[DECRYPTAGE/analyse] - En estimant que "fumer un joint chez soi est certainement moins dangereux que boire de l'alcool avant de conduire", Lionel Jospin a relancé en pleine campagne présidentielle le débat sur la consommation du cannabis.

Dans une réponse écrite à l'AFP, le Premier ministre-candidat a confirmé son hostilité à la dépénalisation du cannabis : "Admettre la consommation de telle ou telle substance serait un mauvais signal en direction des jeunes", souligne-t-il. Mais il estime qu'il faut appliquer la loi "de manière intelligente" en matière de consommation, et poursuit avec sa comparaison sur l'alcool au volant. Du côté du candidat Chirac, on a jugé "hypocrite et alambiquée" la déclaration du principal adversaire de chef de l'État dans la course à l'Élysée. "Jacques Chirac est contre la légalisation des produits neurotoxiques à base de cannabinol. C'est clair, c'est carré", a précisé le porte-parole de Jacques Chirac sur France 2.

Pour Georges Sarre, président du Mouvement des citoyens et proche de Jean-Pierre Chevènement, cette déclaration "est révélatrice des choix ambigus que fait le candidat Premier ministre". "Pour paraître moderne, Lionel Jospin fait dans la permissivité [...]. Il donne dans le mi-chèvre mi-chou. C'est ainsi qu'il gère le déclin de la France", ajoute-t-il.

Lionel Jospin ne veut pas dépénaliser mais il ne veut pas non plus sanctionner pour simple usage. N'y a-t-il pas contradiction dans les termes ? Car la dépénalisation n'est pas une levée de l'interdit mais de la sanction pénale. Or ne sommes-nous pas déjà dans une dépénalisation de fait ? En effet, la loi du 31 décembre 1970 rend passible d'une peine maximale d'un an de prison la consommation de cannabis mais cette loi n'est quasiment plus appliquée depuis qu'une circulaire du Garde des sceaux, Mme Guigou, du 17 juin 1999, encourage les parquets à classer les procédures pour simple usage.

C'est pourquoi, selon les statistiques du ministère de la justice, on relève 83.000 personnes interpellées en 2000 pour simple usage mais seulement 395 incarcérations contre 1.200 incarcérations au cours de l'année 1993. La dépénalisation a été réalisée "en douce" par Lionel Jospin, nul ne peut plus désormais l'ignorer.

Damien Meerman est directeur du site www.drogue-danger-debat.org