[LPJ] International : la France n’a plus les moyens de ses ambitions

Mali, République Centrafricaine, Côte d’Ivoire, Afghanistan, Irak… Actions préparées, ou montées en catastrophe, à notre initiative ou bien pressées par les évènements et nos « alliés », les causes de ces engagements et les manières de faire sont multiples. Mais en avons-nous réellement les moyens et la volonté ?

NOUS SOMMES ENGAGES sur des opérations qui ne se règleront pas par le simple usage de la force à court terme. L’exemple de Sangaris, en Centrafrique, est à ce titre frappant. Baptisée du nom d’un papillon éphémère, elle devait durer quatre mois. Cela fait dix mois qu’elle est en cours. Aucune date de fin n’est prévue. Plus de 2200 soldats sont sur place. Et cela est normal : le problème centrafricain, enraciné dans les tensions ethniques, ne peut se régler par

Il est important de noter que les soldats sur place se battent dans des conditions déplorables. Le matériel, vieillissant, s’use à grande vitesse et peut s’avérer inadapté au pays.

À force de multiplier les interventions, la France s’est condamnée à deux modes d’action. Le traitement sur le long terme des conflits, avec l’emploi de forces conséquentes, mais mal dotées. Ou le traitement en surface du problème, avec des frappes, souvent très locales et brèves. C’est ce que fait actuellement la France en Irak contre l’État islamique, avec l’envoi de deux Rafales (pour, nous dit-on, des « raids de masse »).

Économies : la baisse de nos capacités

Aucune de ces deux solutions n’est satisfaisante. On ne peut se satisfaire d’opérations superficielles, ne faisant que ralentir la marche des évènements. On ne peut non plus claironner sur les économies faites sur le dos de nos soldats lorsque la France s’engage sur le long-terme.

Économies. C’est le maître mot des LPM (lois de programmation militaire) depuis des années. L’armée est une des principales variables d’ajustement des budgets, en dépit des promesses de « sacralisation » du budget de la Défense. Ces économies de bouts de chandelles se font d’abord par la baisse des effectifs. Ce qui peut engendrer d’autres problèmes et rendre les économies caduques, comme l’a montrée l’échec du logiciel Louvois. Pas moins de 80 000 emplois sont et seront supprimés depuis 2009 et ce jusqu'à 2019. Les économies se font aussi sur le matériel, ce qui porte préjudice à sa fiabilité. Il est vieillissant et peu disponible.

Le budget de la Défense baisse, et diminue d’autant la capacité opérationnelle des armées. Cela est d’autant plus flagrant que la France n’entend pas baisser s’engager moins ni réduire ses ambitions. Il faudra pourtant faire des choix.

L’heure des choix

À l’heure actuelle, il existe trois voies possibles. La première serait de continuer ainsi. C'est-à-dire conserver notre ambition d’exister sur la scène internationale en gardant les mêmes moyens. Nous avons vu que ce n’est pas satisfaisant, car cela ne donne pas à nos soldats de se battre dans des conditions décentes. Ou cela nous condamne à ne traiter les problèmes qu’en surface.

La seconde voie serait d’adapter nos ambitions à nos moyens. Pour parler clair, il s’agit de renoncer à ces ambitions. Cela nous rendrait inaudibles et à la merci des intérêts étrangers. Nous deviendrons dépendants de nos « alliés », notamment des États-Unis.

La troisième voie est commandée par la raison. Il s’agit d’adapter notre appareil militaire à nos ambitions. Non pour être agressifs, mais pour être forts. Pour nous donner une large palette d’action et permettre à nos soldats de les réaliser dans les meilleures conditions. Cela ne pourra se faire sans une volonté politique forte. Celle de redonner à la France un rôle prépondérant et indépendant dans les relations internationales. Cela ne semble pas être à l’ordre du jour.

Fr. de L.

 

 

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