[DECRYPTAGE/analyse] - L'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques a rendu public, jeudi 21 février, un rapport sur le cannabis où il se déclare très inquiet des conséquences de la consommation.

Selon le député RPR de la Loire Christian Cabral, rapporteur du texte, "l'ensemble des travaux montre, avec le cannabis, la mise en route d'un même processus biochimique qu'avec les drogues dures" : précisément, la consommation de cette herbe "facilite la sensibilité à l'héroïne".

Pire, cette consommation "révèle des personnalités schizophrènes, aggrave les signes de cette maladie et rend réfractaire au traitement". Les parlementaires de la cellule d'analyse scientifique du Parlement ne mâchent pas leurs mots : "Fumé par des adolescents ou des pré-adolescents dont le cerveau est immature, le cannabis entraîne des perturbations définitives de la physiologie cérébrale", qui à leur tour, déclenchent "des réactions d'apathie" et débouchent sur "des échecs scolaires", a ajouté le député qui précise que son rapport a été voté "à l'unanimité du bureau, composé d'élus de droite comme de gauche".

Nicole Maestracci, présidente de la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (Mildt) a protesté très vivement contre ce rapport : "Il est faux de dire que les pouvoirs publics ont banalisé le cannabis. Simplement, on est passé d'un "non à la drogue", qui n'a pas empêché l'augmentation de la consommation, à un discours de vérité." Elle s'est inquiétée que "certains essaient à nouveau de durcir le discours et d'introduire la confusion"...

Pourtant, quelques jours plus tôt, le 19 février, l'Académie nationale de médecine organisait une séance thématique consacrée à l'aspect sanitaire de l'utilisation en France des drogues illicites et à leurs répercussions sur la société. Les conclusions de cette journée confirment sans ambiguïté les propos tenus par l'office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques.

L'Académie recommande " le bannissement de toute tentative de banalisation " du cannabis, qui " peut avoir de sévères conséquences sur le plan physique et psychique, professionnel et social ". Elle demande aux politiques d'insister sur " la perte de liberté que peut induire la consommation de cannabis - surtout lorsqu'elle est intensive et associée à celle de tabac, d'alcool et parfois d'autres drogues illicites - et de prendre le contre-pied de ceux qui préconisent la facilité d'accès au cannabis au nom justement de la liberté individuelle ".

L'Académie préconise la détection de l'usage de drogues à tous les niveaux (scolaire, rave-parties, accidents de la circulation routière) et incite à utiliser toutes les mesures susceptibles de réduire l'offre de drogues illicites (information, renforcement et application des lois existantes).

Damien Meerman est directeur du collectif Drogue-danger-débat.