On le sait la zone euro a été construite sur de mauvaises fondations. Ses failles n’ont toujours pas été résorbées, et les risques de naufrage semblent de plus en plus certains. « Nous fonçons droit sur l’iceberg » disent les plus pessimistes. Malgré tout, les principaux dirigeants européens ont réaffirmé leur volonté de « sauver l’euro » coûte que coûte.
La volonté de sauver l’euro par des cures d’austérités drastiques nous conduit inexorablement à des catastrophes sociales. La Grèce, où l’accès même aux médicaments se fait compliqué, l’Espagne, qui ne pourra tenir son engagement de réduction de déficit malgré les plans d’austérité, l’Italie, toute aussi bon élève dans les baisses de dépenses et hausses d’impôts mais qui s’engouffre dans la récession … C’est une certaine conception de l’Europe qui s’écroule sous les yeux des fidèles disciples de Jacques Delors, à commencer par François Hollande.
Blair : « sauver l’euro »
Malgré cela, « nous ferons tout pour sauver l’euro » clament en cœur Angela Merkel, les deux Mario (Draghi et Monti) et François Hollande. Tony Blair est entré lui aussi dans la chorale des défenseurs acharnés de la monnaie unique : « Toutes les alternatives sont déplaisantes. Mais la meilleure alternative pour l’Europe, et surtout pour l’Allemagne, c’est de sauver l’euro » a-t-il déclaré dans une tribune parue lundi dans le quotidien allemand Bild. Pour l’ancien Premier ministre travailliste britannique, « abandonner l’euro maintenant serait catastrophique, et notamment économiquement, pas seulement politiquement ».
Cette déclaration de Tony Blair fait contrepoids à un sondage publié dimanche, par Bild également. Il en ressort qu’une majorité d’Allemands (51% contre 29%) pense que la situation de l’économie allemande serait meilleure sans l’euro. Ils sont même 71% à préférer une sortie de la Grèce de la monnaie unique si elle ne respecte pas les contraintes imposées par la Troïka (FMI, Commission européenne, BCE).
L’euro, pour les Allemands, est évidemment synonyme de réussite de son commerce extérieur, mais aussi d’inquiétudes quant au coût à supporter pour l’ « aide » aux pays en difficulté. L’Allemagne a d’ailleurs vu son AAA, tant cité ces derniers mois comme le gage de la solidité du pays, placé en perspective négative par Moody’s la semaine dernière.
Quand l’euro sent le souffre…
Outre Tony Blair, le secrétaire américain au Trésor, Timothy Geithner, s’est assuré de la détermination des Allemands à sauver l’euro. Il a rencontré le ministre des Finances allemand, Wolfgang Schäuble, et le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi.
Mario Draghi, justement, a annoncé le 26 juillet que la BCE ferait tout ce qui est nécessaire afin de sauver l’euro : « Croyez-moi, ce sera assez » a-t-il déclaré, alors que les taux d’intérêts italiens et espagnols atteignaient des sommets avant qu’il ne tienne ces propos. « Super Mario », ancien de Goldman Sachs, a ainsi laissé ouverte la possibilité d’une intervention de la BCE sur le marché secondaire pour racheter des obligations publiques. La Bundesbank est contre le rachat de dette par la BCE. Le FESF, le Fonds européen de stabilité financière (dont la note a aussi été placée en perspective négative par Moody’s), pourrait également racheter de la dette ; l’Allemagne y est favorable [1] mais l’Espagne rechigne à demander l’aide extérieure du FESF.
Super Mario, super tricheur ?
Selon Le Figaro, c’est Draghi qui serait « à l’origine du voyage de Tim Geithner (…) pour obtenir le feu vert du ministre allemand des Finances, Wolfang Schauble ». Toujours est-il que la sortie du patron de la BCE a permis un relâchement des taux d’intérêts espagnols et italiens (pour combien de temps ?) ; les marchés, qui « s’attendent à des achats massifs de dette espagnole et italienne sur le marché, à l’américaine » d’après le quotidien, seront attentifs aux annonces faites jeudi, après la réunion de la BCE.
Le président de la BCE est aussi dans l’actualité pour une autre raison. Une plainte a été envoyée au médiateur européen, accusant Mario Draghi de conflits d’intérêts. Un article d’Isabelle Couet, paru mardi sur lesechos.fr, apporte des précisions. Si « aucune enquête n’est ouverte à ce stade » écrit la journaliste, l’origine de cette plainte viendrait de l’Observatoire de l’Europe industrielle d’après Reuters. Les raisons de tels soupçons se trouveraient dans la participation du patron de la BCE au G30, « un forum international qui regroupe des dirigeants du secteur financier public et privé ». Et les Echos de rappeler que Draghi est un ancien de Goldman Sachs –comme Mario Monti – et que des membres de sa famille travaillent pour la banque Morgan Stanley.
En France, également, la crise de l’euro fait parler. Jacques Myard, de la Droite populaire, dénonce sur medias-france-libre.fr le fait que « l’euro soit une fin en soi, une quasi religion » pour les dirigeants européens. « Il faut le sauver quel qu’en soit le coût, le malade –les peuples grec ou espagnol – doit-il en mourir ? » demande-t-il. Pour lui, les mesures à venir, avec une intervention probable du FESF, et peut-être plus tard du MES, ne sauveront personne car « l’aide respiratoire n’a jamais guéri, elle permet de survivre tout au plus ». « Les aides endetteront encore davantage les contribuables français sans pour autant rétablir la compétitivité de ces pays ! » prévient-il.
« Euro terminus ? » s’interrogeait l’économiste Frédéric Lordon dans un billet du Monde diplomatique il y a quelques mois. Malgré les avertissements des Cassandre, les principaux dirigeants européens ont choisi de garder le cap. Cependant, certains pays ne se retrouvent pas dans les décisions prises pour sortir de la crise, à commencer par la Finlande. « La Finlande ne s’accrochera pas à l’euro à n’importe quel prix et nous sommes prêts à tous les scénarios, y compris à abandonner la monnaie unique européenne » avait déclaré début juillet le ministre des Finances du pays nordique, Jutta Urpilainen, dans le quotidien Kauppalehti. Des pays sont-il prêts à quitter le radeau euro-austérité avant qu’il ne se renverse, emportant avec lui les peuples dans le gouffre ?
Laurent Ottavi
[1] L’Allemagne y est favorable à condition que ne soit pas accordée une licence bancaire au FESF. Si une telle licence était créée, le FESF pourrait se financer auprès de la BCE.









