Charles de Montalembert reste, du XIXe siècle, l'une des personnalités politiques catholiques les plus remarquables, qui put, par son engagement, contribuer au développement des prémisses de la doctrine sociale de l'Eglise. Que nous apprend-il aujourd'hui?
Charles-Forbes-René, comte de Montalembert, né le 15 avril 1810 à Londres, décédé le 13 mars 1870 à Paris, était un journaliste, historien et homme politique français. Pair de France en 1831, parlementaire des assemblées constituante et législative de la Deuxième République après la révolution de 1848, membre du Corps législatif du Second Empire, il fut un catholique fervent et engagé. Il préfigure l'élaboration de la doctrine sociale de l'Eglise et défend la liberté de la presse et la liberté d'association, en soutenant le droit des peuples à disposer d'eux mêmes et en devenant l'un des auteurs de la loi Falloux de 1850 sur la liberté de l'enseignement.
Pour quoi s'engager en politique?
Dès son plus jeune âge, Charles de Montalembert, fils de diplomate, parfaitement éduqué, fait preuve d'une curiosité, d'une intelligence et d'une maturité hors du commun. Il fait, à quinze ans, un acte de consécration politique solennelle, qui peut nous inspirer encore aujourd'hui:
"En vivant pour notre patrie, nous aurons obéi à la voix de Dieu qui nous ordonne de nous aimer les uns les autres ; et comment pourrions-nous mieux aimer nos concitoyens qu'en leur dévouant notre vie entière ?
Nous aurons ainsi vécu pour ce qu'il y a de plus beau et de plus grand dans le monde, la religion et la liberté."
Lettres, p. 91, cité par Lecanuet, Montalembert, d'après son journal et sa correspondance, t. I, p. 35.
A quoi peut-on préférer la fidélité à Rome?
A vingt ans, en 1830, il s'engage dans l'aventure du journal L'Avenir. Les thèses défendues sont audacieuses dans un contexte très anticlérical: promotion des aspirations démocratiques, défense de la liberté de conscience, de la liberté d'expression et de la liberté de l'Eglise par rapport à l'Etat. Il admire l'exemple de l'Irlande, libre et pauvre comme à son berceau (L'Avenir, janvier 1831), puisque le gouvernement n'y prend aucune part à la nomination des évêques, et qu'elle ne vit que des dons de ses fidèles, situation qui contraste fort avec celle de l'Église de France, dont la situation est réglée par le Concordat de 1801. Mais Grégoire XVI met fin à cette aventure le 15 août 1832 en condamnant les thèses du journal L'Avenir dans l'encyclique Mirari Vos. A quoi doit-on préférer l'unité avec l'Eglise? A rien. Ni à la gloire, ni au pouvoir, ni même à l'amitié. L'obéissance de Montalembert aux instructions pontificales lui coûtera en effet un ami de grande valeur: l'abbé de Lamennais, qui préfère l'excommunication au rejet de ses thèses. Suite à cette affaire, Charles de Montalembert se retire de la vie publique pour une longue traversée du désert, dont il profite pour faire des recherches historiques et révolutionner le genre littéraire de l'hagiographie, en publiant en 1835 une Histoire de Sainte Elizabeth, de Hongrie, qu'il prend en modèle d'engagement politique.
Quelle place pour la liberté religieuse?
Pour Montalembert, d'éducation franco-britannique, disciple de Lamennais et ami de Tocqueville, la réponse est claire : "La liberté a besoin de religion et la religion a besoin de liberté". Sous la monarchie de Juillet, le plus célèbre des parlementaires catholiques combat inlassablement au nom de la liberté. Face au coup d'Etat de 1851, il est acculé à l'épreuve décisive : soutenir l'ordre ou choisir la liberté.
Il hésite, mais reste finalement fidèle à ses principes, ce qu'il expose avec brio dans son livre Des intérêts catholiques au XIXe siècle (1852). Ecarté des sphères du pouvoir, suspect à Rome, il récidive pourtant, devant les catholiques belges, à Malines, pour défendre le principe de l'Eglise libre dans l'Etat libre (1863).
Parfois mal comprises à son époque, les idées de Montalembert ont trouvé un écho depuis le Concile Vatican II, de l'encyclique Gaudium et Spes aux plus récentes déclarations du Pape Benoît XVI sur la liberté religieuse en Allemagne, qui renvoient toujours au fondement évangélique: "La vérité vous rendra libre".









