. Mais quel sens cette démarche peut-elle avoir quand l’action du même gouvernement sape les fondamentaux de notre société en voulant légaliser le mariage homosexuel ou l’euthanasie ? Comment l’enseignement d’une morale qui nie le caractère sacrée de la vie et plébiscite la transgression de l’ordre naturel fondateur de notre société pourrait-il permettre de relever quoi que ce soit ?

A l'heure ou l'école – et tout particulièrement l'Education nationale – fait l'objet de nombreuses critiques de fond, cette nouvelle sortie médiatique du ministre tombe à point pour faire diversion. Il y a fort a parier que Vincent Peillon savait ce qu'il faisait en agitant ainsi le mouchoir rouge de la morale laïque. Comment en effet ce sujet aurait-il pu passer inaperçu alors même qu'il est une référence historique à l'idéologie anti-catholique du début du siècle lorsque Jules Ferry a transformé l'instruction morale et religieuse en « enseignement laïc de la moral » ? Mais si on parle aujourd'hui beaucoup de la morale laïque dans les médias, le public ne semble pas convaincu par ce programme idéologique et attend de l'école et de son ministre, des résultats plus que de l'idéologie !

Antoine Besson

Photo : Vincent Peillon © Wikimedia Commons / Luziadell

[1]PUF, 1999.