STRASBOURG,[DECRYPTAGE / analyse] - La volonté affirmée partout en Europe d'interdire le clonage dit "humain" ne doit pas faire illusion. C'est bien souvent une manière de légitimer le clonage dit "thérapeutique" pour lequel l'embryon ne serait pas considéré comme humain.

Le 19 avril, Alan Milburn, ministre britannique de la Santé, a annoncé à grand renfort médiatique son projet d'interdire par la loi "le clonage humain", et ce, quelques semaines après avoir fait scandale en légalisant le clonage thérapeutique de l'embryon humain. Il y a de toute évidence contradiction, à moins de considérer que l'embryon n'est pas humain...

"Nous devons faire face à l'inquiétude du public et la reconnaître comme légitime : il y a des limites à ne pas franchir" a déclaré M. Milburn, après avoir pourtant franchi cette limite en légalisant "l'exploitation d'embryons clonés", c'est-à-dire leur création en vue d'être "exploités" à des fins scientifiques ou "thérapeutiques".

De quoi parle donc le ministre britannique ? Revient-il sur la récente légalisation britannique du clonage dit "thérapeutique" ? Il entend simplement limiter la définition du clonage humain au seul clonage dit "reproductif", autrement dit la création d'un embryon par clonage en vue de son implantation et de sa croissance jusqu'à la naissance. Pour M. Milburn, c'est l'implantation et la croissance d'un embryon cloné qui est inacceptable mais non son exploitation et sa destruction à des fins scientifiques ou thérapeutiques.

L'idée selon laquelle le clonage dit "thérapeutique" ne relèverait pas du clonage humain, repose en fait sur un argument : seul le "projet parental" donne à l'embryon la qualité d'être "humain". Or ce n'est pas le cas des embryons clonés à des fins thérapeutiques, ou des embryons surnuméraires abandonnés, issus de fécondations in vitro. L'embryon tiendrait ainsi sa qualité non pas de ce qu'il est réellement, mais de ce que l'on désire faire de lui, selon une logique subjectiviste.

En déclarant son intention d'interdire le "clonage humain" tout en faisant le contraire, Alan Milburn réalise un coup de maître dans la manipulation de l'opinion. Mais faire accepter le clonage dit "thérapeutique", en l'assimilant à une simple opération relève d'une tactique désormais classique. Lionel Jospin n'avait pas hésité à recourir à cette pirouette médiatique lors de l'annonce de son avant-projet de loi sur la bioéthique en novembre 2000. Familier du procédé, le député français Jean-François Matteï, ne fait pas autrement lorsqu'il conseille, dans les cas de fécondation in vitro et de création d'embryons par clonage, de n'appliquer le terme d'embryon qu'à ceux qui sont implantés in utero et font donc l'objet d'un "projet parental".

Grégor Puppinck est directeur du CFJD-Centre français pour la Justice et les Droits fondamentaux.

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