PARIS,[DECRYPTAGE/analyse] - En ce début du mois de février, il a été beaucoup question en Afrique du " NEPAD " - Nouveau partenariat pour le développement du continent. À l'origine de ce concept se situent deux initiatives africaines : le "plan millénaire" du Sud-africain Thabo Mbeki et du Nigerian Olusegun Obasandjo et le "plan omega" du Sénégalais Abdoulaye Wade.

En juin 2001, à Lusaka, ces deux projets ont fusionné en vue d'une présentation au prochain sommet du G 8, à Kananaskis, au Canada.

Le 8 février, Jacques Chirac réunissait à Paris treize chefs d'États africains, "représentatifs" de l'ensemble du continent. À l'issue de cette réunion, le chef de l'État français déclarait : " Il n'est pas acceptable, admissible, tolérable, dans le monde d'aujourd'hui, qu'on laisse se développer un système dans lequel il y a des pays de plus en plus riches et des pays qui restent au bord du chemin... Ce n'est pas moralement acceptable, ce n'est pas non plus, pour les pays développés, économiquement et politiquement acceptable."

Le NEPAD tente de mobiliser les énergies africaines dans un but commun. Le président sénégalais Wade souligne que le développement passe par une aide occidentale mais aussi par les efforts des Africains qui doivent "faire jouer au secteur privé en Afrique, en créant les conditions favorables, le rôle qu'il a joué en Europe et aux États-Unis" pour le développement. Le NEPAD veut lier l'aide des pays riches à "la bonne gouvernance et à la lutte contre la corruption".

Catalogue de bonnes intentions, le NEPAD reste peu précis sur les actions à entreprendre et, comme le fait remarquer Stephen Smith dans le Monde du 8 février, "on ne voit guère qui des présidents réunis à Paris incarnerait de façon crédible le démocrate authentique, gestionnaire avisé, prêt à s'effacer en cas de défaite électorale".

Au même moment, le Premier ministre britannique, Tony Blair, effectue une tournée africaine, et plaide pour une réforme de l'aide au développement, visant à plus d'efficacité et d'équité dans le cadre du NEPAD.

Qu'y a-t-il derrière ces réunions, déclarations et voyages ?

Le sommet parisien se tient en période préélectorale alors que l'aide française au développement ne représente plus que 0,3 *u PNB (l'objectif mondial étant de 0,7éet que la France pratique une politique "non-interventionniste". Au contraire, la Grande-Bretagne augmente son aide et est intervenue vigoureusement et avec succès pour rétablir la paix en Sierra Leone. C'est elle aussi qui soutient la réconciliation entre les présidents ougandais et rwandais, Museveni et Kagame. Fin janvier, les ministres français et britanniques des Affaires étrangères ont fait une tournée des capitales des pays engagés dans le conflit congolais sans parvenir à des résultats tangibles.

L'Afrique a besoin d'investissements à long terme pour créer les infrastructures nécessaires à la constitution d'un cadre de vie adapté à sa population en croissance rapide. Les conditions politiques actuelles, aussi bien en Europe qu'en Afrique, n'incitent guère au développement d'actions à long terme. Investir c'est s'engager dans un processus de développement ; aujourd'hui le risque est trop grand, l'avenir est trop incertain pour la plupart des opérateurs privés. Les opérateurs publics nationaux se replient le plus souvent derrière les organismes internationaux dont les interventions ne semblent guère efficaces tant par leur inadaptation aux réalités du terrain que par les détournements dont elles font l'objet de la part des gouvernants.

Quelques uns des principaux opérateurs internationaux dans le domaine des infrastructures sont français ; l'administration de la République a une longue pratique de la relation avec les Africains. Et tous les responsables africains ne sont pas à l'image du ministre gabonais qui se promène au sommet parisien avec plusieurs centaines de milliers d'euros et de dollars en espèces et se les fait voler dans son hôtel. La première coopération à promouvoir est celle-ci : définir entre tous les acteurs des modes d'intervention garantissant la possibilité d'opérations à long terme. Objectif : créer et entretenir le cadre dans lequel les innombrables et courageuses initiatives des populations trouveront enfin un épanouissement qui permette non plus seulement la survie mais le développement.

Jean Flouriot est géographe, consultant.