PARIS, [DECRYPTAGE/analyse] -

Le rapport annuel de l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT), "Drogues et dépendances, indicateurs et tendances 2002", a été rendu public jeudi 17 janvier 2002 vient d'être rendu public, ce jeudi 17 janvier.

 

"L'évolution la plus significative dans cette enquête est à rapprocher du changement concomitant des orientations politiques en matière de drogues et de toxicomanie", souligne Jean-Michel Costes, le directeur de l'OFDT.

Ces politiques publiques recueillent une forte adhésion de la majorité des 15-75 ans : 81 pour cent d'avis favorables à l'usage des produits de substitution, 63 pour cent d'opinions positives pour la vente libre des seringues. 53 pour cent des personnes interrogées ne sont pas hostiles à la distribution contrôlée d'héroïne, tandis qu'un tiers d'entre elles est favorable à l'autorisation sous conditions de l'usage du cannabis et 17 pour cent se prononcent pour sa mise en vente libre. Enfin, plus des deux tiers des 15-75 ans se prononcent en faveur de l'usage thérapeutique du cannabis.

Ainsi le directeur de l'OFDT se félicite de constater que la politique de réduction des risques, menée par la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (MILDT), rencontre une adhésion de plus en plus forte dans l'opinion. Toutefois, il met en garde : "Les Français se focalisent encore sur la dangerosité des drogues illicites, alors que le problème majeur de santé publique est posé par le tabac et l'alcool."

Cette dernière affirmation, assénée partout comme un dogme intangible, est une contrevérité notoire.

1/ D'une part elle passe sous silence les avertissements lancés par de nombreux spécialistes sur les effets du cannabis : pertes de mémoire, psychoses cannabiques, cancers bronchiques. Dans son rapport du 22 novembre 2001, "Cannabis, quels effets sur le comportement et la santé ?", l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (INSERM), dresse un bilan accablant des risques encourus à fumer du cannabis et bouscule les idées reçues. Le lendemain, le quotidien Libération avouait l'embarras du ministre Kouchner face aux résultats de l'étude en parlant de "déminage ministériel".

2/ D'autre part, elle illustre un parfait mépris des Français auxquels on veut à tout prix imposer des normes sanitaires. Ceux qui les refusent ou les ignorent sont des ringards.

Citons encore Jean-Michel Costes : "Ils sont encore deux tiers à vouloir le maintien du statut illicite du cannabis. Mais d'un point de vue moral ils sont une majorité à reconnaître que l'interdit n'est pas efficace en terme de prévention chez les jeunes." La conclusion est implicite : les Français ne sont pas logiques. Aidons-les à accepter l'idée d'une libéralisation complète du cannabis. La loi doit suivre les mœurs.

Que faut-il en penser sur le fond ?

Que la MILDT, appuyée sur l'OFDT, fonctionne désormais comme une véritable agence de propagande. Construits avec une partialité absolument ahurissante, de tels rapports ont directement pour effet de conditionner l'opinion à penser d'une certaine manière. Les acteurs de cette manipulation sont bien connus : à la suite du rapport Roques, commandé par Bernard Kouchner (1) en 1998, les pouvoirs publics avaient en effet substitué une classification des substances selon leur dangerosité à la distinction entre celles ayant un caractère licite et celles qui sont illicites. Dans ce nouveau classement, le cannabis arrivait loin derrière le tabac et l'alcool.

En revanche, ce que ces rapports ne peuvent cacher, c'est la hausse constante et irrésistible de la consommation. Le directeur de l'OFDT se garde bien d'en parler. Car c'est le signe d'un échec complet de la politique de réduction des risques censée résorber le phénomène. Mais ne nous y trompons pas, ces chiffres sont le résultat prévisible d'un discours de banalisation et non celui d'une évolution spontanée de la société. Le message de la tolérance a été martelé dans les médias. L'acceptation sociale de la drogue est une petite révolution, mais une révolution voulue et préparée de longue date par les lobbies.

Damien Meerman est directeur du collectif Drogue-danger-débat.

(1) Militant anti-prohibitionniste de la première heure, Bernard Kouchner est signataire de l'"Appel du 18 joint" de 1976.