JERUSALEM, [DECRYPTAGE/analyse] — Depuis une semaine la violence au Proche Orient a atteint un seuil inquiétant.

Aussi bien du côté palestinien que du côté israélien les enterrements succèdent aux enterrements, la violence fait place à plus de violence et la spirale de la peur semble plus que jamais s'élargir.

La vie n'a plus rien de normal : les rues du centre ville de Jérusalem sont désespérément vides, les magasins ferment leur porte les uns après les autres, la radio diffuse presque en permanence des chants nostalgiques, à la télévision israélienne les flashes spéciaux se multiplient plusieurs fois par jour alors que la télévision palestinienne retransmet sans interruption tous les événements et multiplient les appels à la vengeance. Que sa passe-t-il donc au pays de la Promesse ?

Cette irruption quasi-irrationnelle de la violence était prévisible. Depuis presque trois mois, les Tanzim, la Force 17 et les brigades El Aqsa, qui sont tous des branches armées du Fatah, ont pris de vitesse le Hamas et le Jihad islamique et dirigent à 90 ¥'intifada. Chaque milice est autonome et les décisions se prennent au niveau local sans concertation les unes avec les autres. La stratégie définie par les dirigeants est pourtant la même : faire le maximum de victimes en un minimum de temps avec toutes les armes possibles, depuis le couteau en passant par la carabine à plomb jusqu'au commando suicide. C'est une guerre des nerfs, une guerre d'usure qui doit faire " craquer " les Israéliens. Il s'agit de reproduire le modèle de guérilla utilisée par le Hezbollah au Sud-Liban et qui avait réussi puisque Tsahal s'était finalement retiré unilatéralement et sans la signature d'un moindre accord.

Yasser Arafat, toujours en résidence surveillée à Ramallah, est galvanisé par les derniers développements de la situation. Le chaos qui règne dans les territoires est pour lui une chance inespérée de pouvoir retrouver une légitimité sur la scène internationale. La guerre des nerfs engagée avec Israël tourne à son profit. Sharon perd son calme et s'emballe. L'ancien général se trouble et réagit avec ses tripes exactement comme les Palestiniens l'avaient prévu. Le Premier ministre et Tsahal ont déclaré une guerre sans merci au Fatah de Yasser Arafat. Après chaque attentat, les hélicoptères de combat israéliens bombardent avec une fréquence de plus en plus accélérée les positions de la police palestinienne, les bases de la Force 17 ou les bureaux gouvernementaux. Le chef d'état major, Shaoul Mofaz, pense comme Sharon et l'entretient dans l'illusion que le seul langage que comprennent les Palestiniens est celui de la force. La déclaration de Sharon à la presse n'est pas pour rassurer : selon lui il faut multiplier les pertes du côté palestinien pour les obliger à venir à la table des négociations. C'est la preuve, s'il en est, que le Premier ministre israélien à les nerfs plus fragiles qu'on ne le croit. Il s'engouffre donc, et avec lui toute la région, dans un cercle de violence qu'il sera difficile de briser.

Pour la première fois depuis le début de l'Intifada, Tsahal est entré dans les camps de Balata et de Naplouse à la recherche des terroristes. Malgré les déclarations israéliennes, l'opération a été un fiasco. Les terroristes recherchés avaient déjà fui et aucune prise d'armes sérieuses n'a été effectuée. Mais Israël a brisé un tabou : dans le camp de Balata, véritable poudrière, ni l'armée jordanienne avant 67, ni Tsahal, ni même les hommes d'Arafat n'avaient pénétré. Le camp réputé inviolable qui jouissait, si l'on peut dire, de l'extraterritorialité, tombait aux mains d'Israël. Sharon s'est laissé tenté à cette action symbolique. Elle a déjà coûté cher et ce n'est qu'un début...

Enfin, les ministres travaillistes y compris Shimon Pères, parlent de plus en plus fort de leur départ du gouvernement d'union nationale. Cette menace pourrait peut être provoquer un changement d'attitude de la part de Sharon qui veut préserver son gouvernement. Pères arrive à la conclusion qu'il n'influence plus son Premier ministre et qu'il n'a plus rien à faire dans ce gouvernement. Il faut donc s'attendre dans les prochains jours à une crise au sein de la coalition nationale.

De notre correspondant permanent à Jérusalem, Jean-Marie Allafort.