Notre absence

LIBERTE POLITIQUE JEUNES | Après nous être beaucoup mobilisé ces deux dernières années, nombre d’entre nous s’interrogent sur la suite à donner. Comment prolonger l’élan de ce formidable mouvement ? Faut-il s’engager ? Ou plutôt, comment ?

Nous payons en effet aujourd’hui notre sous-engagement. Dans des domaines comme l’enseignement, le journalisme, la culture et évidemment la politique. Et nous le constatons amèrement. Lorsque la bien-pensance s’allie avec les médias tout-puissants, il est difficile de s’y opposer, et de réussir à renverser la vapeur. D’autant plus quand le message porté est exigeant et peu facile à dire.

Depuis mai 68, la gauche s’est employée à se rendre maîtresse de la culture. En s’imposant dans les universités, avec les professeurs qui distillent ensuite la bonne pensée. Avec l’aide d’un certain monde associatif. En s’attirant les bons sentiments des jeunes grâce au militantisme étudiant et un langage démagogique. En infiltrant les médias. En s’engageant dans les actions locales.

La droite, elle s’est plutôt contentée des affaires économiques. Et a délaissé les tâches de l’ombre, moins prestigieuses, et moins rémunérées. A de rares exceptions près, elle s’est retirée du combat des idées.

Un exemple frappant est le pourcentage de personnes votant à gauche dans les universités (enseignants et étudiants) à comparer aux écoles de commerce et d’ingénieurs. Les facultés, moins prestigieuses votent en immense majorité à gauche lors des élections étudiantes.

Changer les règles du jeu

Et ce qui devait arriver arriva. En grignotant petit à petit les esprits, la gauche est arrivée à une situation d’hégémonie culturelle. C'est-à-dire qu’elle arrive à imposer l’état d’esprit qu’elle souhaite à la société. Cela se vérifie sur un certain nombre d’hommes politiques dits de droite. Ils adoptent souvent, en matière culturelle et sociale, les diktats d’une gauche bien-pensante. Par peur, opportunisme ou méconnaissance. Pour ne pas paraître « hors du coup ».

Or, la prise en main de la culture, si l’on peut dire, précède la mainmise sur le politique. Il est en effet plus facile d’imposer des réformes à une société qui pense de la même manière. L’exemple récent des réformes dites « sociétales » est frappant. Le relativisme étant érigé en norme culturelle, il devient difficile, parfois impossible de s’y opposer. Il nous faut donc nous engager dans la culture, pour réécrire les règles du jeu, et cesser de jouer avec des dés pipés. Et notamment remettre l’Homme au centre du débat. Cela ne se fera que par un véritable travail de fond, et n’aura de résultats que sur le long terme.

Nous sommes donc responsables par notre engagement dans le passé de notre situation actuelle. Cela n’est cependant pas rédhibitoire. Ce qui a été détricoté, nous pouvons le retricoter à nouveau. Mais cela est long et nécessite beaucoup plus d’engagement. Pour défendre notre cause, il faut engager autre chose que « des biens de nul prix : un peu de [notre] loisir, quelque argent » (Bernanos [1]).

Nous avons besoin de professeurs, d’artistes, et d’hommes politiques attachés à la Vérité.

Nous avons besoin de petites mains, de militants pour défendre nos idées dans tous les partis, tous les syndicats, toutes les associations. Dans toutes les écoles et les universités.

Nous avons besoins de journalistes intègres dans tous les médias.

En bref, il nous faut prendre part au combat pour la culture. C'est-à-dire renverser complètement nos manières de faire. Ne plus subir, mais donner notre rythme.

Cela nous demande, il est vrai, des sacrifices personnels. Il faut rogner sur nos loisirs, sur telle ou telle activité. Mais cela demande à nombre d’entre nous de s’engager plus fortement encore. Par le choix d’un métier permettant de défendre ses idées au quotidien. Dans le respect du mouvement de mai 2013.

L’heure de l’engagement a sonné pour chacun d’entre nous. Il n’est plus temps de refuser de se salir les mains en pensant que d’autres le feront à notre place. C’est à chacun de nous de nous donner à la lutte pour la Vérité et la Liberté.

Car il se peut qu’un jour on nous demande des comptes pour nos actions. Et à cette heure, un déficit d’engagement serait du plus mauvais effet.

 

François de Lens 

 

 

[1] Bernanos, La Grande Peur des bien pensants.

 

 

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