[LPJ] Djihadistes : une quête violente et désespérée de repères

[Liberté politique Jeunes] — Le djihad est une obligation pour la communauté des croyants. Ce n'est pas la personne mais la communauté qui doit combattre. « Dès lors que le djihadiste considère son ennemi comme un kafîr [un mécréant, Ndlr], explique Olivier Hanne [1],  toutes les règles d’encadrement militaire s’effacent devant l’indispensable victoire de Dieu. » Le djihad et la manière de le conduire sont donc soumis à l'interprétation.

Le djihadisme est en constante expansion à travers le monde. S’il étend son emprise sur des pays ciblés depuis longtemps (Irak, Syrie…), il frappe désormais des pays jusqu'alors épargnés. La nouveauté est qu'il attire des personnes qui ne font pas partie du vivier habituel de son recrutement.

Il y a ceux qui restent…

Ainsi, en Syrie, près de 12000 étrangers, dont 3000 Occidentaux combattent le régime de Bachat El Assad au côté des organisations djihadistes. Pour les plus chanceux, si l'on peut dire, car nombre de volontaires restent bloqués dans leurs pays d’origine, comme la Chine. Même si la difficulté de s'y procurer une arme ou des explosifs y est très forte, des attentats y sont perpétués, et font un grand nombre de victimes.

Dans l’Empire du Milieu, le problème du Djihad est d'ailleurs couplé avec un problème ethnique, celui de l'opposition entre les Ouigours, qui se sentent oubliés du pouvoir central, et les Hans, l'ethnie majoritaire. Mais il montre que les djihadistes peuvent agir de l'intérieur, avec peu ou pas de soutien externe.

Ceux qui sont partis…

Ceux qui sont  partis peuvent accomplir leur "devoir" sur les multiples terres de Djihad dans le monde : la Syrie, la Lybie, le Nigeria, le Mali, l'Afghanistan, etc. L'Irak est en ce moment ébranlé par l’invasion djihadiste des troupes de l’EIIL. Leurs premières victimes sont souvent les chrétiens, comme en Libye ou en Irak.

Tout récemment, un frère dominicain irakien témoignait en direct par mail lors de l'attaque de Quaraqosh, une petite bourgade chrétienne près de Mossoul. Son mail, écrit le mardi 10 juin à 12h20 a été diffusé par les frères dominicains de Strasbourg, révélant l’angoisse dramatique de la situation :

" Mauvaises nouvelles. Je vous écris dans une situation très critique et apocalyptique de violence à Mossoul… Le couvent de Mar Behnam et d'autres églises sont tombés ce matin dans les mains des rebelles,... et les voici, ils sont rentrés dans Quaraqosh il y à cinq minutes et nous sommes tous entourés et menacés par la mort... Priez pour nous. Désolé je ne peux plus continuer... Ils ne sont pas loin de notre couvent.. Ne pas répondre... "

On n’ose imaginer la suite des événements… Mais on se souvient aussi des martyrs de Maaloula, en Syrie, crucifiés tandis que leur village, l'un des plus anciens villages chrétiens était ravagé. L'exode des chrétiens d'Orient prend chaque jour de l'ampleur, sans que Laurent Fabius ne paraisse s'y pencher sérieusement, au contraire de Vladimir Poutine. Encore faut-il rappeler que la diplomatie française souhaitait aider, il y a moins d'un an, les djihadistes opposés à Bachar El Assad. Peut-être avons-nous échappé au pire.

… et ceux qui reviennent.

Lorsqu'ils reviennent de leurs guerres à l'étranger, les djihadistes sont en décalage complet avec la société qui les entoure. Ainsi naissent ce que l'on appelle des "loups solitaires", des personnes seules, capables d'agir sans structure, bien entrainés, et surtout froidement déterminés. Mohammed Merah en est le parfait exemple.

N'ayant plus de repères, passant sans transition de l'état de guerre à la vie facile en Occident, le loup solitaire est capable de tuer sans aucune limite. Le terrorisme musulman nous revient donc en pleine figure, alors que nous n'y prenons pas garde.

La balise islamique

Quels motifs poussent des jeunes à s'engager pour le Djihad ? De multiples raisons, mais c’est essentiellement la soif de repères sociaux, culturels et religieux structurants dans un monde informe, dévalorisant. L'avenir proposé à des jeunes qui n'ont pas de perspectives de travail stable, qui n'ont pas d'idéal, leur parait sombre. Alors, quand ces repères explosent, la seule voie possible est celle du dépassement de soi… dans le djihad. Car on ne leur propose rien d'autre.

Perte de repères ? C'est l'éclatement des familles, y compris musulmanes, où le divorce et le chômage frappent comme partout, le déracinement en plus. C’est l’échec scolaire, le désoeuvrement… et l’apprentissage de la violence, avec toutes ses frustrations.

Perte de repères ? C'est la perte de transcendance dans nos sociétés. On ne parle pas de patrie. On ne parle pas de roman national. On ne parle pas de bien commun. Rien n'est au dessus de l'individu. Et le jeune en quête de sens se tourne naturellement vers la seule chose porteuse de sens qu'il côtoie : l'islam, le plus souvent radical.

Perte de repères ? C'est bien sûr cette volonté de faire exploser l'altérité homme-femme, qui donne toutes les justifications nécessaires pour attaquer l'Occident décadent.

On pourrait citer de nombreuses autres causes : la paupérisation des banlieues, les interventions de l'ONU ou des États-Unis qui n'ont au mieux que ralenti certaines violences, le manque de cohérence des Occidentaux dans leur politique internationale, la cécité chronique de nos dirigeants  (sur les causes et sur les personnes), etc.

"Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes." Aujourd'hui, Dieu ne rit sans doute plus.

 

 

François de Lens

[1].  Cf . « Les cultures du djihadisme », Liberté politique, juin 2014.

 

 

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