Fatima et la politique: chronique n°3

Dans les deux premiers articles de cette chronique, il a été montré qu’à vue humaine, un redressement de la situation dépassait les seules forces humaines et réclamait une intervention du Ciel, mais que celle-ci ne pourrait se faire qu’à deux conditions :

-      d’une part, nous devons  implorer le Ciel de nous venir en aide,

-      d’autre part, nous devons  agir concrètement dans le domaine temporel (dont le domaine politique) pour faire ce qui est à notre portée.

Manquerait-il une de ces conditions, Dieu laisserait les hommes au sort dans lequel ils se sont eux-mêmes jetés.

Mais concrètement que faire ? Dieu n’aurait-il pas indiqué une action particulière à accomplir, comme Il le fit à Cana ou à Béthanie ? (Voir les deux précédentes chroniques) Effectivement, Dieu indiqua ce qu’il convenait de faire : à Fatima ! Et non seulement Il précisa la prière qu’Il attendait des hommes, mais Il donna aussi quelques indications sur les actions temporelles à conduire.

Quels sont donc les éléments du message de Fatima qui concernent l’action temporelle ?

Les apparitions de Fatima commencèrent en 1915 avec trois apparitions d’un ange, au cours desquelles il ne parla pas. Ces apparitions eurent simplement pour but de préparer la petite Lucie à recevoir le message qui allait être donné quelques mois plus tard.

L’année suivante, l’Ange apparut à nouveau trois fois et confia aux trois petits voyants, Lucie dos Sanstos, Jacinthe et François Marto, un premier message. Si ce message est essentiellement spirituel, il comprend néanmoins quelques aspects temporels qu’il convient de souligner

Les toutes premières paroles de l’Ange furent : « N’ayez pas peur. Je suis l’Ange de la paix. » (Pour plus de détails sur l’histoire de cette apparition voir la lettre de liaison n°25 de Cap Fatima 2017). Le premier enseignement de Fatima est donc de nous rappeler non seulement l’existence des anges, mais aussi que l’un d’eux est spécialement préposé par Dieu au maintien de la paix sur terre.

Tout ceci est parfaitement conforme à l’enseignement de l’Église. Saint Thomas notamment enseigne que (les citations qui suivent sont tirées du Catéchisme de la Somme théologique du père Pègues, o.p. et les références entre parenthèses indiquent les questions de la Somme théologique à partir desquelles il a fait ces résumés) les anges « sont les messagers dont Dieu se sert pour administrer le reste de son œuvre ». Nous avons tous notre ange gardien. Les nations, les églises, les paroisses, les communautés religieuses, …ont aussi leur ange gardien.

Le premier message de Fatima est donc de nous rappeler qu’il existe un ange dont la fonction est la conservation de la paix sur terre. La paix dont il est question ici est bien un élément temporel. En effet, il ne peut s’agir que de la paix ici-bas, car au Ciel, nous serons forcément en paix puisqu’en présence de Dieu.

Lorsque l’Ange de la Paix apparut à Fatima, la première guerre mondiale faisait rage depuis presque deux ans. Si Dieu l’envoya sur terre dans des circonstances aussi dramatiques, n’était-ce pas pour nous aider précisément à  rétablir la paix ? Il serait donc pertinent de suivre ce que dit cet ange.

Mais pourquoi Dieu envoya-t-il un ange parler de paix aux hommes ?

Parce que, dit saint Thomas, « la providence du gouvernement divin a voulu que l’homme, aux pensées et aux volontés si changeantes et si fragiles, soit assisté, dans sa marche vers le ciel, par un des esprits bienheureux à jamais fixé dans le bien » (Somme théologique, Ia pars, q. 113, a. 1).

Également, « les bons anges peuvent être envoyés par Dieu en ministère auprès des hommes, Dieu se servant de leur action auprès des hommes pour promouvoir le bien de ces derniers, ou pour l’exécution de ses conseils à leur endroit. » (Somme théologique, Ia pars, q. 112, a. 1).

Saint Thomas précise que « l’ange ne peut pas changer la volonté de l’homme en agissant sur elle directement » (Somme théologique, Ia pars, q. 111, a. 2), mais qu’il peut « agir sur l’imagination de l’homme et sur ses autres facultés sensibles » (Somme théologique, Ia pars, q. 111, a. 3). En particulier, « l’ange peut illuminer l’intelligence et l’esprit de l’homme, fortifiant sa vertu et mettant à sa portée la vérité pure que lui-même contemple » (Somme théologique, Ia pars, q. 111, a. 1) et ainsi l’aider à résoudre les difficultés auxquelles il est confronté.

Aussi, pour rétablir la paix dans le monde, convient-il de demander à l’Ange de la Paix d’illuminer nos intelligences et nos esprits sur les actions concrètes à accomplir les plus propices à rétablir l’ordre et la paix.

Voilà donc le premier sens du message de Fatima. Dieu n’a pas seulement créé les hommes : Il créa aussi les anges et confia à certains le soin d’administrer le monde matériel et à d’éclairer les intelligences humaines. Et à Fatima notamment, au plus fort d’une des plus effroyables guerres que l’humanité ait connue, Il envoya l’Ange de la Paix pour rappeler aux hommes que celui-ci pouvait les aider à rétablir la paix.

Or qu’avons-nous fait de ce message depuis cent ans ? Pas grand-chose, hélas ! Aujourd’hui, le monde n’est toujours pas en paix. La guerre sévit en plusieurs points du globe. Malgré cela, l’Ange de la Paix existe toujours et ne demande pas mieux que de nous aider pour rétablir la paix dans le monde. Il est donc plus qu’urgent de suivre ses conseils.

Concrètement, que faire ?

Notre première réaction doit être de rendre grâce à Dieu de nous avoir envoyé un tel messager pour nous rappeler son existence. La deuxième doit être de l’invoquer pour qu’il nous vienne en aide et de lui demander de nous éclairer sur les actions à conduire. Or qui le fait ? Qui songe aujourd’hui à demander à l’Ange de la Paix d’éclairer nos intelligences ? Croyons-nous seulement à l’existence des anges ? Et lorsque nous y croyons, quels sont nos rapports avec eux ?

Alors en ce centenaire, si nous avons quelques responsabilités dans le gouvernement de la cité, demandons à l’Ange de la Paix de nous aider, de nous suggérer les bonnes actions à lancer, les bonnes décisions à prendre. En ce printemps 1916, c’est la mission que Dieu lui a spécifiquement confiée. Il ne tient qu’à nous de lui demander conseil et de nous guider.