PARIS, [DECRYPTAGE/analyse] - Les conseils d'établissement des 653 écoles parisiennes ont rejeté samedi 9 mars les propositions du recteur de l'académie de Paris, soutenues par la municipalité, sur l'aménagement du temps scolaire.

Composés d'enseignants, de parents et de représentants de la municipalité, les conseils de neuf écoles sur dix se sont prononcés : 63,2 pour cent ont retenu aucune des trois options et proposé soit le statu quo (15 pour cent), soit la semaine de quatre jours (20 pour cent); 17,6 pour cent ont opté pour la proposition A (transfert des cours du samedi matin vers le mercredi matin) ; 8,9 pour cent pour la proposition B (même schéma avec en plus le jeudi après-midi libéré) et 10,4 pour cent pour la proposition C (solution actuelle, avec un samedi sur deux libéré).

Faute de consensus, le recteur René Blanchet, et le maire de Paris Bertrand Delanoë, ont donc décidé de repousser la réforme. Ce résultat réjouit à la fois les syndicats et la direction diocésaine de l'enseignement catholique : " La décision prise de ne pas modifier les rythmes scolaires pour la rentrée prochaine est sage ", a indiqué un communiqué de l'archevêché de Paris. Mais c'est un échec pour le maire de Paris qui n'a pas ménagé sa peine pour exploiter la très large faveur dont jouit l'idée de la suppression du samedi chez les parents d'élève. Un sondage Sofres pour Le Nouvel Observateur, publié deux jours avant la consultation, indiquait que 73 pour cent des parents y sont favorables.

Étrangement, c'est l'alliance de l'enseignement catholique et des syndicats de gauche anticléricale (SUD-Education, CNT et SNUipp-FSU) qui a torpillé les ambitions municipales. L'archevêché entend préserver la liberté de l'enseignement religieux et le respect du rythme d'apprentissage de l'enfant. Les syndicats défendent la scolarisation laïque et obligatoire du samedi matin pour préserver les activités " péri-scolaires " du mercredi, généreuses en capacité de socialisation citoyenne et d'emplois fonctionnarisés.

Bertrand Delanoë qui a vu le danger ne baisse pas les bras : " Le message exprimé n'invite en aucun cas au renoncement ", explique le maire de Paris qui constate " une aspiration au changement ". La Ville promet d'accroître son effort financier en faveur des activités périscolaires : " Des activités gratuites seront proposées les samedis matin d'ores et déjà libérés " a prévenu M. Delanoë. 10 millions d'euros permettront de créer 800 nouveaux postes d'animateurs permanents.

L'Église qui pense avoir échappé au pire n'en reste pas moins devant une situation difficile. En position défensive, elle veut préserver une liberté essentielle qui appartient avant tout aux parents. Mais l'organisation de la catéchèse de l'enseignement public, qui touche 15 pour cent des effectifs de l'enseignement primaire est-elle toujours adaptée ? L'organisation uniforme de la scolarisation en France est-elle toujours la seule solution, même au sein d'une même académie ?

Pour l'archevêché, " la possibilité pratique pour les parents de faire donner à leur enfant une instruction religieuse, comme le demande la loi, devra garder toute sa place dans les propositions futures. " La formule du bon scolaire retrouverait ici tout son sens : elle permettrait aux familles de choisir, avec leur école, l'enseignement religieux de leurs enfants, et à chaque école de répondre librement à la demande des parents.

Philippe de Saint-Germain est responsable de rédaction de la revue Liberté politique.