[LPJ] La guerre des souverains poncifs

Le discours du pape François lors de sa visite au Parlement européen n’a laissé personne indifférent. Et notamment pas un certain Éric Zemmour, dont la chronique sur le voyage pontifical a fait des remous au sein des catholiques. Est-il bien raisonnable de se diviser à propos du pape sur la foi d’une critique extérieure ?

À Strasbourg, c’est la question des racines de l’Europe qui a mis le feu aux poudres. Sans doute pressé par le temps, Éric Zemmour a lu les discours du pape un peu vite. On peut être bon chroniqueur politique (Le Suicide français) sans être docteur de l’Église...

La question n’est pas ici de savoir si Zemmour a tort ou raison, mais si les catholiques sont bien inspirés de s’écharper sur le dos du souverain pontife quand un pape médiatique fait un carton sur le chef de l’Église.

Le pavé de Zemmour dans la mare des catholiques

Pour Zemmour, le Pape ne se soucierait pas de l’Europe réelle, et serait donc, en quelque sorte, un « immigrationniste » béat. Il préfèrerait « les mots qui plaisent, pas ceux qui fâchent », et « [jetterait] les dogmes aux orties pour complaire à l’époque ». Cette chronique a provoqué un délire vindicatif entre catholiques, zemmouriens contre bergogliens. Chaque « camp » — si l’on peut dire — se tenant détenteur de la vérité, et s’érigeant « vrais catholiques ».  

À de rares exceptions près, le niveau du débat a d’ailleurs rasé désespérément le sol. Notamment sur les réseaux sociaux, où les noms d’oiseaux se sont succédé à un rythme effréné. Peu ont pris le temps de se poser et d’analyser la situation la tête froide. Et même de lire les textes, manifestement.

Une fois de plus (?), les catholiques se sont jetés avec délectation dans le piège médiatique. Et non contents de s’y être précipité les yeux fermés, ils s’agitent dans un débat sans ouverture.

De quel piège parle-t-on ?

Henri Hude a décrypté le piège avant la visite du pape. Prophétiquement, pourrions-nous ajouter. Nous pouvons le résumer de la manière suivante. Les papes précédents tenaient un langage exigeant, rude, inconfortable. Il était donc facile de monter l’opinion publique contre le pape. Et tout allait bien dans le meilleur des mondes.

Le pape François est venu tout chambouler. Plutôt populaire, sans doute plus facilement accessible, habile communicant. Comment saper la confiance en lui ? D’une manière plus détournée qu’avant : en divisant les catholiques.

Les ferments de la division

La manière de présenter le pape comme un « progressiste » n’est pas neutre. Elle le rend suspect aux yeux des catholiques conservateurs, lesquels sont sincèrement remplis d’interrogations sur l’avenir. Les propos de François sont présentés par les médias de manière à décupler leurs inquiétudes. Le pape est montré comme un doux grand-père gâteau, immigrationniste forcené, chantre de la tolérance. Et bien sûr, plus « ouvert » que ses prédécesseurs sur les questions de mœurs (« Qui suis-je pour juger ? »).

En fait, « le but est de créer à tout prix une crise de confiance entre l’élite catholique et le pape », comme le dit Henri Hude.

Pour autant, s’agit-il de tous penser la même chose pour éviter les divisions entre catholiques ? Assurément, non.

Contre la pensée unique : aller vers son frère

Il y a plusieurs demeures dans la maison du Père. Et il peut donc y avoir plusieurs points de vue, notamment sur les questions temporelles. Mais cela ne doit pas empêcher de nous souvenir que nous formons tous la grande famille des catholiques. Et cela nous impose de réfléchir sur les relations que nous pouvons entretenir au sein de l’Église.

Peut-on, sous prétexte de correction fraternelle, s’épancher en diatribes dans les médias ? Cela n’est-il pas contraire à la plus élémentaire prudence, sans parler de la charité — celle qui fait dire au Christ : « Si ton frère a commis un péché, va lui parler seul à seul et montre-lui sa faute » (Mt 18 :15) ?

Les catholiques sont frères. Si nous considérons que certains sont aux limites de la foi, nous devons faire l’effort d’évangélisation aux périphéries que nous demande le pape François. Ces périphéries ne sont pas forcément une destination exotique. Mais une bordure. Et nous devons commencer par celles qui sont les plus proches de nous.

Hélie de Saint-Marc, citant Saint-Ex, disait : « Puisque je suis l’un d’eux, je ne renierai jamais les miens, quoi qu’ils fassent, je ne parlerai jamais contre eux devant autrui. »

Quand la guerre médiatique fait rage, ceci est à méditer.

 

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