LYON¸[DECRYPTAGE/information] - Le cardinal Louis-Marie Billé, archevêque de Lyon, primat des Gaules, a rejoint la Maison du Père ce mardi 12 mars 2002. Il s'est éteint à Bordeaux, entouré des siens, à la suite d'un cancer qui l'avait contraint à cesser ses fonctions de président de la Conférence des évêques de France lors de l'assemblée plénière des évêques à Lourdes, en novembre 2001.

 

Durement touché par les morts successives et prématurées de ses trois derniers archevêques (Mgr Decourtray et Mgr Balland ont précédé Mgr Billé dans la mort), le diocèse de Lyon reste marqué par le courage et l'espérance du cardinal : " Jusqu'au bout, malgré l'épreuve de la souffrance, il témoigna d'une extraordinaire combativité, enracinée dans la foi qu'il avait en Christ. Attentif à la vie de son diocèse et de tous ceux qui l'habitaient, il resta ainsi fidèle à ce qu'il écrivait, le 23 octobre dernier, aux prêtres, diacres et animateurs laïcs en pastorale : "Nous demeurons ensemble au service de la même mission, dans une même Église diocésaine" ".

Homme de communion, le cardinal Billé avait l'art de guider vers l'essentiel les âmes qui lui étaient confiées. Interrogé par le quotidien l'Avvenire à la veille de son départ pour le Consistoire extraordinaire des cardinaux du 21 mai 2001, le cardinal n'hésitait pas à remettre les véritables défis de l'Église dans leur vraie perspective : " Les difficultés de l'Église ne sont pas liées à des problèmes internes mais naissent de la rencontre entre l'Évangile et le monde, entre la tradition ecclésiale et les cultures contemporaines. Les rapports entre Rome et les Églises particulières reflètent d'autres questions plus importantes : la manière dont les cultures particulières rencontrent l'Évangile, comment elles vivent la mondialisation, comment elles affrontent les questions éthiques, en particulier celles qui touchent au commencement et à la fin de la vie, les problèmes qui touchent au salut en Jésus-Christ. Je crois que nous sommes là au coeur des questions fondamentales."

Président de la Conférence des évêques, il était conscient des difficultés de l'Église de France, et prêchait pour un langage de vérité : " Les grandes orientations pastorales qui étaient au coeur de nos débats il y a vingt ou trente ans, ont révélé toutes leurs limites. Aujourd'hui, il faut chercher humblement à comprendre ce qui se passe sur le terrain, dans les paroisses, dans les mouvements associatifs, et au-delà, dans le monde non chrétien. Il y a beaucoup de signes qui peuvent indiquer la voie du renouveau de l'évangélisation. "

Voici le texte du télégramme de condoléances du Saint-Père, adressé à M. l'administrateur diocésain de l'archevêché de Lyon : " Apprenant avec une peine profonde le rappel à Dieu du cardinal Louis-Marie Billé je tiens à exprimer mon union dans la prière avec l'archidiocèse de Lyon, avec la famille du défunt et avec toute les personnes éprouvées par cette disparition prématurée. Je confie le cardinal Billé à la miséricorde de Dieu, lui demandant de l'accueillir dans son royaume de lumière et de paix.

Serviteur passionné du Christ, en qui, comme disait sa devise, il avait mis sa foi, et serviteur passionné des églises locales confiées à sa sollicitude pastorale, à Laval, à Aix-en-Provence, puis comme primat des Gaules, il s'est tout donné à la mission de son Seigneur. Il savait avec simplicité rompre aux fidèles le pain de la parole, les aidant à découvrir les richesses ; homme d'une haute spiritualité, attentif à promouvoir en toute chose l'unité et à servir la vérité de l'Évangile, avec un zèle inlassable de président de la conférence des évêques de France.

Me souvenant de sa précieuse collaboration et de sa participation active dans différents dicastères du Saint-Siège, j'ai pu apprécier ses qualités de pasteur.

Je désire assurer les fidèles et le clergé lyonnais de ma proximité spirituelle en ces heures douloureuses, implorant sur eux la grâce du Seigneur. Recommandant à l'intercession maternelle de Notre-Dame de Fourvières la famille et les proches du cardinal Billé, ainsi que toute la communauté diocésaine de Lyon, j'envoie de grand cour la bénédiction apostolique à vous-même et à toutes les personnes qui prendront part à la liturgie des obsèques. "

Mgr Pierre Ricard, président de la conférence des évêques de France, archevêque de Bordeaux, a fait part de son émotion : " La mort du cardinal Louis-Marie Billé nous bouleverse tous. Elle me touche particulièrement. Je perds en lui un frère et un ami. Je l'ai rencontré samedi dernier, à Bordeaux, à un moment tout à fait exceptionnel où il venait de reprendre conscience. Je retrouvais la simplicité de son accueil, sa lucidité et sa retenue pour parler de sa maladie, son attitude de pasteur tout donné à son peuple. Malgré la souffrance qui le taraudait, ses qualités que nous avons admirées en lui étaient intactes : la lucidité de son analyse, la précision de ses propos et la clarté de son discernement. "

Le cardinal archevêque de Paris, Jean-Marie Lustiger, a rendu hommage au cardinal Billé en ces termes : " La mort du cardinal Louis-Marie Billé est une nouvelle épreuve pour l'Église à Lyon et en France. Perdre un frère, un

ami, est toujours une douleur. Mais je pense d'abord à son diocèse de Lyon, éprouvé pour la troisième fois par la mort prématurée de son évêque. Louis-Marie Billé était disponible dans la main de Dieu. S'il s'est battu jusqu'au bout contre sa maladie, c'est pour la part du troupeau du Christ qui lui était confiée. Son intelligence pétrie d'Évangile était toujours bienveillante et donc pénétrante sur les hommes, les situations, les enjeux. On pouvait compter sur son courage et sa lucidité. En peu de temps, il a permis que nous, évêques de France, fassions des choix importants qui touche l'avenir de l'Église en notre pays. Il nous manquera en des temps difficiles. Mais notre espérance demeure.Priant pour lui, nous savons qu'il prie pour nous et pour tous ceux dont il avait reçu la charge. "

Les funérailles du cardinal Billé auront lieu samedi 16 mars 2002, à 14h30 à la cathédrale Saint-Jean de Lyon.

Le texte intégral de l'interview de l'Avvenire est consultable dans les archives de l'agence Zénit, réf. ZF01052004/20 mai 2001.