PARIS,[DECRYPTAGE/information] - Invité à Paris, le mardi 6 mars, par une société d'assurance pour médecins libéraux, le professeur Israël Nisand (chef du service du gynécologie obstétrique du syndicat inter-hospitalier de la communauté urbaine de Strasbourg) a dénoncé à nouveau la dérive eugéniste de d'une société en quête de l'enfant parfait : " Une certaine évolution de la société se dessine derrière tous ces faits où le progrès technique et scientifique, dont on attend réconfort et bien-être, risque de devenir le vecteur d'une certaine forme de réification de l'être humain.

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Au cours de sa conférence de presse, il a évoqué le fâcheux arrêt Perruche du 17 novembre 2000, qui ne cesse de provoquer des remous. En effet, la Cour de cassation s'apprête à rendre fin mars trois arrêts pour des cas similaires à celui de l'enfant Perruche. Avec l'arrêt de novembre, la plus haute autorité judiciaire de l'Etat s'est aventurée sur un terrain périlleux, estimant que certaines vies pouvaient être considérées comme un préjudice, l'enfant contaminé par la rubéole n'ayant que la mort pour seule alternative à la vie handicapée.

Cet arrêt, pour reprendre la terminologie du professeur Nisand, est un " véritable Hiroshima éthique ". Il explique que " l'obligation de résultat qui nous est désormais imposée va se traduire par un nombre important d'avortements d'enfants sains ". La nuisance est ici de type santé publique : " Si le diagnostic prénatal aboutit à l'avortement injustifié pour une malformation mineure, ou pire, devant la seule annonce d'un doute (dont tout le monde sait à quel point il est insupportable quand il porte sur un fœtus qui n'est pas visible), il faut le remettre en question comme dangereux pour la population qui s'y soumet." Le professeur rappelle que " la condamnation des médecins qui n'ont pas détecté une anomalie ne fait que boucler un cercle entamé il y a bien longtemps, celui de la sélection des enfants à naître par une société en proie au fantasme de maîtrise absolue de sa santé qui transforme le corps en produit et la reproduction en production. "

Parmi les conséquences de l'arrêt Perruche, Israël Nisand souligne également la remise en cause de la place du handicapé dans la société : " On se trouve dans un système qui, loin de donner une place normale à l'enfant handicapé dans notre société, le traite comme une charge anormale qui n'aurait pas dû exister. L'arrêt Perruche est catastrophique en cela qu'il entérine une vision du handicap comme un accident anormal, pour lequel il faut chercher un responsable dont on obtiendra une indemnisation, là où il serait normal que les institutions de soin et la solidarité nationale soient sollicitées. "

Sa position personnelle est de limiter la recherche d'anomalies aux anomalies graves, celles qui peuvent faire l'objet d'un traitement in utero et celles qui peuvent être traitées dès la naissance. Il préconise donc que la profession se dote de règles déontologiques dans ce domaine et définisse ce qui est utile ou inutile à dépister, car, selon lui, " en l'absence de règles, nous sommes amenés à pratiquer un acharnement diagnostique ".

Rappelons qu'un Collectif contre l'handiphobie s'est constitué à la suite de l'arrêt rendu par la Cour de cassation dans l'affaire Perruche. 100 et maintenant 200 familles ont décidé d'attaquer l'Etat pour faute lourde dans l'exercice de la justice. L'assignation est à présent placée devant le tribunal de grande instance de Paris. Les familles peuvent contacter le Collectif pour apporter leur soutien au numéro de téléphone suivant : 06.22.51.63.72 .

De son côté, le Cercle du Vieux Colombier (Fondation de service politique) propose une réflexion sur l'arrêt Perruche autour de Jean-Marie Le Méné, président de la fondation Jérôme Lejeune, le mercredi 31 mars à 20h30, Maison de l'Europe 35 rue des Francs-Bourgeois Paris IVe. Renseignements au 01 47 53 05 50.

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